A force de questions, de lectures, de discussions, d'introspection, ces jours-ci j'ai eu des réponses.

Ou comment un doute instillé au détour d'une phrase écrite ici, au regard d'un commentaire lu sous un de mes articles, a entamé un processus inéluctable de connaissance de soi, de découverte de ma personnalité.

En fait pas vraiment de découverte, plutôt une confirmation d'un sentiment puissant ressenti depuis toujours mais jamais expliqué, jamais entendu. Un mal-être sourd et persistant dont je comprends enfin l'origine.

Je n'ose même pas l'écrire.

C'est encore trop nouveau, tellement incroyable et évident en même temps, comme si je l'avais toujours su et en même temps impossible que ça soit vrai. Une partie de moi le sait, l'autre partie le récuse. Impossible d'y croire, l'envie de me fondre encore un peu dans mon illusion de folie et d'inadaptation, de nullitude et de décalage. Nulle, stupide, incapable de rentrer dans le moule, et pourtant surdouée.

Ca y est c'est écrit. Mes mains tremblent, je sue et j'ai peur de votre réaction. Peur de ma réaction. Que faire avec ça, maintenant ? Que dire aux autres ? Ne pas dire ? Comment me comporter ? Changer ou ne pas changer ? Ecouter celle qui essaie de naître en moi et que je refoule depuis toujours... Mais comment faire ? Le refoulement est devenu tellement automatique, une protection efficace, une manière de me fondre dans le moule, d'être comme tout le monde, une sorte de "mise en veille" bien confortable.

Et aujourd'hui, cette fureur, cette rébellion qui gronde en moi. Ce feu étouffé qui se rallume, progressivement. Et cette ambivalence, entre excitation, joie de découvrir que ce n'est pas de la folie, et peur de laisser s'échapper des émotions, des intuitions, des passions qui s'étaient tues pendant si longtemps.

Essayer de dompter cette fureur pour qu'elle s'échappe doucement, libérer la pression sans tout faire exploser.

Ca explose dans mon cerveau, ça part dans tous les sens, je ne dors plus, je n'arrive plus à travailler, je suis occupée. Occupée à naître (n'être) au monde. 

C'est à la fois merveilleux, terriblement excitant, comme si de nouveaux possibles s'ouvraient à moi, comme si, enfin, j'avais le droit d'exister telle que je suis puisqu'un mot existe, puisqu'une catégorie peut me contenir, puisque je peux me définir autrement que comme "autre", "différente", mais en même temps tellement flippant...

Et si je me trompais ? Et si je me fourvoyais ? Et si tout ça n'était qu'une immense imposture ? Et quoi faire de cette information, maintenant ? Une fois que tout mon être aura cessé d'être occupé à renaître, qui serai-je ? Serai-je réellement différente ? LeTigre va-t-il m'accepter avec ma différence, cette différence que je cherche à taire depuis des années. Cette différence qu'il n'a jamais vue, jamais sentie, autrement que comme trait de caractère. Pour lui, je suis cet être attachant car tellement sensible, cette folle capable de danser le sourire au lèvres puis de sombrer dans un état létargique proche de la dépression une heure plus tard. Cette douce folie qu'il trouve charmante, comment lui expliquer que ce qu'il voit n'est que la partie immergée de l'iceberg...

Lui dire, bien sûr. Lui expliquer. Et s'il ne pouvait pas comprendre ? Et s'il refusait de comprendre ? Et s'il était mal à l'aise ? Et s'il ne se sentait plus à la hauteur, ensuite... Lui dire, évidemment, que ça ne change rien. Que ça explique mais que ça ne bouleverse pas notre fonctionnement. Que ça me bouleverse moi, mais que c'est une chance de savoir.

J'ai peur. Terriblement peur. C'est la plus grande aventure de ma vie. Naître à 35 ans, ce n'est pas donné à tout le monde. J'ai du boulot. Tellement de choses à rattraper, à comprendre, à réparer surtout. J'ai déjà commencé. Toute mon enfance revue et corrigée. Mais ce n'est pas possible. Ce qui est fait est fait, ce qui est vécu ne peut pas être rattrapé, j'ai glissé, seule, terriblement seule, entre angoisse et cauchemars, dans la normalité. Se mettre en veille pour ne pas attirer l'attention. Croire que tous les autres étaient comme moi et ne pas en parler.

L'introspection fait partie de ma vie. J'ai toujours eu une conscience très précise de mes faiblesses, mais jamais de mes forces. Comprendre aujourd'hui que ce que je pensais être des faiblesses peuvent être des forces, nécessite un réajustement qui me prend une énergie folle. Je suis fatiguée, j'ai des maux de tête, des insomnies, parce que cette introspection-là est tellement gigantesque, je n'ai plus de force pour autre chose.

Pour celles qui me connaissent dans la vraie vie : merci de respecter une discrétion absolue, m'en parler oui si vous le souhaitez, mais à personne de notre entourage commun. J'espère que vous comprendrez...