Quelle est la différence entre un dimanche pourri déprimant et un dimanche glandouille ?

Il se peut qu'il n'y en ait pas. Un dimanche glandouille peut en effet rapidement se transformer en un dimanche déprimant. Ou alors, un dimanche-tout-court peut se transformer en dimanche déprimant qui peut lui même se transformer en dimanche glandouille.

Voyons comment.

C'est dimanche.

Il est 6h.

Bébé 2 pleure, il a faim. Ses cris réveillent le preums qui, en convalescence suite à une opération des amygdales, s'est réveillé deux fois dans la nuit en hurlant qu'il a mal, se débattant et refusant de prendre ses médicaments. A 6h, c'est donc la troisième fois que tu te réveilles depuis que tu es couchée, à 22h30.

A 6h donc, tout le monde est sur le pied de guerre, le preums veut "regaguer les dessins allumés maman", le deuz prend son bib, il fait nuit noire, t'es crevée.

A 6h45, le deuz se rendort enfin, dans tes bras. Tu le poses, il hurle. Tu insistes un peu, lui fais des petites caresses, lui parle tout doucement, le berce, rien n'y fait, il hurle. Tu le reprends, il se rendort. Tu le gardes 5 minutes, tu le reposes, il ouvre grand ses yeux. Et merde, crevée, tu le rendors dans tes bras et tu l'emmènes dans ton lit. Tu te rendors à côté de lui, pendant que ton homme comate devant l'âge de glace (à 6h, les zouzous n'ont même pas commencé).

8h. Le deuz est à nouveau réveillé depuis une demi-heure, il commence à faire jour, il fait tout gris et il pleut. Bébé pleure car il a mal aux dents (enfin c'est ce que tu supposes), le preums refuse de prendre ses médocs, ne veut rien manger, fait son malade chiant, ne répond pas quand on lui parle et fait le zouave sur le canapé.

Tu passes la matinée en pyjama, bébé te fait pipi dessus, refuse de dormir et hurle dès que tu le poses dans son lit. Pour courronner le tout, il pleut, à midi on dirait qu'il fait nuit et ta nouvelle centrale vapeur ne marche plus (après le fer qui a lâché il y a un mois et la machine à laver qui a rendu l'âme aussi).

A ce moment-là, tu as deux options.

Option 1 : tu déprimes, tu as envie de pleurer, tu manges pour oublier (des choses grasses et sucrées de préférence), tu penses à tout ce que tu aimerais faire (dormir au premier plan) à la place de supporter un convalescent à l'agonie mais qui trouve quand même la force de sauter debout sur le canapé et de bercer un bébé qui fait ses dents et ne trouve pas le sommeil.

Option 2 : tu arrêtes de t'empiffrer, tu bois du thé non sucré quand tu as une petite envie de grignotage, tu lâches le preums que tu essayais de forcer à manger une cuillère de fromage blanc, tu acceptes qu'il regarde l'âge de glace pour la 258è fois en deux jours, de toutes façons il s'est fait opérer il y a 48h s'il ne peut pas regarder la télé en pyjama un dimanche dans ces circonstances, il ne le pourra jamais.

Tu câlines bébé autant qu'il en a besoin, tu lui files un suppo même si t'es pas trop pour, d'habitude, donner du doliprane au moindre petit mal-être, tu l'endors dans tes bras et prends le temps qu'il faut pour qu'il s'endorme profondément, tu allumes un feu de cheminée qui te fait oublier que dehors tu n'as pas vu le jour depuis ce matin, tu enfiles un jogging pour faire semblant d'être habillée et tu repousses ta douche à ce soir sans mauvaise conscience, et surtout, tu te répètes qu'avec un bébé qui fait ses dents et un preums qui vient de se faire opérer, tes besoins et envies passent forcément au second plan et que c'est NORMAL. Que ce n'est PAS GRAVE.

Tu acceptes, tu lâches prise, tu n'y pense plus et te dis qu'on est quand même bien, là, avec un preums calme dans le canap avec son papa, toi devant la cheminée l'ordi sur les genoux et bébé qui dort à l'étage dans son lit enveloppé dans sa couverture toute douce en polaire (que tu as eu la bonne idée de mettre sous lui dans tes bras pour pouvoir le déposer en douceur dans son lit sans changement de température). Même si t'as toujours ton tee-shirt plein de pipi de bébé, que tu n'es pas douchée, que tu n'as rien fait de la journée d'autre que t'occuper de tes gosses. Même si tu sais que demain tu devras te taper un aller-retour à Darty pour rapporter la centrale vapeur toute neuve. Même si tu sais que tu vas encore passer une nuit pourrie parce que le preums va hurler de douleur.

Tu prends sur toi, parce que tu es maman.

Parce que c'est ton rôle, et qu'un jour prochain, quand tu pourras faire tout ce que tu veux, ou que bébé 2 sera en plein terrible two, tu regretteras ces heures à câliner un tout petit bébé qui avait seulement besoin d'un suppo et d'un gros câlin.

Tu regretteras ces dimanches pluvieux près de la cheminée avec deux tout petits garçons qui remplissent ta maison.

Tu regretteras ces siestes que tu fais avec ton preums en convalescence, dans ton lit. Même s'il ronfle et qu'il prend toute la place.

Tu regretteras ces heures à rire toujours aux mêmes endroits de l'âge de glace et à répondre pour la 25è fois au preums qui te demande "maman, pourquoi le dinausaure il a écrasé le petit écureuil ?".

Tu regretteras ces dimanches déprimants que tu as su transformer en dimanche glandouille, dessins animés au coin du feu et bébé en couverture polaire.