Voilà.

Ainsi s'achève avec cette semaine ma vie de mère au foyer.

Jeudi prochain, je prends le chemin du bureau, à nouveau, après une interruption de sept mois.

Sept mois.

Sept mois sans travailler, sept mois d'absence passés comme de longues vacances peu reposantes.

Sept mois c'est énorme, et pourtant c'est passé si vite. L'impression de retourner à l'école après les grandes vacances, sauf que là je connais déjà les copains et je ne change pas de classe...

Pendant ces sept mois, j'ai vécu une fin de grossesse éreintante (si éreintante que les premiers temps avec bébé m'ont paru comme un repos bien mérité du corps si malmené pendant ces 40 longues semaines), un accouchement sublime qui me donne envie d'avoir encore dix enfants juste pour vivre ce moment (merci la péri) (mais n'y voyez aucun message subliminal je m'arrête à deux), un retour à la maison en plein été avec un tout petit bébé chez nous, un berceau dans le salon, mes parents et ma soeur avec nous, un Potam content d'être grand frère. Et puis, passé les toutes premières semaines, deux mois difficiles. Des pleurs, des coliques, des nuits qui donnent envie de se pendre au petit matin, des journées épuisantes, l'euphorie de la naissance qui laisse place petit à petit à de la fatigue, puis un petit état de baby blues, puis à des symptômes dépressifs, puis je pense à une vraie DPP.

Et puis, heureusement, des vacances chez mes parents, puis les premières nuits complètes, puis Noël, puis la mutation du Tigre et le moral qui remonte petit à petit.

Aujourd'hui tout n'est pas rose mais on est sortis du tunnel.

Aujourd'hui quand j'ai une journée en tête à tête avec bébé Koala je n'appréhende plus, je profite.

Et voilà qu'au moment où ça devient plus facile, il faut arrêter. Retourner travailler. Le laisser à la crèche.

Il a fait son adaptation depuis deux semaines et ça se passe plutôt bien, malgré des pleurs souvent liés à la difficulté à trouver le sommeil. Mais je ne me fais pas de soucis, quand il y restera des journées complètes il s'endormira d'épuisement et puis trouvera un nouveau rythme, s'adaptera au nouvel environnement.

Et moi, au milieu, partagée.

Heureuse quand même de reprendre le chemin d'un quotidien normal, de reprendre mes activités, d'envisager des journées avec d'autres préoccupations que le nombre de millilitres dans un bib, la consistance d'un caca et le nombre de minutes de sommeil. De faire à nouveau marcher mon cerveau. D'avoir d'autres défis, d'autres enjeux, un autre milieu où évoluer, où être moi (gros défi de l'année 2015), où faire d'autres preuves, où parler d'autre chose.

Défi, c'en est un. Un adjoint qui part à la retraite et qui ne sera pas remplacé, seule à 80% pour deux postes sachant qu'il y a encore deux ans il y avait trois temps plein pour les mêmes tâches. Réinventer, réorganiser, prioriser, une tâche qui s'annonce compliquée mais qui me motive.

Seule, c'est dur, mais c'est bien aussi. Seule à décider, seule à organiser, faire comme je l'entends sans perte de temps, sans devoir expliquer, convaincre, mettre en place, juste faire. Seule aussi pour les congés, c'est pas plus mal.

Et puis, de l'autre côté, mon coeur de maman qui va être mis à rude épreuve. Laisser mon tout-petit des journées entières à des étrangères. Pas tout à fait étrangères puisque c'est la même crèche où était Potam donc je connais et j'ai confiance. Mais bébé Koala qui me fait déjà la tête au bout de quelques heures (il refuse de me regarder quand je viens le chercher !), va devoir apprendre à vivre sa vie. Si petit. Cinq mois et déjà en collectivité. Je sais qu'il y sera bien, lui qui aime tant quand ça bouge, mais c'est la fin d'une période.

Je ne verrai plus mes garçons qu'en vitesse le matin pour préparer tout le monde, et rapidement le soir entre 18 et 20h. Heureusement, les mercredis, samedis, dimanches, avec eux.

Un peu de culpabilité aussi, là derrière, bien planquée. Pas vraiment culpabilité de reprendre le boulot, mais plutôt d'en être contente. J'essaie de me démerder avec ces émotions ambivalentes, ce n'est pas si facile d'accepter d'être heureuse de moins les voir. Bien sûr ça ne se pose pas tout à fait en ces termes mais quand même un peu. C'est un peu égoïstement reprendre "enfin" ma vie à moi. Je sais, "il vaut mieux une maman épanouie qui travaille qu'une maman triste qui est là toute la journée". Ok ok, mais bon, ça ne me convainc pas tout à fait.

Comme d'habitude, je voudrais tout et son contraire. Je voudrais des journées de 36h, pouvoir travailler ET avoir du temps avec mes garçons, ET dormir 9h par nuit ET pouvoir écrire ET avoir une maison propre et rangée avec du linge bien plié.

Mais bien sûr.

Quels vont être mes compromis ? Un peu sur tout, sans doute. Rentrer parfois plus tôt du travail pour les voir (j'ai la chance de faire à peu près ce que je veux comme horaires du moment que je fais suffisamment d'heures dans la semaine), rogner parfois ma nuit pour pouvoir écrire, accepter parfois une maison dégueulasse, leur mettre certains jours des tee-shirts non repassés. Savant mélange de la working mum, équilibre précaire à construire selon ses priorités, ses limites de tolérances, ses envies du jour.

Et surtout, surtout, se rappeler qu'on est des humains et pas des machines. Se rappeler dans les mauvais jours qu'on a le droit d'être de mauvaise humeur ou de n'avoir pas envie de voir ses gosses sans pour autant être une mauvaise mère.

En résumé, en cette année 2015, il me faudra apprendre à ne pas être trop exigeante, ni avec moi-même, ni avec LeTigre, ni avec ma vie. Lâcher prise pour profiter de ces instants, ces années avec des enfants petits si pleines de contraintes mais qui, de l'avis général, passent tellement vite...