Il est de ces moments qui comptent. Ces moments qui laissent des souvenirs, qui nous construisent, qui font de nous ce que nous sommes.

Il y a le quotidien, les journées longues et parfois difficiles, il y a les mises au coin, les hurlements, les pleurs, les caprices, les énervements, les cris puis les câlins. La vie, les jours, les semaines, les mois qui passent et chacun qui essaie de faire au mieux.

Quand on est parents, on veut éduquer, instruire, faire grandir nos enfants. On veut qu'ils soient heureux, qu'ils soient libres, on veut leur donner à la fois assez d'amour pour leur permettre de surmonter toutes les épreuves et toutes les peurs, et en même temps on veut leur laisser assez d'autonomie pour qu'ils puissent apprendre à se défendre, à se débrouiller, à surmonter leurs peines et leurs chagrins sans toujours compter sur autrui.

On veut leur apprendre plein de choses, leur léguer un bagage de connaissances et de culture général, on voudrait qu'ils fassent du sport, de la musique, du dessin, et qu'ils soient bons à l'école.

On se met la pression. On a la pression. C'est un métier d'être parent.

Mais en fait, une seule chose compte. Ce n'est pas la somme de ce qu'ils auront appris avec nous, ce n'est pas les phrases qu'on leur répètera en espérant qu'ils les retiendront, qui feront d'eux des adultes libres et épanouis. Ce qui compte, c'est ce qu'il y a dans leur mémoire poétique.

Un jour, j'ai lu Kundera.

Et dans "l'insoutenable légèreté de l'être" (un des livres qui m'a le plus marqués), il y a cette phrase :

"Il semble qu'il existe dans le cerveau une zone tout à fait spécifique qu'on pourrait appeler la mémoire poétique et qui enregistre ce qui nous a charmés, ce qui nous a émus, ce qui donne à notre vie sa beauté."

D'après moi, la mémoire poétique donne à chacun sa capacité au bonheur. Il faut savoir la remplir et puiser dedans lorsqu'on en a besoin, un peu comme un réservoir à bonheur. Chaque joli moment que l'on vit s'inscrit pour toujours dans ce "dossier" dans notre cerveau.

Mon but, en tant que maman, est d'apprendre à mes enfants à mettre plein de choses dans cette petite valise à bonheurs, et d'y mettre moi-même le plus de moments possibles.

Parfois, je me demande ce que Potam aurait comme souvenirs de moi si je mourais demain. Et j'ai envie chaque jour de faire grossir ce réservoir de souvenirs.

Parce que ce ne sont pas les cris du quotidien, les "mais dépêche toi bon sang !" ou "tu vois pas que t'as mis les deux pieds dans le même trou de ton slip là ????" qui font les souvenirs. Alors j'essaie de créer des souvenirs pour mes enfants. Le plus possible. Les plus beaux possibles.

Comment ? En partageant de beaux moments. En mettant du beau, du charme, du rire, de l'esthétique, dans certains moments de la vie quotidienne.

Un moment de jeu partagé, une baignade dans les éclats de rire sous le soleil de septembre, une course effrénée sur le sable, un cache-cache dans les dunes, les câlins du soir qui calment, qui remplissent le révervoir affectif, les histoires, les chansons, les rites, les répétitions de moments-bonheur.

Refaire avec eux ce qu'ils ont aimés, refaire pareil parce que cette douche prise à deux, lui dans mes bras, en chantant sous l'eau, a rempli notre mémoire poétique, à Potam et à moi. Et que ce soir, lorsque le moment de la douche est arrivé après la plage, il m'a demandé "chante encore, maman", et j'ai refait les mêmes gestes, chanté le même air. Pour graver ces moments si purs, ces moments d'amour et de bien-être absolu qui construisent l'homme qu'il sera demain.