Aujourd'hui, il y a du monde qui se mobilise.

On manifeste pour la liberté d'expression, pour la liberté tout court, contre l'extrémisme et contre le droit de tuer au nom d'une quelconque religion.

On se retrouve, on montre qu'on n'a pas peur, qu'on est là, forts, encore plus forts, qu'on se bat et qu'on se battra encore, toutes religions confondues, seulement des citoyens unis pour défendre les doits de l'Homme.

Et je suis avec eux.

Vraiment.

Par la pensée, depuis mon canapé, en suivant les événements en direct à la télé.

Et pourtant, je n'y suis pas.

Pourquoi ?

Je suis mal à l'aise avec tout ça, sans trop pouvoir l'expliquer. Je vais essayer quand même, parce que c'est vrai, je n'assume pas. Je n'y suis pas et je n'assume pas.

Je pourrais dire que mes enfants sont trop petits. Je pourrais dire que c'est trop loin. Je pourrais dire que je suis trop fatiguée parce que j'ai passé une matinée pourrie avec deux nains dont un qui a chouiné toute la matinée. Je pourrais en trouver des excuses, plus ou moins bonnes.

La vérité, c'est que pas une seconde je n'ai envisagé sérieusement d'y aller.

Et je m'en veux, un peu. Comme toujours, cette ambivalence en moi, ces tiraillements entre mes émotions contradictoires.

Envie d'être là avec tout le monde parce que ça me paraît important, parce que c'est beau si on le fait tous, parce que je ne peux pas être étrangère à la cause qui est défendue.

Et en même temps, incapable de me mêler à la foule. Trop de gens, trop d'angoisse, peur de péter un plomb comme ce jour au milieu d'une place dans un couloir du métro parisien station Châtelet où j'ai bugué. Je me suis mise à trembler et avais envie d'hurler.

Mais aussi, j'avoue, je suis un peu mal à l'aise avec ces manifestations, aujourd'hui.

Certains le font évidemement dans un très bon esprit, mais je vois aussi ceux qui se rassemblent parce qu'ils n'ont rien d'autre à faire, ou encore parce que ça fait bien de dire qu'on y était, ou parce que dans cette France morose et triste engluée dans les diffultés économiques, se rassembler pour une cause commune est une façon de détourner la colère sur une cause plus noble.

Et tant mieux, bien sûr, si c'est ça. Il fallait peut-être aux français une étincelle pour mettre le feu à la poudre, pour remuer les coeurs enlisés dans la déprime, pour se soulever contre quelque chose d'abominable.

Mais ce qui me met mal à l'aise, c'est qu'on dirait que d'un assassinat ingnoble on finit par tout mélanger, un peu. Par mélanger les grandes causes, par appeler à des mesures pour que ça ne se reproduise plus, par regarder des chefs d'Etat manifester, bien en costard, bien protégés malgré tout, pour dire "j'y étais".

D'après moi tout ça c'est beau, mais c'est tellement hypocrite.

Je veux dire que cet assassinat, cet attentat contre la liberté d'expression, ce n'est qu'un peu de poudre aux yeux par rapport à toutes ces idées ignobles qui continuent à se répandre comme du poison en plein coeur de notre société.

Comment peut-on accepter qu'un enfant de CM1 réagisse à l'explication de son enseignante par un "mais madame, ils avaient qu'à pas nous insulter aussi !" ou encore "on les avait prévenus !". Le fait que des petits gamins de même pas 10 ans puissent dire "nous" en se mettant au même niveau que ces malades mentaux extrémistes et assassins, est-ce que ce n'est pas ça finalement le plus grave ???

Bien sûr, ce qui s'est passé, c'est très triste. Triste, injuste, inacceptable, à vomir. Moi aussi ça m'a, comme nous tous, totalement retournée.

Mais pour être franche et au risque de choquer, je ne sais pas si être dans ce rassemblement puis reprendre ma vie comme avant apporterait grand chose. Comment lutter contre la diffusion si large d'idées aussi violentes ? Tuer pour sa religion, c'est le fléau le plus ancien et le plus meurtrier de toute l'histoire de l'humanité. Ca montre qu'on n'a fait que très peu de progrès depuis l'ère des guerres de religion, malgré la déclaration des droits de l'Homme.

On ne devrait pas pouvoir entendre de telles violences dans la bouche d'enfants qui n'ont aucun respect pour leurs semblables.

Comment lutter contre cet extrémisme montant ?

J'ai tellement peur.

L'humain est capable des pires horreurs, ça me donne la nausée, ça me donne envie de me terrer chez moi et c'est peut-être pour ça que je ne me suis pas déplacée aujourd'hui. L'impression que ces pensées inhumaines sont tellement humaines. Comment peut-on se laisser embrigader là-dedans ??? Comment l'accepter ? Mais si on ne l'accepte pas, que faire alors ???

Certains écrivent qu'ils sont heureux de voir toute la mobilisation des gens car ça rassure sur la beauté de l'humanité, moi non, ça me rassure pas.

Et quand je vois Marine Le Pen qui utilise cette barbarie pour relancer son débat pourri sur la peine de mort. Pauvre femme va...

Bon enfin bref, j'y suis pas et je devrais peut-être, je ne sais pas trop.