Chez moi, depuis quelques semaines, il y a un nouveau venu.

Un piano.

MON piano.

J'ai acheté un piano. Je suis allée à Lille, dans un magasin de pianos que j'avais repéré sur internet, et je suis entrée. J'ai dit "bonjour, je voudrais un piano droit d'occasion" et je suis ressortie avec un piano neuf.

Dans le magasin j'ai été guidée par le vendeur, un vrai connaisseur, un passionné, qui m'a fait écouter les sons, qui a joué, qui m'a laissée jouer, toucher, écouter, réfléchir. Il m'a posé des questions, et a totalement compris mes goûts. Après plusieurs remarques de ma part il m'a dit "aaaah ! j'ai compris ce que vous aimez. Je vais vous en montrer un autre.". Et il m'a montré mon piano. Un allemand. Une mécanique de très bonne qualité, un son que j'aime, un toucher agréable, le coup de foudre était là.

Je n'ai pas hésité. J'ai dit oui. J'ai payé. J'avais le sourire. Un sourire immense comme celui qu'on a quand on réalise un rêve. Le vendeur a compris. J'ai partagé ma joie. LeTigre et bébé Koala m'accompagnaient et LeTigre a partagé aussi mes essais et ma joie.

J'ai été livrée la semaine suivante. Chaque nuit je rêvais de mon piano.

Et puis un jour, un matin, un coup de téléphone. "Bonjour, c'est le magasin de piano, on arrive dans un quart d'heure !". Un quart d'heure après, il était là.

Noir, brillant, neuf, beau.

Le livreur qui est aussi accordeur a monté en deux secondes la banquette puis a essayé le piano.

La musique a envahi immédiatement chaque centimètre-cube de ma maison. J'ai souri. J'ai éclaté de rire et de joie à l'intérieur. Potam dansait et sautait de joie. LeTigre souriait en nous regardant.

Maintenant, il y a un piano chez moi. Il y a des préludes de Bach, des sonates de Grieg, des musiques de film, des "Petits papa noël" et des berceuses de Brahms, et du Yann Tiersen bien sûr parce que c'est joli et que ça plaît au Tigre. Il y a des petites mains qui tapent dessus et des troizan qui dansent. Il y a aussi des bébés sur mes genoux entre mes bras pendant que je joue et des bébés dans des transat qui s'endorment en musique.

Maintenant, il y a de la musique chez moi.

Il y a à nouveau de la musique dans ma vie, dans mon coeur, et dans ma tête parfois toute la nuit.

Je n'imaginais pas ma maison sans piano. Je n'imaginais pas ma vie sans jouer. Travailler. Répéter. S'entraîner et sentir petit à petit la force dans les doigts revenir, travailler et travailler encore pour que ce qui paraissait difficile devienne automatique sous les doigts. Apprendre et comprendre les notes qui s'enchaînent, essayer de tout mémoriser pour mieux se concentrer sur l'interprétation. Faire courir ses doigts presque sans plus y penser et entendre, surprise, la musique harmonieuse s'échapper si fort de la caisse, amplifiée par l'espace de notre séjour.

Je crois qu'après ma maison, c'est l'achat le plus important de ma vie d'adulte.

Il remet du rêve et de la passion dans mon quotidien, c'était important. C'était vital. Le piano fait partie de mon enfance (les heures par jour, les pleurs, les tendinites, les examens, le trac, le vautrage en public, les maux de ventre avant les cours, mais aussi le plaisir. L'immense plaisir), de mon histoire, de ma vie.

Il est revenu, et il ne reste plus que le plaisir.

 

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