Tu as un seul nain et tu hésites à en fait un deuxième ?

Tu te dis "j'aimerais bien qu'il/elle ait un frère/soeur mais pfff... quel boulot... j'y arriverai jamais... j'y arrive déjà pas avec un je suis crevée... et puis faut se replonger dans les nuits pourries, etc.... du coup j'hésite".

Si tu es dans ce cas, reste, je te dis tout ! Tout sans langue de bois, comment on en chie avec deux nains, comment c'est bien aussi, comment je le vis au quotidien, ce qui est difficile, ce qui est chouette.

Comme ça, tu pourras voir si tu le sens, ou pas.

Je vais commencer par une phrase que je me dis très régulièrement, genre pas tous les jours mais presque, et je te jure, lectrice, lecteur, c'est vrai. J'ai trouvé ça tellement dur d'être enceinte et de gérer un nain de deux ans et demi, que je me dis souvent "finalement avoir deux nains c'est vachement plus facile qu'avoir un nain et être enceinte".

Sache cependant, que mon cas est un peu particulier pour trois raisons :

- j'ai eu une grossesse fatigante. Pas pathologique, mais je me suis sentie éreintée du début à la fin. Du genre loque que rien que te lever du canapé t'arrache des larmes... y a des femmes pour lesquelles la grossesse donne des ailes, donne des forces, rend invinscible. Moi elle m'a liquéfiée, ma grossesse...

- j'ai dû gérer seule 4 jours par semaine, 3 semaines par mois car LeTigre bossait en région parisienne. Et ne pas pouvoir te poser une minute en rentrant du boulot quand tu es enceinte et que tu dois gérer ton deux ans et demi qui te fait la misère car il sent bien que tu n'es pas "comme avant", c'est rude. Vraiment, vraiment rude.

- j'ai eu un premier nain qui a fait un terrible two vraiment très, très terrible. Avec grosses crises de colères à en devenir hystérique, avec refus de se coucher, rebellion, violence etc. (oui sinon il va bien, merci) (le terrible two est passé, maintenant c'est un enfant normal. Ou presque).

Bon ça, c'était pour la grossesse. Donc si tu comptes sur moi pour te dire que ça se fait bien, ben tu t'es trompé. Non, ça se fait pas bien, c'est horrible. Et en plus, c'est pas à toi que je vais apprendre ça, ça dure 9 mois. C'est long. Surtout le début quand tu es épuisée et que tu as la gerbe à longueur de temps. Surtout la fin quand te mouvoir te fait mal partout. Bref, si tu as de la famille pas loin, c'est mieux, une maman ou une belle-maman qui peut te soulager de l'aîner pour que tu te reposes, là oui ça doit pouvoir le faire.

 

Ensuite.

Ben ensuite, le deuz naît. L'accouchement, tu connais déjà, tu demandes la péri, tu souffres pas, ça va plus vite, t'as toujours autant de bonheur quand on te pose ce tout petit bébé sur le ventre, c'est beau. Faut s'organiser pour faire garder l'aîné alors que la date est une inconnue à plusieurs variables, c'est un peu tendu mais si tu prévois plusieurs plans (A, B, C), ça peut le faire.

A la maternité, le papa gère le grand, tu pouponnes, le grand est émerveillé par ce tout petit bébé qui est sorti de ton ventre, il vérifie qu'on t'a bien refermé le ventre, il palpe pour savoir s'il y a encore quelqu'un à l'intérieur, il veut téter tes nibars lui aussi, bref c'est beau, rose et tout va bien.

Après tu rentres à la maison. Et là, faut être honnête, ça se complique. Si tu as la chance d'avoir de la famille très disponible pour t'aider, accepte. Vraiment. Car après l'accouchement, les hormones font que tu rejettes un peu ton grand, c'est cruel mais c'est comme ça, tu es dans une fusion totale avec ton bébé et tout le reste n'est qu'élément perturbateur. Ton grand te paraît énorme, pataud, il fait du bruit, bref il dérange. Du coup dans l'idéal, si tu délègues à ta maman ou à ta belle-maman la gestion du grand et de la maison, c'est top. Tu dors quand bébé dort, tu profites, tu sniffes, tu câlines et tu traînes en vieux jogging.

Et puis, un nouveau-né, pendant quelques jours, ça ne fait que dormir. C'est facile, tu es pleine d'une énergie nouvelle, tu as retrouvé l'usage normal de ton corps même si tu fais du 110F et que tu as le ventre tout mou. Tout le monde s'extasie devant ce tout petit être qui dort, mains ouvertes, au milieu de ton salon. Quand il se réveille, il chie, il bouffe (dans l'autre sens souvent) et se rendort. Et là, tu te dis "un deuz, trop facile ! je peux en avoir 5 en fait !".

Mais un jour, plus ou moins tôt, le nouveau-né s'éveille. Comprendre (sauf si tu t'appelles GiGi ou que tu as le cul bordé de nouilles) (coucou GiGi), il se met à braire. Oui je suis du nord maintenant, je dis braire. Donc, il se met à pleurer. RGO, coliques, angoisses du soir, que sais-je, ton nouveau-né pleure. D'ailleurs il ne pleure pas, il hurle. D'abord juste un peu, puis de plus en plus, puis, si tu n'as pas de chance, tout le temps.

