Ces trois derniers jours, j'étais, pour la première fois, seule avec les deux. Jour et nuit, je veux dire (parce que mes nuits sont une sorte de deuxième journée, voyez ?).

Le Tigre a repris le boulot en région parisienne, heureusement seulement pour trois petits jours. Mais trois jours quand même (avec un mercredi inside, aussi).

Je m'en faisais une montagne, quelques jours avant. J'appréhendais.

Puis je m'étais résignée. C'est comme ça, il doit bosser, on va faire face, et puis quoi qu'il arrive j'en sortirai vivante. Fatiguée, peut-être, mais trois jours, ça passe vite. Et puis j'avais aussi un peu hâte de voir comment j'allais m'en sortir, aussi. Une sorte de challenge. Comment je pourrais m'organiser. J'avais envie de découvrir que ce n'était pas si compliqué que ça.

Lundi et mardi, ça a roulé. Vraiment. Pas de tout repos, parfois un peu galère concrètement de gérer un bébé qui pleure et le quotidien avec un troizan, mais gérable. J'ai eu de la chance, aussi. Déjà, Potam était à l'école et à la cantine de 8h50 à 16h15. Ca a bien aidé. Et puis surtout, et je l'en ai félicité, j'ai eu un Potam exemplaire. Un amour de petit garçon comme toutes les mamans en rêveraient. Souriant, gentil, obéissant, zéro crise et zéro caprice. Parfois de petites tentatives mais vite endiguées.

Concrètement, le matin bébé pleure pas mal à cause des coliques (quoique ça a tendance à s'améliorer), donc ça n'a pas été évident, mais quand il le fallait vraiment je le posais quand même, j'ai été obligée de le laisser pleurer quelques fois, par exemple quand j'aidais Potam à se débarbouiller et se laver les dents. Mon habillage et mon ptit dej ont été faits un peu à l'arrache, habillée sans me doucher, mais comme je rentrais à la maison ensuite je pouvais prendre ma douche et finir de déjeuner tranquillement.

L'après-midi et le soir, c'est plus long et j'appréhendais un peu plus. Finalement, grâce au Potam-presque-parfait, ça s'est super bien passé, sans trop de télé (la télé est mon arme tranquillité lorsque je n'en peux plus et que bébé pleure alors que Potam râle).

Le soir d'habitude, c'est crise de bébé Koala de 19 à 21h environ, et caprices de Potam pour se coucher. Je m'étais donc préparée à des soirées sportives, mais là encore, j'ai eu de la chance. Bébé Koala a été plutôt cool, avec des périodes de pleurs mais pas de grosse crise, et Potam, adorable. Vraiment, lundi et mardi, j'ai eu un petit garçon parfait. Pas d'histoire pour se laver les dents (alors que d'habitude il faut l'y traîner de force), ni pour monter dans sa chambre, deux courtes histoires, un petit câlin et dodo avec un gentil "bonne nuit maman". Le rêve. (son nouveau grand lit aide bien). Bébé Koala pleurait mais j'avais décidé de continuer à consacrer ce moment exclusivement à Potam, coûte que coûte. Alors, le temps de l'histoire, j'ai posé bébé Koala dans son berceau. Il a pleuré, mais j'ai fait vite et suis retournée le rassurer de quelques paroles douces et caresses avant de faire le câlin de Potam, et il s'est calmé, il m'a ensuite attendu calmement.

Mercredi matin, bien passé aussi. Du coup, pleine d'une toute nouvelle assurance de maman de deux enfants qui s'en sort trop bien, j'ai décidé d'aller faire une course en sortant de l'école à 11h30, puis d'emmener Potam au flunch. C'était une bonne idée, Potam était aux anges, bébé Koala dormait dans son cosy, j'ai pu me consacrer entièrement à Potam trop content de manger au restaurant. Je vous passe les quelques moments un peu délicats par exemple pour emmener Potam aux toilettes... J'ai confié la surveillance de la poussette à une famille à la table voisine, et j'ai fait vite pour le pipi du grand... Mis à part ces petits moments un peu chauds, ça s'est super bien passé.

C'est après que ça s'est gâté.

En rentrant, Potam a refusé de faire la sieste (un classique depuis quelques semaines). J'ai imposé le moment calme dans sa chambre (je voulais qu'il reste dans son lit avec un livre mais il n'y a rien eu à faire), mais Potam m'appelait toutes les 40 secondes en haut de l'escalier "mamaaaaan ça y est j'ai assez joué ? Je peux descendre ?".... J'ai fini par lui dire oui au bout d'une demi-heure, puis l'ai collé devant "Ernest et Célestine" pour qu'il reste un peu tranquille (il était déjà crevé...), le temps que je fasse deux ou trois choses.

Ensuite, j'ai senti que ça partait en vrille. Bébé Koala a commencé à pleurer beaucoup (il avait dormi toute la matinée), je ne pouvais plus le poser, Potam était fatigué, énervé, irritable, et à force de me voir câliner son petit frère il m'a fait une énorme crise de jalousie, il est parti complètement en crise impossible à calmer, il hurlait, pleurait (c'est parti d'une bêtise qu'il avait faite pour lequel je l'avais grondé), se débattait, renversait tout ce qui se trouvait à sa portée...

