Envie de tout annuler.

Rendre mon cadeau.

Je suis pas à la hauteur !

J'ai peur...

Il est déjà là, c'est trop tard... Et moi qui angoisse... Il va VRAIMENT falloir qu'il sorte, bientôt ?

J'en peux plus de l'avoir à l'intérieur vu les désagréments que la grossesse me crée (je fais la liste ou pas ? Non, pas la peine ? D'accord je la fais quand même : hémorroïdes, gonflement du périnée, douleurs à l'aine, grosse douleur aux os du pubis qui doivent être en train de s'écarter, impossibilité de faire trois pas, impossibilité de me couper les ongles de pied, de me pencher, de faire un créneau en voiture... Je m'arrête là...), mais l'avoir à l'extérieur me fait flipper.

Pourquoi deux ?

C'était bien, un, aussi.

On était rodés. On commençait à s'en sortir, il commençait à être plus autonome, on dormait la nuit, on pouvait le confier à ses grands-parents.

Et si ce deuz cassait tout l'équilibre qu'on a construit à trois ?

Et si j'étais incapable de m'occuper des deux ?

Et si je finissais tous les soirs en larmes comme hier soir, après un seul caprice qui était venu à bout de ma patience déjà réduite ?

On peut annuler la commande, se faire rembourser ?

Et si mon Potam s'éloignait de moi à cause de cette nouvelle naissance ?

Et si je le perdais, un peu ?

Et pourquoi je n'arrive à rien, à part dormir, aujourd'hui ?

Et pourquoi j'ai le moral en vrac ?

Et pourquoi tout me paraît insurmontable ?

Et pourquoi LeTigre décide-t-il AUJOURD'HUI de changer d'avis pour la chambre que l'on va réserver au ptit deuz ? Mon si fragile équilibre psychique était rassuré par quelques petites choses, dont ça : pouvoir un peu anticiper, pouvoir un peu me projeter, en allant dans cette pièce pas encore préparée en me disant "ce sera sa chambre". Et aujourd'hui, patatras, le Tigre qui me demande "et tu crois pas que ce serait mieux de mettre le bébé dans la petite chambre, plus près de nous, au début, et puis dans deux ans on le mettrait dans la chambre à côté de Potam...". Y a du pour, y a du contre. Je ne sais pas. Je ne sais plus.

Moi ce que je vois aujourd'hui, c'est qu'une des seules cases stables de mon cerveau ne l'est plus. Et que je BESOIN de ces cases, bordel !

Depuis ce matin, je chiale à nouveau. Pour rien. Tout va bien. LeTigre est rentré hier soir, il fait beau, je suis arrêtée, je peux me reposer toute la journée si je veux, mais voilà, dans ma tête c'est un chaos sans nom, une suite de problèmes sans solutions, de questions que je n'ai pas la force de résoudre ni la sagesse de remettre à un autre jour.

Attendre, patiemment, que mes repères reviennent. Que ce changement de vie (l'arrêt du boulot en vue d'agrandir la famille) se fasse habitude, et que je retrouve un peu de stabilité émotionnelle.

L'histoire de quelques jours, peut-être. Normal que tous ces chamboulements soient certains jours un peu indigestes. Dormir pour oublier, dormir pour me stabiliser, dormir pour avoir l'énergie de retrouver un bel état d'esprit propice aux préparatifs.

Vivre au jour le jour. Ne plus penser qu'on n'a pas choisi la chambre, qu'il faudra la peindre, qu'on n'a pas encore récupéré le berceau, qu'on n'a pas de commode, que Potam ne veut pas encore se séparer de sa table à langer, que je n'ai pas trié les fringues ni acheté quoi que ce soit pour le bébé alors que je n'ai aucune fringue d'été, oublier tout ça jusqu'à un jour prochain où l'énergie sera revenue.

En fait, un deuxième, c'est pas moins flippant qu'un premier.

Merde alors.