Je suis fatiguée.

Très fatiguée. Fatiguée et très déprimée. Mon médecin m'a mise sous anxiolytiques et je ne prends pas mes médicaments, je n'arrive pas à me résoudre à commencer ces drogues, ces médocs qui me font peur.

Alors je gère ma déprime comme je peux, je me répète que c'est la fatigue et que dès que bébé fera ses nuits et pleurera moins ça ira mieux. Et ce sera très bientôt je le sais... Peut-être pas dans les jours qui viennent mais dans les semaines qui viennent, et quelques semaines, à l'échelle d'une vie, c'est très bientôt...

Envie de rire et envie de pleurer, envie de picoler, envie d'oublier, envie de dormir si profondément pendant si longtemps que j'oublierais toutes mes obligations, toutes mes contraintes. Envie de m'enfuir et de me réfugier sous une couette douce et moelleuse avec un ordi et des bouquins, pouvoir dormir autant que je veux, quand je veux.

Envie de voir personne, et incapable de rester seule.

Besoin qu'on m'aide, et incapable d'accepter l'aide qu'on m'offre.

Envie de tout gérer toute seule, mais incapable de supporter la longueur des journées.

Envie de sortir, mais trop fatiguée.

Envie de vomir tellement le stress est grand quand bébé ne se calme pas, et envie de me goinfrer dès qu'il dort. Pour oublier. Pour prendre des forces. Pour tenir. Pour me faire du bien et me faire du mal en même temps.

Bébé Koala ne pleure pas toute la journée. Il pleure moins que Potam. Il est capable d'avoir des périodes d'éveil calme de plus en plus longues, il est capable de ne pas demander les bras, il s'énerve parfois d'ailleurs quand on le porte trop, et pourtant, j'ai beaucoup de mal à gérer ses pleurs. Les réveils de nuit m'épuisent et m'empêchent de garder du recul lors des crises.

Bébé Koala pleure quand il a mal au ventre, et il digère très mal. Je suis passée à un lait anti-régurgitations et anti-coliques à la fois, j'ai eu l'impression que c'était miraculeux les deux premiers jours, mais les crises sont revenues. Il pleure aussi quand il cherche le sommeil, il s'énerve, hurle, puis une fois qu'on a réussi à le calmer on peut le poser, les yeux ouverts, dans son lit et il s'endort seul. La nuit, il s'endort toujours seul. C'est une force et je suis très contente qu'il sache faire.

Bébé Koala pleure pas mal mais ce n'est pas très difficile à gérer, je sais toujours pourquoi et je sais toujours comment le calmer, et pourtant, ses pleurs m'angoissent et me stressent plus que ceux de Potam. La fatigue, sans doute...

Quand il est calme, je suis calme, apaisée, heureuse, malgré la fatigue, de câliner mon tout-petit, je me sens ultra-forte et pourrais déplacer des montagnes.

Quand il hurle et n'arrive pas à se calmer, mon stress monte, la déprime reprend ses droits, j'ai envie de mourir et de partir sur une île déserte.

Mes sentiments font les montagnes russes. Je suis capable d'être gaga de mon beau et grand Potam qui s'assagit de jour en jour et de lui hurler dessus cinq minutes après parce qu'il a réveillé son frère. Je suis capable de sniffer le crâne doux et soyeux de bébé Koala et d'avoir envie qu'il se taise à tout prix en pleine nuit tellement je préférerais dormir.

J'aimerais retrouver un peu la paix, la sérénité, le calme. Arrêter d'être extrême, toujours, pour tout. Quand je suis mal, je suis très très mal, j'ai des pensées très sombres, et quand je suis bien, je suis très très bien. J'aime mes enfants à la folie autant que je les déteste quand je suis à bout. A certains moments je me dis que je ne pourrais pas vivre sans eux, et à d'autres moments je me dis "pourquoi j'ai fait des gosses bordel ???"

Je suis toujours dans ce tunnel. Ce truc tellement ambivalent des premières semaines où on fond d'amour autant qu'on a envie de mourir.