J'ai essayé de le calmer avec des mots mais il n'entendait rien.

J'ai posé bébé Koala (qui a hurlé tout le long...) puis suis allée l'étreindre fort pour le calmer, en lui murmurant "c'est fini, je suis là, calme toi". Mais ça n'a pas marché, il me tapait, se débattait, hurlait de plus belle "laisse moi ! arrête ! vas en bas !". Je n'avais pas encore compris la jalousie sous-jacente. C'est ensuite que j'ai compris, quand il a entendu que je redescendais prendre bébé Koala qui n'avait toujours pas cessé d'hurler (mes tympans en ont pris un sacré coup, entre les deux...). Il a hurlé de sa chambre "noooooon ! ne prends pas le bébé ! laisse-le !" alors je suis retournée le voir, lui ai demandé "tu as besoin de moi ? Tu veux que je t'aide à faire partir ta colère ?" ce à quoi il m'a répondu "non !!! pars ! laisse-moi !"... Et à chaque fois que je faisais mine de retourner voir Koala il hurlait "non ! reste avec moi !"... Impossible à gérer... Un peu avant ça, j'ai complètement craqué, je pleurais moi aussi, j'ai posé bébé dans son berceau, fermé la porte, me suis enfermée dans ma chambre et me suis bouché fort les oreilles en pleurant...

Au bout d'un petit moment, j'ai fini par aller voir Potam et lui dire "regarde, mes bras sont vides" (bébé hurlait toujours dans son transat). "Ils sont pour toi, juste pour toi, rien que pour toi. Est-ce que tu les veux ?" et là il s'est calmé un peu et j'ai entendu un timide "oui...". Alors je l'ai pris dans mes bras, ai essuyé ses larmes et on a parlé. Je lui ai expliqué encore les mêmes choses, les évidences qui ne l'étaient plus, les "tu es encore mon bébé chéri", "je t'aimerai toujours", "il faut partager les bras de maman mais dans mon coeur tu as toujours la même place, une place énorme, rien qu'à toi, la même qu'avant. Quand ton frère est né, mon coeur a grossi, grossi, grossi, et maintenant je peux vous aimer tous les deux très fort". (j'avais envie de pleurer en lui disant ça, et encore maintenant en l'écrivant...).

Il s'est calmé. Puis on est descendus calmer bébé Koala, je l'ai pris dans mes bras et ai installé Potam sur l'autre genou, mais il a refusé. Il a repoussé son frère en me disant "je veux pas le bébé ! pose-le !". Alors j'ai expliqué à Potam qu'il y avait de la place pour deux, un genou chacun. Puis, un peu après, j'ai reposé bébé Koala qui s'était calmé et ai continué à parler à Potam en le câlinant "c'est normal que tu ne veuilles pas du bébé. C'est normal qu'il t'énerve et que tu ne sois pas content. Tu as le droit de penser tout ça, ça va passer. Mais tu sais, lui, il n'y est pour rien. Ce n'est pas de sa faute, il est trop petit, il ne comprend pas qu'il faut partager, qu'il faut attendre. Il ne sait pas, il ne comprend pas quand je le lui dis". Potam s'est alors penché sur bébé Koala et l'a enserré de ses bras. Il ne pleurait plus. Il lui a fait des bisous.

J'ai soufflé.

On est ensuite sortis faire un tour en poussette, même si j'ai ramé pour convaincre Potam de se mettre dans la poussette pour se reposer un peu et que je prendrais Koala dans l'écharpe. Echarpe voulait dire pour Potam bébé encore dans les bras de maman, tout contre maman. Il ne voulait pas, mais j'ai réussi à le convaincre. Cette sortie nous a fait du bien à tous les trois, Potam s'est calmé, s'est reposé un peu, bébé Koala a dormi sur moi, et moi j'ai pris l'air pour me calmer aussi, cet après-midi avait été trop éprouvante...

La soirée s'est bien passée ensuite, tout le monde a été assez cool, bébé Koala a encore pas mal pleuré (c'est le pic de croissance des 6 semaines je ne peux pas le poser depuis deux jours) mais j'ai pu gérer car Potam était sage, il a mangé sans caprice pendant que bébé était au sein, puis a pris son bain calmement aussi et s'est endormi avant 20h...

Bébé Koala a encore mis longtemps avant de s'endormir, j'étais épuisée, mais j'ai enfin pu lui consacrer tout mon temps, le câliner tant qu'il en avait besoin, lui parler en chuchotant à son oreille...

Je me suis couchée éreintée, avec l'impression de n'avoir pu être là pour aucun des deux.

Curieusement, bébé Koala a fait sa crise cette nuit de 1h à 4h... peut-être pour quémander ma présence, je ne sais pas. Pour compenser, peut-être...

LeTigre revient dans une heure, je suis soulagée mais je me dis quand même que si les deux ne crisent pas en même temps, c'est gérable. Par contre, un pic de croissance en même temps qu'une crise de jalousie, c'est inhumain....