croisée-des-chemins

 

Depuis toujours, je suis angoissée par la multiplicité des chemins possibles.

Dans tous les domaines : professionnel, amoureux, des loisirs, des lectures, des lieux où habiter, etc.

J'ai toujours eu envie de tout tester avant de décider. D'avoir toutes les cartes en main avant de faire un choix. Et je me suis vite heurtée à la réalité : les choix se font tous les jours, parfois presque à notre insue tellement un choix parfois anodin nous entraîne dans une voie surprenante. Et à certains moments de ma vie, ça m'angoisse.

Depuis quelques années, je faisais avec mes petits choix. Je dis "petits" parce que j'ai souvent l'impression de choisir la facilité par manque de courage. En fait non, pas vraiment. C'est juste que je suis un chemin qui se trace facilement devant moi, sans trop faire attention aux petits détours plein de broussailles qui mènent peut-être vers d'autres sentiers plus lumineux. Je choisis de ne pas les voir, de les ignorer, parce que mon chemin n'est pas si mal, parce qu'il est propre, habituel, confortable et quand même, vraiment sympa. Et que s'aventurer dans ces petits chemins, c'est parfois très tentant, mais qui sait si derrière ne se trouve pas simplement un champ de ronces...

Alors, le temps passe, et je suis ma route.

Je ne suis pas malheureuse, je suis même vraiment heureuse, mais pas tout à fait moi-même, pas tout à fait complète, pas tout à fait épanouie. Le serai-je un jour ? Je veux dire, ai-je la capacité à être vraiment épanouie un jour ? Et ce bonheur-là, celui que je vis, ne suffit-il pas ?

A la rentrée de septembre, je change de boulot. Je reste dans la même administration, dans la même ville, mais je change de service, de chef, de collègues, de bâtiment. J'en suis infiniment soulagée car le cadre et la hiérarchie de mon poste actuel ne me conviennent pas du tout. Je ne partage pas du tout les valeurs de mes chefs ni leur façon de travailler, et même si la matière ne me déplaît pas, je n'arrive plus à travailler dans ces conditions.

J'ai fait bouger les choses autour de moi, j'ai dit les choses, j'ai rencontré des gens, j'ai instillé des informations aux bonnes personnes au bon moment, j'ai demandé à rencontrer le Directeur, j'ai fait des mails pour qu'on ne m'oublie pas et j'en suis très fière parce qu'un jour, on m'a fait comprendre qu'on ouvrait un poste juste pour moi.

N'empêche que du coup, je me questionne.

Je vais repartir dans un nouveau boulot. Depuis que je suis entrée dans l'administration, entre les concours, les mutations et les changements de poste demandés, j'ai changé de boulot tous les ans, ou tous les deux ans, sauf un poste que j'ai occupé trois ans, congé maternité compris ainsi que quelques mois à mi-temps. Je change, je me dis à chaque fois que je vais rester, et puis je m'épuise, je m'ennuie, je cherche une raison de partir.

Combien de temps cela va-t-il durer ?

La question cruciale, c'est surtout : est-ce qu'un jour je trouverai un poste, dans mon administration, qui me convienne tout à fait, ou cette recherche est-elle pure chimère et une façon de ne pas remettre en cause mon choix de départ : l'administration en elle-même...

Pour moi, être fonctionnaire c'était avant tout être au service des autres. Et c'est toujours le cas, je travaille au service des entreprises, donc au service de l'emploi, donc au service des gens, et je me sens vraiment utile dans ma branche, dans mon secteur. Et même si l'inertie de l'administration me pèse souvent, ce choix-là me convient quand même, en partie.

J'ai parfois l'intuition que je serais mieux dans un boulot dans lequel je ne serais pas salariée. Mais là encore, le problème est énorme : il y a tellement de possibilités, tellement de choses qui m'intéresseraient, tellement de choses que je pourrais faire, je ne saurai jamais choisir.

J'ai vu une psy, il y a un mois ou deux, qui est aussi coach en développement personnel. C'est bien, et je vais reprendre RV en septembre. Mais le problème, c'est qu'elle prend tout ce que je dis pour argent comptant, alors que parfois je ne fais que réfléchir à haute voix. Et du coup on se lance là-dedans et moi tout d'un coup je n'ai plus envie de suivre, je veux freiner des quatre fers parce que je ne suis pas sûre... parce que tout quitter, je n'ai pas encore décidé... Parce que ça l'enthousiasme comme projet, ça lui plaît de m'accompagner là-dedans, c'est sa branche, sa compétence, mais ça va trop vite... Du coup elle m'avait donné des livres à lire et des recherches à faire et je ne l'ai pas fait. Parce que ça va trop vite et que je ne suis pas encore décidée à suivre ce chemin. J'ai comme l'envie de le suivre un peu, mais avec une corde qui me relie à ma route toute droite pour pouvoir y revenir si je m'aperçois que je me suis trompée.

L'étendue des possibles est tout à la fois ennivrant et complètement angoissant.

Même dans une librairie, j'ai cette angoisse. Je rentre, heureuse devant tant de lecture possible, devant tant de choix, devant toute cette culture à portée de main, je feuillette, je regarde, je fouine et puis je sors, sans rien. Pourquoi tel style et pas tel autre ? Et si je lis celui-là, pourquoi pas tous les autres du même auteur ? Alors je me dis "je vais y réfléchir et je reviendrai". Et la fois suivante, je fais la même chose. Alors, je lis ce qu'on me conseille, ou ce que j'ai dans ma bibliothèque que je n'ai jamais lu ou que je voulais relire... ou je ne lis pas, incapable de me lancer dans une direction.

J'en ai marre d'être handicapée par ce besoin de tout voir, de tout connaître, et du coup, de ne rien commencer...

J'ai testé mille styles littéraires, j'ai essayé plein de sports différents, j'ai fait de la musique, de la couture, du vélo, de la rando, de l'écriture, de la peinture, et encore mille activités mais je ne me suis fixée à rien. J'envie ceux qui ont une passion et qui s'y adonnent dès le moindre temps libre... Moi j'ai bientôt 36 ans, et je ne sais toujours pas ce que j'aime...