Tout le monde a entendu parler du désormais célèbre, du moins sur la blogosphère, tunnel de 18-20h.

C'est clair, à cette heure-là, il y a mille choses à gérer, avec des gamins excités et/ou fatigués qui ne pensent qu'à retourner la barraque alors que tu n'aspire qu'à un peu de calme. Et c'est aussi à cette heure-là que les nourrissons hurlent. Non-stop. S'il y a un bib à 17h et un à 20h, tu peux être sûre que ton nourrisson ne dormira pas entre les deux et explosera son quota d'hurlements quotidiens (en te ruinant les tympans au passage, sans oublier de te massacrer le dos car qui dit nourrisson qui braille, dit balades autour de la table du séjour en testant tous les rythmes, pas, danses et tout ce qu'on peut imaginer).

Bref. Le tunnel de 18h-20h est bien réel.

Mais moi, aujourd'hui, j'ai envie de briser un tabou. Je veux vous parler du tunnel des trois premiers mois.

Parce que oui, c'est vrai, avoir un nourrisson de moins de trois mois à la maison c'est choupinet, c'est beau, c'est attendrissant. Quand il dort sur toi, par exemple. Quand tu fais la sieste en même temps que lui, quand tu regardes le papa donner le bib avec une larmichette en prenant 15 photos (han sur celle-là il a les yeux ouverts ! et là regarde sa petite main, rhooooooo).

C'est vrai.

MAIS, un nourrisson, c'est aussi des pleurs. Beaucoup de pleurs. Des pleurs quand il a mal au ventre, des pleurs quand il a faim, des pleurs quand il est sale, des pleurs quand il cherche le sommeil, des pleurs quand il a besoin de câlins, des pleurs quand son grand frère le fait flipper à hurler dans ses oreilles.

Alors bien sûr, y a des nourrissons qui ne pleurent pas, ou presque. Qui s'endorment sans un bruit dans leur transat ou dans leur lit, qui attendent les yeux ouverts en souriant. Non, ce n'est pas une légende, j'en ai rencontré. Les mamans de ces bébés-là ont bien de la chance, mais il faut bien le dire, ce n'est pas une majorité quand même.

Bébé Koala a deux mois aujourd'hui. Et même s'il y a de très jolis moments, même s'il y a des bébés plus pénibles que lui (il dort globalement plutôt beaucoup et a de bonnes périodes d'éveil calme où il nous observe), il y a quand même un nombre d'heures par jour et de jours par semaine où on a envie de se pendre.

Où on aimerait s'échapper, l'oublier, lui mettre de l'alcool dans son bib pour qu'il fasse ses nuits, le vendre, le donner, le prêter, où on serait prête à tout pour UNE journée de calme et de repos.

Un nourrisson de zéro à trois mois, c'est du non-stop. Certains jours il fait de bonnes siestes, et d'autres jours il dort trois fois dix minutes, hurle toute la journée, mange toutes les deux heures, tu sais pas pourquoi. Le lendemain, épuisé, il dort 10h dans la journée...

Depuis qu'il est né, je ne fais plus que ça, m'occuper des enfants. J'ai vraiment l'impression de traverser un tunnel de bruit, d'hurlements et de stress. Je ne dis pas ça pour me plaindre. Même si je suis fatiguée, je kiffe de voir ce petit bout de petit garçon à la maison, j'adore m'occuper de lui (surtout quand il ne hurle pas), je gagatise devant ses sourires et ses grands yeux bleu-gris curieux, j'aime arriver à l'endormir sans le prendre dans mes bras, juste en lui caressant la tête et en lui murmurant des mots doux, j'aime ses plis et ses bourrelets de petit poulet engraissé, bref j'adore mon fils, mais ça n'empêche que je ne fais plus rien d'autre. Je ne suis plus qu'une maman, je ne suis plus qu'amour et renoncement, sacrifices et fatigue.

Et c'est comme ça. Et je l'accepte, car je sais que c'est une période obligée. Qu'un jour, je serai nostalgique de ne plus avoir de petit bébé. Que ce bébé est le dernier et que ça vaut bien un peu de fatigue et de renoncement (m'enfin quand même, vivement qu'il prenne un rythme, vivement que les coliques soient terminées, vivement qu'il dorme tranquillement dans sa chambre pour les siestes, vivement qu'il s'éveille, qu'il réagisse aux bêtises de son frère, etc...).

Certains jours, je savoure ma chance. Vendredi, j'étais complètement à la bourre pour aller chercher Potam à l'école, et comme on partait en WE, j'ai pris la voiture. Comme d'hab, à 16h15 devant l'école, impossible de se garer. J'avais le coffre plein, trop compliqué de sortir la poussette, alors ni une ni deux j'ai pris bébé Koala dans mes bras et suis partie à l'école. Tout le monde s'est retourné sur notre passage et j'ai entendu plusieurs "ooooh le tout petit bébé ! comme c'est mignon ! qu'il est petit ! comme ça fait envie !!!!". Alors j'ai réalisé que même si je me plains toute la journée dès qu'il hurle (la fatigue n'aide pas à la prise de recul...), c'est vrai, c'est une chance énorme, ce petit, tout petit bout de chou parmi nous...

Je ferai de la couture plus tard...

Je ferai du ménage plus tard...

Je testerai ma nouvelle centrale-vapeur plus tard...

Je trierai mes papiers plus tard... (faut quand même que je renvoie le certificat de naissance à la CAF)

Je décorerai sa chambre plus tard...

Je partirai en vacances plus tard...

J'appellerai mes copines plus tard...

Je m'épilerai plus tard...

Je ferai du sport plus tard...

Je dormirai plus tard...

J'ai toute la vie pour ça. Lui, il n'aura plus jamais deux mois. Joyeux mini-versaire mon Koala...

 

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