Oui, un bébé, entre zéro et trois/quatre mois, ça pleure. Beaucoup. Au choix, ça a mal au bide, ça a faim, ça n'arrive pas à s'endormir, ça a besoin de téter tout le temps, ça a besoin de contact tout le temps ou au contraire ça a besoin de calme, mais tout ça tu le découvres et tu le comprends, en général, plus tard. Sur le moment, tu ne sais pas. Il est là, et il braille. Et bien sûr, car sinon c'est pas drôle, tout le monde est reparti, tout le monde a repris sa vie, le papa travaille et toi, tu gères les gosses. Et si tu n'as pas de chance et que tu accouches en été, le grand est en vacances. Oh joie. Tu te retrouves donc avec un bébé qui braille et avec un grand qui couine et gémit et s'accroche à tes jambes parce que tu n'as pas de temps pour lui.

Dès que tu décides de passer un moment avec lui, le bébé braille. Tu le portes, en écharpe, dans tes bras, tu berces pendant des heures, tu fais patienter ton grand à renfort de tout ce que tu peux (dessins animés, gâteaux), mais au bout d'un moment, il craque. Et bien sûr, c'est pile à ce moment là que ton grand, ton bébé qui a grandi, celui à qui tu donnais tout ton temps et toute ton énergie il y a même pas un mois, est en train de comprendre que, non seulement, ce bébé lui prend sa maman, mais qu'en plus, IL VA VRAIMENT RESTER !

Il va te falloir beaucoup, beaucoup de patience, de dévotion, d'esprit de sacrifice, car moi je l'ai vécu comme ça : pendant trois ou quatre mois, tu traverses une zone de tempête. Tu as l'impression que tu n'en sortiras jamais, tu regrettes, tu vois ton grand qui souffre, ton bébé qui pleure, toi tu pleures aussi, tu passes tes nerfs sur le papa fatigué, tu te lèves la nuit, tu as des cernes jusqu'au milieu du visage, tu n'as pas le temps de prendre une douche, tu n'as plus rien à te mettre, ton bébé ne dort qu'en balade mais toi tu ne supportes pas de sortir parce que tu trouves trop grosse, trop moche, bref, c'est la déprime.

Sache, lectrice, lecteur, que CA PASSE.

Oui, un jour, tout ça a une fin.

Plus ou moins tôt selon les bébés, un jour, il fait ses nuits, il s'éveille en journée, il arrête de pleurer, il rigole aux bêtises du grand qui commence à se dire que finalement ça peut être bien marrant d'avoir un public toujours émerveillé, il cale ses siestes à horaires fixes, et là, une autre vie commence.

Tu peux t'organiser, tu peux le caler, il n'est plus tout petit donc tu peux te permettre de le réveiller pour caler sa deuxième sieste en même temps que celle du grand, tu peux le poser sans qu'il hurle, et s'il fait de bonnes siestes tu peux retrouver du temps avec ton grand qui t'en est infiniment reconnaissant (comprendre, qui arrête ses crises de jalousie et de vouloir tuer son petit frère ou sa petite soeur). En plus, généralement, tu as perdu un peu ton bide, retrouvé une silhouette potable même s'il te reste deux ou trois kilos qui s'accrochent, tu remets tes fringues d'avant, tu reprends le travail donc une vie sociale, et là, tout s'éclaire.

Avec un peu d'organisation, la vie avec deux enfants, c'est finger in the nose. Moi honnêtement depuis que bébé Koala a quatre mois, et surtout à partir de cinq mois, ça m'a semblé facile. Mais plus que ça. Vraiment sympa. Tu as un grand qui devient de plus en plus autonome, qui commence à discuter, et un bébé qui s'éveille, c'est chouette. Ils commencent à interagir, le petit éclate de rire dès que le grand gigote devant lui, et même si tu es fatiguée, ça se passe bien. Bon c'est vrai, parfois tu craques un peu parce que nain n°1 passe en hurlant devant la chambre de bébé qui vient de s'endormir, ou alors tu t'absentes une minute pour aller faire pipi et tu retrouves nain n°1 en train de jouer à cache-cache avec son frère qu'il a enfoui sous une couverture...

Y a des moments difficiles, bien sûr. Y a des moments bébé se réveille à 5h, se rendort à 6h et ton grand se réveille à 6h45. Et là tu as envie de te pendre. C'est vrai, ça arrive. Y a aussi des fois où tu es à la bourre, où bébé hurle parce que tu as osé le mettre dans son cosy, et où ton grand refuse de mettre ses chaussures, puis a une soudaine envie de faire caca. Des jours où tu te dis "mais POURQUOI on fait des gosses bordel ????"

Moi globalement, je trouve ça super. Je me dis même "ça passe trop vite et j'en profite pas". Ton deuz, il grandit un peu tout seul par rapport au premier. Il est là, il participe, mais tu fais tout plus vite et moins bien qu'avec le premier. C'est comme ça. C'est obligé, et c'est pas si grave parce que lui, il n'aura connu que ça...