Je la trouve hyper belle, cette phrase. C'est imagé, et c'est tellement vrai. L'amour d'une maman n'est pas un gâteau qu'on découpe en autant de part qu'il y a d'enfants. Non, l'amour d'une maman se multiplie par le nombre d'enfants.

Deux enfants, deux fois plus d'amour.

Deux enfants différents.

Quand il est né, bébé Koala ressemblait à s'y méprendre à Potam. Les mêmes bébés. La même bouille. Je savais que c'était un autre et pourtant je comparais, j'avais l'impression les tout premiers jours d'avoir un Potam grand et un Potam bébé en même temps, j'étais toute perturbée.

Et puis, j'ai réalisé jour après jour que ce bébé était un nouveau petit garçon, un autre, différent.

J'ai encore un peu de mal à l'individualiser, à ne pas comparer,  à ne pas avoir l'impression que je recommence avec Potam mais bien que je découvre une nouvelle personne que j'apprends à connaître. C'est très étrange.

Parfois je trouve totalement fou d'avoir ce bébé. Je ne réalise pas trop. Je suis là en train de le bercer et c'est comme si c'était pour de faux, comme s'il allait falloir le rendre, un jour, comme si c'était pas vraiment ma vie... Alors je lui murmure à ses oreilles quand il vient de s'endormir dans mes bras "mon petit deuz", "mon cadeau", "mon petit dernier"...

Ces tout derniers jours, enfin, je câline bébé Koala en découvrant un nouveau petit être, en essayant de sonder son regard encore imprécis, qui ne s'arrête pas dans nos yeux ni sur nos visages, encore. J'ai tellement hâte de pouvoir entrer en contact visuel. Ca me manque. Je ne me souvenais plus qu'un nouveau-né ne rentrait pas en contact visuel tout de suite. Qu'il ne voyait pas bien.

Je ne me souvenais plus qu'un nouveau-né offrait à la fois autant de fusion et de contact physique, et aussi peu de communication.

Je ne suis pas avec bébé Koala comme j'ai été avec Potam. Je crois que j'étais plus fusionnelle avec Potam. En manque à la moindre minute sans son petit corps contre moi. Là, non. J'aime son contact, j'aime le câliner, j'aime le sentir s'apaiser immédiatement dans mes bras, j'aime quand il tète, mais j'aime aussi les moments sans lui, les moments où je peux enfin être "moi" sans bébé-crampon, où je peux enfin donner du temps et de l'énergie à Potam.

Potam, c'était toute ma vie. Je lui donnais tout. Tout mon coeur, tout mon temps, toute mon énergie.

Pour bébé Koala, je ne peux plus tout donner. Je donne mon coeur mais je ne donne qu'une partie de mon temps et qu'une partie de mon énergie.

J'ai l'impression que l'attachement est moins fort, du coup. Moins fusionnel. Et pourtant, cette graîne de petit garçon, je la kiffe et la surkiffe... J'aime tant son petit regard tout étonné tout le temps, si sérieux, si grave. Mais ce n'est pas pareil. Je ne ressens pas ce manque quand je ne l'ai pas contre moi.

Peut-être le fait d'avoir si peu de temps pour moi, que dès qu'il dort paisiblement je suis "soulagée".

Peut-être aussi d'être plus détendue, de ne plus me poser de questions, de vivre au jour le jour sans rien anticiper, en un mot, de prendre du recul. J'ai beaucoup plus de recul que pour Potam au même âge et ça me fait bizarre. Comme si tout était si normal, si évident, si simple (alors que simple, c'est loin de l'être !).

La nuit quand il se réveille, très, trop souvent, j'ai du recul. J'ai mal, j'ai sommeil, j'ai besoin de dormir, parfois j'ai tellement envie de ne pas entendre, de me rendormir immédiatement, c'est dur, mais je prends tout ça plutôt cool. J'attends patiemment que ça passe, que les réveils s'espacent. Quand, je ne sais pas, mais je sais bien qu'un jour, je dormirai trois heures de suite...

Tout ça pour dire que ces deux petits garçons dans la même maison, dans la même vie, c'est à la fois tout bizarre et tellement naturel. Cet amour qui se multiplie est si facile, si évident. Je n'ai rien perdu de ce que je ressentais pour Potam. Simplement, je ressens autre chose pour un autre petit être. Différemment, autrement, mais pas moins, assurément.