La sensibilité est un cadeau, mais c'est aussi un fardeau.

Ultra-sensible, je ressens souvent comme une faiblesse, ce trait de caractère.

En ce moment, j'essaie de l'accepter. De l'accepter comme une donnée à devoir prendre en compte, comme un état de fait que je ne peux pas changer, au même titre que la couleur de mes yeux ou la taille de mes seins.

Alors, au lieu de combattre, j'ai décidé (bien aidée, je l'avoue, par mes lectures, par vos commentaires, par la psy) d'en faire un atout.

J'ai toujours su que j'étais "trop" sensible. Inconsciemment. Je m'en suis protégée. Très pudique avec ma famille, mes amis, et à l'école quand j'étais petite, je me défendais de cette étiquette "gamine", "immature", "dans la lune". Je n'en voulais pas, de cette sensibilité. Je ne l'écoutais pas.

Aujourd'hui je suis prête à l'écouter. A faire avec. A en tirer parti, même.

Oui, car si la sensibilité est une faiblesse par rapport à beaucoup d'aspects de la vie sociale, professionnelle et même familiale, elle est aussi source de plaisirs simples, les sensations sont décuplées, et si elle est utilisée, elle peut aussi apporter l'intuition.

J'ai toujours su que j'étais intuitive, mais je me méfiais. Comme d'un mauvais trait de caractère qu'on connaît, je confondais être intuitif et être impulsif - que je suis aussi parfois - , et je n'écoutais jamais mes intuitions. Ou presque jamais (un jour, j'ai divorcé avec une simple intuition. Oui, ma vie pouvait être meilleure. Et elle l'a été).

 

Aujourd'hui, j'avais une journée presque à moi.

Un RV d'une heure avec une psy en début de matinée, puis rien.

En sortant, je me sentais plus légère. J'ai pris une grande bouffée d'air frais de pollution, j'ai levé le nez et ai décidé de laisser mes émotions et mes sensations faire leur place. Je n'avais rien d'autre à faire, alors je les ai écoutées. Lues. Juste, laissé vivre à l'intérieur de moi.

Je marchais dans les rues et j'observais chaque visage. Chaque personne me renvoyait des émotions. Et comme pour un exercice, comme pour reprendre contact avec ce monde intuitif, je me suis amusée à donner, très vite et spontanément, un mot pour décrire chaque personne.

Je n'ai pas pu le faire pour tout le monde, car pour certains je ne savais pas. On ne lit pas dans le regard ou la démarche de tout le monde, y en a pour lesquels il m'aurait fallu une ou deux minutes. Quelques secondes, c'est court.

Mais ça a bien fonctionné, je me suis rendue compte que parfois, un mot me venait spontanément à l'esprit (angoissée - fragile - rayonnante - fermée - triste - heureux). Je n'ai évidemment pas la prétention d'avoir eu raison à chaque fois, mais j'ai aimé chercher, comprendre, décoder un regard, un geste, une façon de marcher, une silhouette. Comme une reconnection avec le monde qui m'entoure.

J'ai flâné dans les rues, j'ai pris un chocolat chaud et une part de gâteau dans un salon de thé, j'ai passé une heure trente dans une librairie, j'ai mangé des sushis, le tout seule, en accord avec moi-même et avec le monde.

J'étais bien.

Quand je suis sortie du TGV en rentrant chez moi, le vent soufflait à 100 km/h. Les passagers de mon train sortaient en frissonnant, en s'étonnant de cet air froid qui fouettait, violent, le visage, les cheveux, qui empêchait presque de marcher. J'ai respiré un grand coup et j'ai senti l'odeur de la mer. J'ai pris ce vent en pleine face et au lieu de lutter contre je l'ai aspiré, respiré, accepté.

Je me suis sentie vivante.