Soyons claire dès le début : je n'ai pas de certitude absolue sur la zébritude de Potam. Disons que je sais depuis toujours qu'il fonctionne comme moi, qu'on a le même type de cerveau, et je sais que si je le suis, il l'est.

Comme je n'ai encore aucune certitude sur moi, je n'en ai pas sur lui. Moi, je vais passer des tests d'ici quelques mois, mais ça prend du temps pour avoir un RV d'abord de prise de contact, puis pour passer les tests (et ça coûte un bras, mais ce n'est pas le sujet). Pour lui, pas de tests prévus pour l'instant, il est trop tôt, même si dans mon for intérieur je ne peux m'empêcher de penser que plus tôt on sait, mieux c'est.

J'ai quand même une quasi-certitude. Une certitude de l'ordre du ressenti et de l'intuition, certes, qui ne convaincra pas grand-monde, à commencer par LeTigre. Mais moi qui "sais" au fond de moi, j'ai envie de le dire, d'expliquer.

Pas par fierté, non. Plutôt pour comprendre son fonctionnement, pour mettre des mots sur une différence que je ressens depuis sa naissance.

Déjà, je le vois depuis qu'il est tout petit, Potam est du genre autodidacte. Autodidacte qui n'écoute pas quand on lui parle, autodidacte qui ne retient que ce qui l'intéresse et ce qu'il découvre quand IL l'a décidé. Ca veut dire qu'il est totalement inutile d'essayer de lui apprendre quelque chose si ça ne vient pas de lui (coucou la maîtresse, bon courage, hein).

Potam ne sait pas faire beaucoup de choses plus tôt que les autres. C'est pour ça que le "diagnostic" de zèbre sera peut-être difficile, il ne sera pas repéré à l'école en tout cas. Chez lui ça se caractérise par le fonctionnement de son cerveau, un fonctionnement intuitif, global, et lié, toujours et fondamentalement, à l'affectif. Par contre, pas de compétence de "fou" pour son âge, on est loin des génies qui savent lire à trois ans, il ne connaît toujours pas son alphabet en entier, il ne compte que jusqu'à vingt-neuf, il n'a pas parlé courramment à deux ans même s'il se débrouillait bien, bref ça ne se voit pas quand on n'est pas vraiment sensibilisé au sujet.

Qu'est-ce qui le distingue, alors, des autres enfants ? Pour l'instant, pas grand chose de concret, c'est pour ça que je ne peux en parler qu'ici, sous peine d'être traitée de folle ou de mère prétentieuse qui voit forcément son enfant plus intelligent que les autres. Alors que ce n'est pas ça. Je ne le vois pas plus intelligent que les autres, car il ne "réussit" pas mieux les apprentissages que les autres, voire moins bien.

Je le vois, depuis sa naissance, comme un enfant différent. Je vois aussi cette différence dans le regard des autres adultes qui sont à la fois charmés et étonnés.

Potam a d'abord une sensibilité exacerbée. Il fonctionne à l'affectif et uniquement à l'affectif. Ca veut dire qu'il est capable du meilleur lorsqu'il est avec quelqu'un en qui il a confiance, quelqu'un à qui il peut tout donner. Par contre, s'il ressent la moindre méfiance ou qu'il ne "sent" pas la personne avec qui il est, il se braque, il se referme, on n'a plus aucune prise sur lui. Si je veux lui faire faire quelque chose, je sais que je vais devoir parler à sa sensibilité et à sa sphère affective. Mais comme je fonctionne comme ça aussi, ce n'est pas une difficulté, il faut juste le savoir. Quand j'arrive à entrer en communion avec sa sensibilité, j'obtiens de lui la plus grande attention, voire le plus grand respect.

C'est un esthète (comme sa mère). Il voit le beau, partout et tout le temps. "Maman, regarde comme c'est beau !" est une phrase que j'entends tout le temps. Parce que je la lui ai souvent dite, c'est vrai, mais aussi parce qu'il voit, parce qu'il observe, parce que son regard est partout, puissant et percutant. En voiture, il va nous dire "maman regarde les nuages comme ils sont beaux, il y a le soleil dedans" ou encore "dans tes cheveux il y a la lumière maman, c'est beau !"... et puis, régulièrement, "c'est une belle journée, hein ?".

