Un moment qu'on lui en parlait.

Un moment qu'il nous demandait si c'était aujourd'hui, l'école.

Un moment qu'il confondait un peu tout, crèche, école, garderie...

Et puis lundi, on lui a dit "c'est demain".

Il était content, mais un peu nerveux. Le soir au moment de s'endormir, il m'a dit en pleurant "je veux pas aller à l'école, maman !" et mon coeur de maman s'est serré très fort. Je lui ai expliqué, je l'ai rassuré, lui ai raconté comment ça se passerait, lui ai dit "ce sera une très belle journée demain, tu verras".

On avait tout préparé en avance. Le sac, les vêtements, les horaires, le réveil. On avait réussi à reprendre un rythme normal : bain à 18h30, pyj, dîner à 19h, début du coucher à 19h45.

Le matin, il a eu du mal à se lever. Réveil à 7h alors que tout le mois d'août il avait dormi jusqu'à 8h30-9h... Mais dès qu'il a émergé, le sourire. "Je vais à l'école", "tu viens avec moi à mon école maman ?", "c'est aussi ton école ?", "tu vas rester avec moi ?", "tu vas revenir ?", "tu la connais la maîtresse ?"...etc

On y est tous allés. Tous les quatre, à pieds, avec poussette pour Potam (15 min de marche c'est encore beaucoup pour lui) (surtout quand on est en retard) et écharpe pour bébé Koala.

A l'école, le grand bazar. Les listes sur la porte d'entrée pour la répartition par classes (première fois de ma vie que je cherche son nom dans une liste devant un établissement scolaire ! et non la dernière...), les parents qui se bousculent, les gamins qui pleurent, le couloir étroit où on ne peut plus se croiser, où parents émus qui repartent croisent parents inquiets qui arrivent, les petits porte-manteau au-dessus desquels est collé chaque prénom de chaque enfant, pour mettre le cartable, la veste, la petite bouteille d'eau et le goûter.

Enfin, sa classe. Tout au bout. Son prénom, encore plus au bout, tout au fond, à côté de celui de Thaïs, sa copine de crèche.

Thaïs justement, qui est là. Qui ne pleure pas, mais qui n'en mène pas large. Ses parents avec lesquels on échange quelques mots.

Et Potam.

Potam qui n'est plus du tout surexcité, plus du tout énervé, un Potam timide, qui observe, qui n'a pas peur mais qui est un peu en retrait. Qui ne sait plus trop que penser en entendant et en voyant ceux qui pleurent (pas tant que ça, en fait) (mais on ne voit qu'eux, on n'entend qu'eux, ces petits qui hurlent accrochés à leur maman...). Son papa qui le prend dans ses bras, protecteur. Un peu trop, protecteur. Son papa ému et un peu inquiet. Et moi, trop contente. Moi qui dis au Tigre, alors qu'on est presque les prochains à arriver à la porte de la classe "laisse-le descendre, il va y aller tout seul".

Potam qui s'approche. Ce n'est pas son tour. La maîtresse accueille chaque enfant et lui colle une petite étiquette avec son prénom. Il faut attendre. Il fait chaud, bébé Koala me colle à la peau car il transpire dans l'écharpe, Potam trépigne, il est temps, madame, dépêchez-vous !

Enfin, c'est son tour. Notre tour. La maîtresse nous regarde à peine, elle s'adresse seulement aux enfants. Potam a le sourire. Il aime qu'elle lui colle son prénom sur sa salopette. La maîtresse dit "tu viens jouer avec nous ?" et le Potam s'avance, curieux et heureux. Juste à temps, juste avant de disparaître de notre champs de vision, il se souvient et se retourne. D'un vague geste de la main il murmure "au revoir maman ! au revoir papa !" et on n'existe plus.

Potam est à l'école.

Toute la semaine s'est bien passée. Toujours aussi content. Il ne parle que de l'école, il veut "y rester toujours", il veut y aller aussi l'après-midi. On ne l'y a mis que le matin la première semaine, mais il a réclamé d'aller "dormir à l'école". Cette semaine il y va toute la journée, mais rentre à la maison à midi. Et ensuite il ira à la cantine.

Il a ramené un cahier de liaison, on lui a acheté un classeur (pour mettre les dessins, certainement), on doit étiqueter ses affaires, fournir une boîte de mouchoirs et un paquet de gâteaux par mois pour la collation du matin.

J'aime cet univers scolaire.

Lui aussi. Il ne voulait pas me donner SON cahier.

Je suis tellement contente pour lui !

Par contre il va falloir s'habituer à ne rien savoir. La maîtresse ne nous dit rien. Si on lui demande si ça s'est bien passé, elle dit deux mots "oui très bien, c'est un petit garçon très vivant !" (ça promet), mais pas plus. On ne saura pas ce qu'il y fait, s'il ne nous le raconte pas. On ne connaît pas le rythme, ni les activités, ni l'heure de la récréation, rien. On le dépose, on vient le chercher, il nous échappe. C'est son monde.