Beaucoup de questions se bousculent en ce moment.

Remise en question professionnelle, profonde (du genre "ce que je fais n'a rien à voir avec ce que j'aime et ce que je suis", comment ça on est nombreux dans ce cas ???), j'ai une piste sérieuse et une possibilité réelle de pouvoir faire quelque chose que j'aime vraiment (écrire).

Du coup, je réfléchis. Et je me rends compte que depuis des années, j'ai arrêté de réfléchir. De façon plus ou moins consciente, plutôt plus que moins d'ailleurs, plus envie de me prendre la tête, plus envie de m'empêcher de dormir, j'ai fait un travail énorme sur moi-même dont je suis plutôt fière, d'acceptation.

J'ai passé des années difficiles. Très difficiles. Jusqu'à 25 ans, ma vie a été chaotique, perturbée et perturbante, entre crises d'angoisse, tachychardie, phobie sociale, quasi-échec scolaire quand j'étais plus jeune, quasi-phobie scolaire au collège (mais à l'époque tout le monde s'en foutait, c'était un peu marche ou crève, pas de psy, pas de prise en compte du mal-être ni par les profs ni par les parents). Du reste, je restais, en surface, souriante, du moins à l'école. A la maison je me renfermais totalement sur moi-même avec des idées suicidaires et un désespoir croissant au fur et à mesure que je comprenais l'étendue du désastre de ma vie.

C'est un peu exagéré, peut-être, les mots sont forts, exprès, parce que j'ai vécu des choses graves qui ont été totalement niées et que j'ai besoin aujourd'hui d'exprimer (mais pas à mes proches. Ce serait trop violent. Pas maintenant, pas comme ça, pas brutalement, il faut que j'y réfléchisse).

Bref. Tout ça non pour me plaindre, juste pour poser les bases de mon questionnement actuel : pourquoi ?

Pourquoi ai-je été si mal ?

Pourquoi ai-je été si seule, seule à guérir de ma phobie sociale, seule face à mes idées noires sans que jamais personne ne m'ait dit "je vois que ça ne va pas, que se passe-t-il ?".

Faire semblant.

Toute ma vie, j'ai fait semblant. Semblant d'être heureuse, semblant de rentrer dans le moule, semblant de m'intéresser aux discussions.

Et un jour, je suis entrée dans cette école de fonctionnaire, en 2004. J'ai rencontré des gens super qui m'ont aimée pour ce que j'étais (deux d'entre vous se reconnaîtront, j'ai envie de les serrer dans mes bras en pleurant, A. et E. ou autrement appelées Poune et Lazy Prawn), j'ai rencontré LeTigre qui m'a dit (j'étais mariée) que j'étais la femme de sa vie, celle qu'il attendait depuis 35 ans (moi je croyais qu'il en avait 27 mais c'est une autre histoire...).

Après ça, il a fallu des mois de réflexion, de remise en cause de mes certitudes, puis de divorce, et une vie seule qui m'a permis de me ressourcer pendant deux ans avec LeTigre qui venait me voir une semaine par mois dans mon trois-pièces marseillais.

Et grâce à tout ça, je ne sais pas dans quel ordre, j'ai commencé à aller mieux et à me poser moins de questions et à profiter de l'instant présent, ce que je n'avais jamais été capable de faire.

Aujourd'hui, je recommence à cogiter. J'ai vécu quelques années dans une insouciance anesthésiante pas désagréable, j'ai mis mon cerveau en pause, ça m'a reposée après des années entières d'introspection explosive, et puis, l'introspection revient, petit à petit.

A la croisée des chemins de ma vie, consciente à la fois de ce que j'ai construit de beau et de stable, mais aussi de tout ce que j'ai encore envie d'accomplir, de plus instable, de moins rationnel, de passionnel, de déraisonnable, de folie.

Il me faut un peu de folie. Ma vie est trop lisse, trop sage, même si je l'aime aussi comme ça et que je n'ai pas envie de tout remettre en cause, seulement introduire une juste dose de MOI. Je me suis un peu oubliée, j'ai un peu oublié le MOI profondément enfoui, le MOI instable, le MOI un peu borderline parfois dans la contemplation béate de la beauté de la vie et l'instant d'après dans le désespoir profond face à son absurdité... Ce MOI que j'ai du mal à dompter, à accepter, ce MOI si entier capable des pires colères comme de la plus grande gentillesse.

Ce MOI a besoin de ressortir un peu sous quelque forme que ce soit. Et je pense que la sphère professionnelle peut le permettre, ou à défaut l'écriture comme loisir à condition d'en avoir le temps.

Une autre grande question, liée à toutes les précédentes, et que j'ai encore beaucoup de mal à formuler, par rapport aux autres bien sûr mais même par rapport à moi-même : zèbre ou pas zèbre ? Depuis que certaines d'entre vous ont soulevé cette possibilité, j'y pense beaucoup. J'ai lu tous les "signes", me suis reconnue dans beaucoup, et ai compris beaucoup de choses de mon enfance grâce à ça, si c'est ça. Et pourtant, je ne peux m'empêcher de me dire qu'il est facile d'interpréter des faits à la lumière de ce qu'on veut. Que vouloir rentrer dans une "catégorie", c'est comme lire une liste de symptômes d'une maladie quand on est inquiets : on a toujours tous les symptômes de la pire maladie. Alors je ne sais pas. Je n'ose pas en parler, je ne sais pas à qui m'adresser, mais j'ai envie de savoir. Ca expliquerait tellement de choses. Et en même temps si ce n'est pas le cas, alors comment expliquer ces choses...?

Bref pas à l'aise sur le sujet, je préfère ne pas trop développer, c'est encore tabou pour moi je ne sais même pas comment aborder la question avec LeTigre qui me prendrait irrémédiablement pour une folle prétentieuse...