Il est dans l'extrême. Toujours. Quand il est heureux, il est pleinement heureux. Ses bras s'emballent (un peu comme les autistes d'ailleurs j'étais inquiète quand il était tout petit), il saute de joie, il hurle de joie, il est dans la manifestation physique toujours extrême. Quand il est en colère, ses colères sont indescriptibles. Il apprend petit à petit à les dompter, comme j'apprends aussi petit à petit à les voir venir et à les tempérer, mais Potam en colère, c'est un catacylsme. Une injustice terrible à ses yeux, un grand malheur, il se met à hurler, tape, pleure en hoquetant et en bavant, tambourrine à la porte de sa chambre, renverse tous ses jouets, c'est impressionnant... Et entre deux et trois ans, ces crises, ces colères, ont été quotidiennes.

Il pense toujours à plein de choses en même temps et fait toujours plusieurs choses en même temps. Ce n'est pas un enfant qui dessine, sagement assis à sa table. Ce n'est pas un enfant qui regarde, hypnotisé, la télé (sauf devant "l'âge de glace - le temps des dinosaures"), ce n'est pas un enfant sage à table. Il est toujours en mouvement, il faut qu'il occupe ses mains, son esprit, toujours, sur plein de choses. C'est épuisant à vivre car il n'est jamais calme et sage. Heureusement, de plus en plus, il développe des jeux d'imagination et peut être en train de jouer, dans son trip en s'inventant une histoire, un petit moment, ce sont les seuls moments de calme qu'on a...

Il a énormément d'imagination et vit dans un monde parallèle, à la frontière entre monde réel et monde imaginaire. Par exemple, il a inventé Alicia, version féminine de lui-même, c'est elle qui fait les bêtises à la maison, c'est à elle qu'il faut parler lorsqu'il est en colère, c'est d'elle dont il écrit le prénom quand il fait semblant d'écrire (mais je vous rassure, il écrit aussi son vrai prénom ;-)). Il a aussi un pote qu'on appelle "le sorcier". C'est une sorte de grand sage imaginaire qu'il va appeler pour juger ses actes. Par exemple, c'est le sorcier qu'il écoute et c'est à lui qu'il obéit pour aller se laver les dents ou se coucher sagement. C'est souvent Potam qui l'appelle, et c'est moi qui fais la voix. Quand j'en peux plus de jouer le sorcier, je lui dis "ce n'est plus la peine de l'appeler il est parti voir un autre enfant, il reviendra".

Lorsqu'il fait quelque chose, par exemple s'il dessine, il découpe, il regarde la télé en même temps, il raconte sa vie, il écoute ce qui se passe autour de lui et si on parle pendant ce temps, vous pouvez être sûr qu'il capte chaque mot, chaque intonnation.

Il a beaucoup de mal à dessiner et à écrire. Et ça, je sais au fond de moi que ça va le suivre. Depuis qu'il a deux ans j'ai remarqué ce problème et je sais que ça en sera un à l'école. Déjà en petite section, même si pour l'instant ça n'a pas de conséquence, il est à la traîne. J'ai l'impression qu'il est frustré, il aimerait écrire et sa main ne lui obéit pas. Alors il fait des gribouillages de bébé, et se contente de ça. Il ne sait pas colorier, ne l'a jamais fait et à l'école il refuse de le faire. Quand c'est un "devoir" en classe, il fait un mini gribouilli gris au milieu, et passe à autre chose (c'est la maîtresse qui m'a montré et raconté). Je sais qu'il va avoir du mal à écrire, qu'il écrira très mal et que ça va lui poser des problèmes. On verra, on n'en est pas encore là, mais à mon avis dès la moyenne section ce sera repéré.

Son esprit capte tout et tout le temps. Il a en permanence des antennes hyper réceptives en action. Tous les sons, tous les changements de luminosité, changements d'humeur de ses proches, paroles non habituelles, tons non habituels, sont vus, entendus et traités. Il ne commente pas forcément, mais il est à l'écoute...

Il a beaucoup de mal à trouver le sommeil. Jusqu'au dernier moment avant que je quitte sa chambre, il a des questions existentielles, il est agité, il bouge tout le temps, il est tout énervé, il met des plombes à trouver le calme et l'apaisement. Il a besoin d'être seul, dans le noir, pendant un moment, on l'entend encore discuter, chanter, crier ses histoires, et puis il se calme petit à petit.

