evasion

Je les vois tous ces gens.

Ils partent.

Leur sujet de conversation préféré, ce sont les vacances "et tu pars où pour les vacances ?", "c'est quand tes prochaines vacances ?", "ah, tu pars pas...?".

Ils partent loin. Je ne parle pas de ceux qui partent en famille en Bretagne, en Normandie ou dans les Landes.

Je parle de ceux qui voyagent. Le vrai voyage, loin, dans une autre culture, parfois à l'autre bout du monde. Et ils en parlent. C'est peut-être ça finalement, le but. Pouvoir en parler. Dire "j'ai vu". "J'y étais". Visiter un autre pays, "se dépayser", découvrir une autre culture.

Est-ce que je manque de curiosité ? Est-ce que mes rêves sont si tristes ? Moi, je ne rêve pas de partir. Je ne rêve pas de "voir la Chine", ou d'aller bronzer en Thaïlande.

Quand les autres mettent leurs photos de vacances sur FB, je clique "j'aime" et je dis "han trop bien" mais en fait, au fond de moi, je n'ai pas une pointe d'envie. Je trouve ça bien pour eux, si ça leur fait du bien, si c'est ce qu'ils aiment, mais moi, j'avoue, ça me dit rien.

Comment ça se fait ? Tout le monde "devrait" avoir envie de voyager, de découvrir un ailleurs, un autre monde, une autre civilisation, d'autres façons de vivre. Ca élargit l'horizon, ça rend tolérant, ça apprend plein de choses.

Je crois que le problème, c'est que si je devais aller quelque part, je voudrais le faire dans des conditions qui sont irréalisables, surtout avec des enfants (et avec LeTigre pour qui la moindre petite pointe d'aventure devient angoissante). Acheter un voyage tout prêt sur internet, ça me plaît pas. Aller bronzer à l'autre bout du monde dans un hôtel quatre étoiles all inclusive, ça me plaît pas. Aller au fin fond de l'Afrique déverser ma richesse d'occidentale avide d'aventure, ça me plait pas. Déhambuler dans des rues pour voir des buildings et acheter des jeans, ça me plaît pas.

Déjà, aller dans les calanques de Marseille en plein été avec plein de touristes et de yachts, ça me plaisait pas.

Alors je suis bien embêtée.

Pour moi, le tourisme, c'est pas ça.

De deux choses l'une.

Soit on décide d'aller dans un pays (ou une région) pauvre, et on aide. On ne se contente pas de faire le tour d'une réserve d'animaux en jeep avec un micro-short et un Konika dernier cri, on s'installe, on vit dans une tente, on mange local, et on donne un coup de main, voire de l'argent. On donne ce qu'on peut à ceux qui en ont besoin.

Soit on décide d'aller dans un pays "riche" ou vraiment "touristique", et l'idée c'est un peu la même : on se mêle aux locaux. On loge pas dans un hôtel cinq étoiles duquel on ne sort que pour faire "des excursions", un musée, un marché. On loge chez des gens, on partage la langue, la culture, on y va l'esprit ouvert prêt à changer d'avis sur le monde, prêt à accepter d'autres façons de faire, d'autres modes de vie.

Je sais, c'est un peu artificiel et utopiste, cette façon de voir le tourisme. Je sais aussi, que les pays pauvres ont besoin des touristes et de leurs dépenses "idotes" parce que ça les fait vivre, aussi.

Je suis peut-être hyper idéaliste, mais je préfère ne pas voyager, que voyager comme une touriste sans états d'âme qui part avec son appareil photo et des baskets et qui pourra dire "j'y suis allée, c'est trooooop bien !" et montrer ses photos sur un grand écran lors d'un dîner entre amis. J'ai horreur de ça.

Un jour, avec LeTigre, quand nous étions encore parisiens, nous sommes allés dans un resto, un truc un peu "bobo" pas loin de chez nous. Et on a été attablés à côté d'un groupe que j'ai tout de suite, au premier coup d'oeil, étiqueté "bobo gaucho bio", avec tout ce que ça a de négatif (je n'ai rien contre la gauche ni contre le bio bien au contraire, mais je suis sure que vous voyez de quel genre de personnes je veux parler). Et ils parlaient, très fort pour être entendus, de leur dernier voyage en Afrique.

Et nous, on était juste à côté, on ne pouvait pas ne pas écouter. Et ça donnait un truc du genre "nan mais l'Afrique, c'est MA-GNI-FIQUE... Tu vois, déjà de l'avion, c'est trop beau, ces étendues et puis... Cette misère c'est fou quand même... Nan mais tu vois, je suis trop contente d'y avoir été, ces pauvres gens quand même, ...etc...".

J'ai été écoeurée. J'avais envie d'intervenir, envie de crier. Ils parlaient de leur prochain voyage dans un autre coin de l'Afrique. Et je les imaginais, eux, blindés de fric, parader en jean de marque à 250 euros, "visiter" le pays sans, surtout, y lâcher une bribe d'eux-même. Sans se mettre en danger. Sans s'impliquer. Voir, et pouvoir dire, ensuite. J'ai trouvé ça écoeurant.

Toutes ces choses que certains font "pour faire bien", pour pouvoir en parler, comme certaines expo, certains spectacles, certains livres qu'on lit aussi juste pour dire "ouais moi aussi je l'ai lu".

Alors c'est peut-être extrême, c'est sûrement idiot, c'est tout moi, mais soit je ferai un jour un voyage qui correspondra à l'image que j'en ai, avec mes enfants dans l'idéal, mais en me plongeant vraiment dans la vie locale quitte à ne pas avoir trop de confort (sans non plus se plonger dans des trucs inconscients et dangereux juste par goût de l'aventure, ce n'est pas ça), quitte à galérer pour communiquer, soit je ne partirai pas.

Ce que je trouve super mais il faut pouvoir le faire, c'est un tour du monde avec des enfants qui ont autour de 8-10 ans, pour découvrir, leur montrer, mais où tu te débrouilles, où tu ne loges pas dans de super hôtels bien à l'abri des gens... Un vrai voyage pour apprendre et partager, pour s'ouvrir au monde...

En attendant, mon besoin d'évasion n'a rien à voir avec un besoin de partir, de m'échapper. Mon besoin d'évasion à moi est comblé par mes balades en bord de mer, et c'est là que je me dis que j'ai vraiment fait un choix de vie qui me convient en venant habiter à la mer.

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