Deux mois et demi avant l'entrée de mon Potam à l'école, je m'interroge.

Je me souviens de ce livre qui m'avait marqué : Mon école buissonnière

L'école à la maison 1

 

L'histoire de cet enfant dont les parents s'étaient chargés de l'instruction et à qui ça avait vraiment très bien réussi.

Et je me suis dit "finalement, pourquoi pas ?".

Je m'explique.

Je ne suis pas en train de vous dire que je vais désinscrire Potam de l'école et que je vais faire son instruction. Mais j'ai réfléchi à l'idée de l'instruire moi-même, et l'idée me plaît. Me plaît même énormément.

Alors je sais, je ne suis pas formée, je ne me suis qu'à peine renseignée, et Potam n'a même pas commencé l'école donc c'est un peu tôt pour dire que l'école à la maison serait plus adaptée. Et puis je fais partie de ces gens qui pensent que l'école est aussi le principal lieu de sociabilisation (même si bien sûr, il est possible de se sociabiliser autrement), que c'est une "école de la vie" où les enfants ne sont pas surprotégés, où ils apprenent à se défendre, à en prendre plein la gueule parfois, à adhérer à un groupe ou au contraire à en être exclu, bref je n'avais jamais imaginé ne pas mettre mes enfants à l'école.

Et puis, j'ai repensé à mon enfance.

Ca fait quelques mois que je réfléchis à ce qu'a été mon enfance, et que je vois les choses autrement. Que je me vois d'un autre oeil. Que je me dis que je n'ai pas "profité" de l'école, mais que je l'ai subie. Et pourtant, j'ai aimé ça. Toutes mes années d'école primaire, j'y ai été à peu près heureuse. Souvent seule, c'est vrai, à l'écart des groupes sinon des groupes des "rebus", souvent incomprise des instit qui pourtant me montraient beaucoup d'affection. Je suçais mon pouce, j'étais dans mes rêves, je ne faisais pas mes devoirs à part l'écriture que je voyais comme un art magnifique. J'ai l'impression d'avoir survolé l'école. De n'y avoir été qu'à moitié. D'avoir été admise en observatrice, d'y avoir puisé beaucoup de renseignements sur la nature humaine et les groupes humains, mais d'avoir survolé les aquisitions comme si ça passait devant mes yeux mais pas dans mon cerveau (pourtant j'ai retenu quelques bribes de savoir donc j'ai dû en mettre une partie dans mon cerveau à mon insue ;-))

Pour Potam, je n'en suis pas du tout là.

Je me dis juste pour l'instant qu'il me ressemble, depuis tout petit, que nous sommes connectés, que nos cerveaux fonctionnent de la même manière et que je comprends sa façon d'appréhender les connaissances, à peu près.

l'école à la maison 2

Alors, je vais attendre de voir comment se passe l'école pour lui, mais je serai attentive. Très attentive. Attentive à lui, attentive à ce qu'on me raconte de son comportement, attentive à son épanouissement et à ce qu'il retire de l'école.

Je ne crois pas qu'un jour je serai prête et/ou capable d'assumer, financièrement d'abord mais aussi psychologiquement, toute l'instruction de mes enfants. C'est une tâche immense, une responsabilité écrasante, et ça doit prendre une énergie démentielle.

Mais l'idée est là, quand même, dans ma tête. Si je vois, un jour, la soif d'apprendre et la curiosité de mon Potam s'étioler, son regard se faner, si je le vois se replier sur lui-même ou s'ennuyer, si on me dit qu'il rêve toute la journée à l'école, je réfléchirai. Je trouverais peut-être une autre solution, mais laquelle ? Une école Montessori ? Y en a pas dans ma région...

Et je me dis : moi qui fonctionne comme lui, qui suis passionnée par l'éducation et l'instruction, qui ai envie du meilleur pour mes enfants, pourquoi est-ce que j'abandonnerai cette idée si vite ? Est-ce que ça ne vaut pas la peine d'y réfléchir ?

Et je me vois déjà potasser des livres, préparer des activités, m'adapter à sa façon d'apprendre, de comprendre, à son rythme biologique.

J'aimerais ne pas avoir à gagner ma vie et ne pas avoir besoin de mon salaire pour pouvoir réfléchir sérieusement à la question.

Je sais que LeTigre sera plutôt contre, comme il est plutôt contre tout ce qui sort un peu des sentiers battus. Je sais aussi qu'il m'écoutera quand même et que j'ai une certaine force de persuasion.

Je sais que ce serait une vie difficile, une vie faite de travail et de questionnements au quotidien. Malgré tout, remettre cette énorme responsabilité sur le dos d'une école qui ne m'a pas épanouie, moi, n'est-ce pas déléguer cette énorme responsabilité à quelqu'un en qui je n'ai qu'à moitié confiance ?

Parfois je vois mes nièces, celles qui sont bonnes élèves, pour qui l'école est adaptée, je les vois progresser, apprendre, bien travailler, avoir de très bonnes notes, et je les envie. Je n'ai jamais réussi à adhérer au mode d'apprentissage de l'école. Dès la sixième j'ai fait ma rebelle et j'ai décidé que c'était nul, qu'on n'y apprenait pas ce que j'avais envie d'apprendre et que ça ne valait pas le coup. Et j'ai quand même essayé de ne pas me mettre en échec scolaire, de ne pas trop attirer l'attention, par souci d'entrer dans le moule. J'y suis bien arrivée, de l'extérieur, même si du coup j'ai effacé une partie de ma personnalité, que je découvre seulement aujourd'hui, progressivement.

Je ne veux pas de ça pour mon Potam.

Pour lui, je veux soit que l'école soit adaptée et/ou s'adapte un peu à lui, que ça lui plaise et qu'il y apprenne vraiment des choses, soit trouver une autre solution. Je ne veux pas qu'il subisse bon gré mal gré des années d'instruction qui vont détruire sa vraie personnalité.

Alors, j'attends de voir. Il va entrer en maternelle, il a hâte d'y aller, et je vais voir comment se passent les premières années. Sans me mettre la pression, car il n'est jamais trop tard. Je sais aussi que je pourrais peut-être, simplement, compenser un peu par des apprentissages "annexes" en plus de l'école, suivre avec attention ses devoirs et éventuellement lui expliquer autrement, par une autre voie, une autre méthode. Et l'intéresser à autre chose qu'à ce qu'on apprend à l'école.

l'école à la maison 4

 

Je suis donc partie en WE avec cette idée en tête : faire l'école à la maison c'est peut-être un peu extrême comme solution, par contre, ma tâche, ma responsabilité, sera de lui apporter le maximum en-dehors de l'école. Dans toutes les matières. Et d'ouvrir sa curiosité sur tout ce qu'on ne voit pas à l'école. Ce sera déjà pas si mal.

 

En tout cas, je serai bien plus attentive à son bien-être que ne l'ont été mes parents.