Vie de couple = zéro.

Vie sociale = zéro.

Occupations intellectuelles = zéro.

Sport = zéro.

Loisirs = zéro.

Conversation = zéro.

Sexe = zéro.

Apéros et soirées = zéro.

 

Triste bilan.

LeTigre est fermé.

On ne parle plus, on ne s'aime plus, on ne se colle plus, on ne se caresse plus, et ça ne lui manque pas. Quand je tente un rapprochement ça finit toujours mal. Quand je quémande un peu de rêve, un peu de joie, un peu d'insouciance, je me heurte à un mur. Il fait semblant de ne pas comprendre. Je lui dis "je ne veux pas que tu partes jeudi..." il me répond "bon tu vas pas me faire ça à chaque fois ??? T'as l'habitude maintenant non, c'est bon ?".

Quand je lui dis "tu as de la chance de t'échapper 4 jours", il me répond "ben t'à qu'à travailler la nuit".

Et quand je me plains de ses réponses tellement terre à terre, tellement démoralisantes, il s'énerve, devient méprisant et me dis "de toutes façons, aujourd'hui on peut rien te dire".

Ben non, si c'est pour dire des trucs comme ça, vaut mieux rien dire, effectivement.

C'est moi qui suis difficile ? C'est trop demander un peu, un tout petit peu de considération et d'affection ??? (je ne parle même pas d'amour on n'en est plus là).

Je n'ai plus besoin de lui. Il m'a habituée au fil des mois à ne plus être là pour moi, et moi je me suis habituée à m'en sortir seule. Depuis quelques années j'avais appris à ne plus tout attendre de l'autre, du couple, à me débrouiller un peu, à trouver les réponses en moi. Mais là, petit à petit, je n'attends plus rien de lui. Quand je vais mal, il ne m'est d'aucun secours, car quand je suis mal il est mal.

Alors à quoi bon ?

Il lui faudrait de la tendresse physique, et rien d'autre. Quand je lui dis "on ne parle plus. On ne se dit plus rien d'autre que ce qui concerne la maison, les tâches ménagères ou les enfants", il me répond "on ne peut pas tout le temps parler" en se replongeant dans son iphone. Je le dérange.

Le soir il voudrait que je dorme nue et que je m'offre à lui. Combien de fois lui ai-je expliqué que je ne peux pas concevoir le sexe sans au moins un peu de tendresse, des gestes affectueux, de la complicité (là encore je ne parle même plus d'amour) (je ne sais pas trop ce que c'est finalement) (peut-être que c'est juste ce qu'on invente pour décrire ce qui suit la passion) (bref). Mais non, je n'ai rien. Il faudrait que je m'offre comme ça, en un claquement de doigts, qu'en plus ma libido vienne toute seule de je-ne-sais-où.

On est tellement sur deux planètes différentes (Mars, Vénus et toutes ces conneries). De toutes façons je suis un peu seule sur ma planète. Comme le petit prince. Avec même pas un renard à apprivoiser.

Je suis une handicapée de la vie de couple. Je suis seule, si seule.

Je ne le quitterai jamais parce que je n'ai pas le courage, pas la force. Et puis parce qu'en dehors de ces périodes tendues, on aime bien vivre ensemble.

Quant à l'amour et l'affection, je ne les attends plus. Nous vivrons côte à côte, de toutes façons on s'entend bien globalement, ça devrait aller.

Je me contenterai de ça, je n'ai plus le courage de courir après ce qui n'existe pas.

Ce que je ne trouverai jamais.

Jamais aucun homme ne pourra me satisfaire. D'ailleurs peut-être que jamais aucun homme ne pourrait satisfaire aucune femme. Tout cela n'est qu'illusion. Nous sommes tellement exigeantes, tellement difficiles. Des envies de petites filles gâtées. Nos aînées ne se posaient pas toutes ces questions. Elles subissaient un homme pour la vie qu'elles n'avaient parfois même pas choisi et souffraient en silence. Elles trouvaient l'amour et la tendresse dans les rapports avec leurs enfants. Et si elles avaient le malheur de ne pas en avoir, elle passaient leur vie sans tendresse. Aucune.

J'ai envie de durcir mon coeur.

J'en ai besoin.

J'en ai marre d'en chier, tout le temps. De souffrir, tout le temps, avec ce coeur chamallow qui attend ce qu'il n'aura jamais. Avec cette envie de vibrer dans une vie où personne n'est plus capable de ressentir des choses simples. Heureusement, mes enfants le sont, eux. Les enfants ont ça de génial qu'ils sont encore purs de tout formatage sociétal. Ils sont spontanés. Ils sont toujours dans le plaisir, dans la découverte, toujours si enthousiastes. Je me régale à ouvrir un monde de possibles infinis à Potam, que son père passe son temps à fermer. Ne sors pas pieds nus. Ferme la porte il y a un courant d'air. Mets ton gilet il fait froid. Ne crie pas. Calme-toi. Ne mets pas tes mains là-dedans. Ne t'approche pas. Dépêche-toi. Ne touche pas ces cailloux, c'est sale. Ne ramasse pas ce bâton, ne caresse pas ce chat.

Ne vis pas.

Moi je l'encourage à vivre et à découvrir, pendant que son père le décourage.

Parfois, je lui explique, au Tigre. Il comprend. Il acquiesce. Il admet que lui n'aime pas mais qu'il faut le laisser faire (le laisser prendre son temps et ramasser chaque caillou sur le chemin du retour de l'école, le laisser faire de la peinture avec les doigts et en mettre partout). Mais parfois, je me heurte à un mur.

Sois raisonnable mon fils.

Et moi je dis "vis, mon fils. Aime, mon fils. Crie, mon fils. Pleure de joie, mon fils. Cours pieds nus dans l'herbe, mon fils".

La vie, pour lui, c'est du gris. Avec un peu de gris sombre parfois, un peu de gris clair, d'autres fois.

La vie, pour moi, c'était éclatant. Blanc brillant qui brûle les yeux, noir ébène qui fait peur et qui tue, mais aussi bleu, rouge, jaune, turquoise, violet, doré et argenté. De la magie, de la musique, des étoiles dans les yeux et des pieds nus dans l'herbe.

Merde alors.