Il ne s'est jamais endormi autrement que dans le noir. Jamais dans sa poussette passés ses cinq ou six mois, jamais au restaurant, jamais sur nos genoux, jamais sur un tapis ou par terre, rarement sur le canapé (uniquement avec 40 de fièvre), ni même très rarement dans notre lit. Trop simulé, trop content, depuis tout petit il nous rejoint parfois dans notre lit mais ne s'y rendort que très rarement. Même quand il est malade, il va venir nous faire un câlin et puis au bout d'un moment il nous dit "je veux aller dormir dans mon lit".

Il ne s'entraîne pas. Il ne fait pas les choses quand il ne sait pas faire.

Il a attendu de savoir marcher pour se lancer (à 17 mois...), et il a tout de suite su faire, deux jours après il courait.

Il a attendu de connaître les bons mots pour les dire. Il a eu des mots mal prononcés, mais n'a jamais utilisé de mots inventés ou qui ne voulaient dire quelque chose que pour lui. S'il parlait, il utilisait les bons mots.

Il a attendu de savoir faire de la draisienne pour monter dessus. Il l'a depuis plus d'un an, mais il en fait seulement depuis deux mois. Avant, il considérait qu'il n'y arriverait pas. Un jour, il l'a prise, il a su faire.

Je me dis que ça doit être la même chose avec l'écriture. Il ne s'entraîne pas, il n'essaie pas, et puis un jour, peut-être, il va nous étonner. Il s'entraîne quand même un peu à l'école, car on le lui demande (ils apprennent à écrire et reconnaître leur prénom).

Il aime les gens. Fondamentalement. Il donne toute sa personne quand il a un copain, avec parfois comme conséquence qu'il en fait un peu trop... Tout petit ça passe, tout le monde trouve ça mignon, mais l'autre jour je l'ai vu étreindre un garçon plus grand que je ne connaissais pas, l'autre a été très surpris et très gêné de cette manifestation physique, il est resté de marbre, Potam a fait semblant de rien et m'a rejoint... Il s'est aussi lié avec notre voisin, le père de trois petites filles dont celle du milieu a l'âge de Potam, et dès qu'il l'aperçoit il hurle son prénom, fait de grands signes, se jette dans ses bras, veut aller le voir, l'embrasser... Ca va que c'est réciproque et que ce papa aurait aimé avoir un garçon, du coup il s'attache beaucoup à Potam (comme moi je m'attache à ses filles d'ailleurs), donc ça ne pose pas de problème, mais parfois je ne sais pas si je dois laisser s'exprimer totalement cette affection débordante, ou la tempérer un peu....

Il pose des questions qui peuvent sembler parfois incongrues. Du genre "comment elle a été construite cette maison ?" ou "est-ce qu'on peut parler aux gens qui sont morts ?", "comment le monsieur il peut descendre de la grue ? Il va tomber !", "qu'est-ce qu'il y a derrière ce mur ?"... etc...

Il a toujours le dernier mot... C'est épuisant, mais il parle tout le temps, il discute toutes les consignes, il repère la moindre faille éducative, il ricane et fait de l'humour quand on le gronde... Par exemple, lorsque je lui dis "tu arrêtes sinon tu vas aller te calmer dans ta chambre !" il me répond très calmement avec un petit sourire "tu peux pas m'envoyer dans ma chambre, je vais crier et ça va réveiller bébé...".... parfois sa répartie me fait rire (dans mon for intérieur bien sûr, pas devant lui !), parfois elle m'horripile...

Pas toujours évident d'être sa mère... Certains jours je suis super fière de lui, d'autres jours super émue par sa sensibilité, et d'autres jours juste épuisée et démunie devant tant de difficultés, tant d'énergie, tant d'exigences.

Il est arrivé que je me dise "si j'ai mis longtemps à tomber enceinte, c'était peut-être un message, il ne fallait pas persévérer, maintenant je vais en chier toute ma vie".

Quand je suis plus optimiste je me dis plutôt "il est arrivé chez nous parce qu'on est capables de l'élever correctement, c'est un défi hyper difficile mais tellement passionnant !".

La suite au prochain épisode...

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