Je vais mieux, mais je ne sais toujours pas où je vais.

Je suis retournée au boulot et ça se passe bien. Je me suis remotivée, j'ai pris du recul, je me suis reposée, j'ai parlé à une assistante sociale qui s'est déplacée jusqu'à chez moi après un appel au secours... elle m'a écoutée, et son regard à la fois pro mais détaché de mon boulot, m'a fait du bien.

Elle m'a aussi donné le numéro d'une psy de mon administration, j'ai pris RV, je la vois demain.

Elle m'a dit que cette psy "me conviendrait parfaitement" après m'avoir écoutée. Elle voulait m'en conseiller d'autres plus près de chez moi, mais elle ne m'a pas donné de nom, elle m'a répété "non mais vraiment je crois qu'il faut que vous alliez la voir, elle". Alors, je fonce, les yeux fermés (ou presque). C'est trop précieux un conseil de ce genre, moi qui étais prête à trouver un psy par mon médecin ou les pages jaunes...

Elle m'a ouvert les yeux sur certaines choses, je lui disais que tout d'un coup je me sentais fragile, dans ce boulot, alors que j'avais toujours cru être forte, et elle m'a répondu très surprise : "non mais attendez, pour y arriver dans ces conditions c'est pas forte qu'il faut être, c'est surhumaine ! c'est normal de craquer !".

Du coup j'y suis retournée dans un autre état d'esprit. Plus apaisée, mais en même temps pas prête à mettre ma santé mentale en jeu. J'ai à la fois plus de motivation et plus de recul. Je prends les choses moins à coeur, moins personnellement.

Je ne sais pas combien de temps.

Combien de temps ça va tenir, combien de temps je vais accepter. La situation pourrait changer si on m'attribue un adjoint mais je n'ai aucune certitude.

Du coup, je réfléchis à toutes les possibilités. Quitter l'administration, mais pour faire quoi ? J'aime plein de choses mais, à part écrire, rien ne se détache, rien n'est évident... et écrire, c'est tellement compliqué d'en vivre, tellement aléatoire...

Je réfléchis aussi aux possibilités d'avoir un autre poste dans mon administration, qui me conviendrait mieux. Mais il n'y a pas énormément de possibilités en ce moment. Peut-être une opportunité très intéressante, mais pas avant un an. Tenir jusque là... ou changer avant pour autre chose ?...

Tout quitter ou juste espérer trouver mieux et m'en contenter... Je ne sais pas... je suis dans un flou qui m'angoisse, stratégiquement je ne sais pas ce que je dois faire... Je ne sais pas ce que je veux, je suis perdue. Je ne sais plus ce que j'aime, ni trop ce que je suis, ce que je pensais me convenir ne me convient plus, certaines capacités que je pensais avoir se dérobent, je me rends compte que c'était un rôle que je jouais, du coup je ne sais plus trop si ça me plaisait pour l'impression que ça me donnait de maîtriser, ou si ça me plaisait vraiment pour mon vrai moi.

Totalement perdue.

J'en souffre moins, je suis moins fragilisée car moins fatiguée, mais ça me travaille.

J'ai vraiment l'impression de renaître, mais c'est long.

Je n'en vois pas le bout, à chaque fois que j'ai l'impression de progresser je recule, à chaque fois que j'ai l'impression de reculer je comprends d'autres choses, et un jour, fatiguée, tout s'écroule et je ne comprends plus rien.

Bien sûr la tentation est grande, certains jours, de ne plus me poser toutes ces questions et d'avancer comme avant, sur les anciennes bases. Mais elles ne sont plus si solides, ce n'est plus si facile.

Plus vraiment celle d'avant, pas encore celle d'après.

Je suis un bourgeon prêt à éclore mais la préparation est encore longue. Et j'ai peur de ne jamais m'ouvrir. De rester un bourgeon qui n'aura pas la force, pas les nutriments, pas la lumière, pour éclore tout à fait. C'est trop compliqué.

J'espère que la psy va m'aider mais c'est une psy du travail, elle n'est pas vraiment là pour ça. Elle m'aidera un peu, sur certains pans de ma vie sociale. Pour le reste, elle aura peut-être quelqu'un à me conseiller.

Qu'est-ce qui m'a pris, de vouloir comprendre, de vouloir savoir ? L'ignorance de soi est tellement, tellement plus confortable...