En ce moment, petit Potam ne va pas bien.

Il est sans cesse en proie à de violents sentiments qu'il n'arrive ni à canaliser ni à extérioriser, et ça se traduit par des crises de violence et des refus de dormir.

Potam est un hypersensible. Un intuitif. Potam rit, il aime la vie, il chante, il danse, mais il est aussi très vite perturbé quand un élément de son quotidien change. Entre le petit frère, l'hospitalisation, le début de l'oedipe, Potam est infernal en ce moment.

Il crie, il dit non à tout, il hurle juste pour nous faire réagir, il fait pipi sur lui dès que je suis occupée avec bébé Koala (le message est clair !), il refuse que son père l'approche c'est maman, maman, maman, maman. Il veut des câlins mille par jour et refuse que je le lâche, il faut que je sois debout, il faut que je sois à lui, entièrement, tout le temps. Il refuse de dormir et on passe des heures à calmer, apaiser, aider à s'endormir, lire des histoires. Il lui faut un temps infini pour se calmer, il réclame ma présence et se calme avec des câlins et des petites histoires chuchotées à son oreille alors qu'il dort à moitié, mais au lieu de s'abandonner et de sombrer, il lutte et hurle dès que je fais mine de partir. Il me veut pour lui, tout le temps. J'explique. Je refuse. Je lui dis qu'il faut partager. Je lui dis que je suis l'amoureuse de papa et non la sienne, je lui dis que ma place c'est dans mon lit et non dans son lit, je lui dis qu'il n'a pas besoin de moi pour dormir, je lui répète inlassablement sous des formes différentes mais rien n'y fait. Souvent ça l'apaise sur le moment, ça lui remet ses repères dans l'ordre et il s'endort. Mais le lendemain il faut recommencer.

Dès qu'on lui demande quelque chose, c'est non. Non en criant ou non en riant façon moqueuse.

Il se tient mal à table, répond, pleure, crise dès qu'on gronde. Et pourtant on tient bon. On maintient les limites, coûte que coûte, même si justement ça nous coûte.

Pas un moment avec lui ne se passe bien sauf quand on joue.

Avec LeTigre tous les jours on s'interroge. On a tenté la rigueur, on a tenté la douceur, on a tenté la négociation et même le chantage, on a tenté un savant mélange de tout ça, moi dès que je peux je passe du temps avec lui car il est en manque de moments à deux, je l'ai emmené aux bébés nageurs samedi juste lui et moi (j'ai laissé bébé Koala à ma voisine, merci le début de vie sociale !), je sors juste avec lui faire une course, une balade, je lui montre plein de choses, je lui explique tout, je réponds, inlassablement, à ses questions par milliers, et ça ne change rien.

On me dit, et je le crois (je l'espère en tout cas), que quand LeTigre vivra avec nous tous les jours ça ira mieux. Que l'équilibre familial est mis à mal par ces absences et qu'avec un bébé qui demande du temps et de la disponibilité, quand je suis seule je ne peux pas donner assez de temps et d'attention à Potam.

Demain je vois une psy pour parler de lui. Sans lui. Elle le verra à la prochaine séance. Et j'ai vraiment hâte. Il y a trop de choses dont j'aimerais parler, il me faut de l'aide, il lui faut de l'aide. J'aimerais être là pour lui, j'aimerais pouvoir l'apaiser mais je n'y arrive pas, je pense comprendre à peu près tout ce qui le tracasse, lui qui se fait des montagnes d'angoisse sous ses airs de petit garçon souriant, mais je n'ai pas trouvé la clé. Je n'ai pas l'énergie pour garder la sérénité et le calme qu'il faudrait avoir. Je pars en live, je crie, je l'attrape, je m'énerve, je l'isole, je pleure, je n'arrive plus à trouver les ressources pour le gérer, il m'échappe, il nous échappe et toute la famille en pâtit.

Je pense que la clé n'est pas si compliquée. Je pense qu'il "suffit" de passer à nouveau du temps avec lui, de recréer un climat familial propice à l'apaisement et surtout, surtout, il faut que je dépasse mon stress de ne pas arriver à le gérer. Il faut que je sois confiante en moi et apaisée pour qu'il puisse s'apaiser en miroir. Qu'il puise à nouveau la force dans mes bras et dans mon regard au lieu d'y lire l'impuissance et le désespoir.

Cet enfant lit en moi et c'est flippant.