30 semaines de grossesse, 32 sa. Fin du septième mois dans quelques jours.

Je commence à me sentir lourde.

Depuis quelques jours seulement, mon ventre me paraît plus gros, plus lourd, plus dur, avec des contractions plus fréquentes. Jusque là je n'en avais qu'une ou deux le soir, depuis peu j'en ai aussi dans la journée, c'est nouveau.

Je crois que bébé a pris du poids, tout d'un coup. Ses mouvements se font beaucoup plus forts, il déforme complètement mon ventre et parfois me fait mal ! Je sens tous ses mouvements à fleur de peau, c'est incroyable, j'ai l'impression de l'avoir là, au creux de ma main, comme si rien ne nous séparaient, ni la peau, ni l'uterus, ni le liquide amniotique, j'ai parfois la sensation de le tenir juste là sous ma main, un pied, un genou, un coude, les fesses.

Je crois savoir comment il est placé, mais il change encore de côté. Hier il avait le dos à droite, et en fin de journée à gauche.

Je crois qu'il a la tête en bas, car il appuie fort sur mon périnée et il est un peu descendu, il a libéré un peu mon sternum, ouf, je retrouve un peu d'appétit.

Cette sensation de pesanteur vers le bas est un peu pénible, et j'ai l'impression que ça m'occasionne des contractions. Dès que je marche, dès que je fais un effort, mon ventre se durcit et pèse. La station debout prolongée devient pénible, j'ai de plus en plus besoin de m'allonger ou de m'avachir.

M'asseoir en tailleur pour lire une histoire à Potam devient difficile aussi. Mon ventre est trop volumineux et ça comprime ma cage thoracique, j'ai alors du mal à respirer et à lire à haute voix ! Du coup on a dû modifier un peu nos habitudes Potam et moi, lui qui venait toujours se lover dans mes jambes croisées pour écouter l'histoire... maintenant il s'asseoit dans son lit et moi je suis assise par terre, les jambes repliées d'un seul côté.

Curieusement, depuis deux jours ma tension est redevenue normale (10-6 au lieu de 9-5). Ce petit point gagné me permet de me sentir beaucoup mieux, avec plus d'énergie, même si physiquement les mouvements du quotidien sont plus pénibles. Au final j'ai donc toujours autant envie de m'asseoir ou de m'allonger, mais je n'ai plus cet épuisement nerveux et ce manque d'énergie. J'arrive à nouveau à rire avec Potam pour désamorcer les crises, j'ai récupéré une petite once de patience, ce qui m'arrange bien ! J'espère que ça va durer, je me sentais mal à 9-5...

Du coup et comme par magie, Potam est beaucoup plus cool. On est connectés c'est fou, dès que je suis bien il est bien. Quand on est mal c'est l'enfer du coup !!! Ces trois jours se sont bien passés, il était obéissant, gentil, rigolo, attentionné, y a bien eu une petite crise ou deux mais rien de bien méchant.

 

Côté psy, j'ai le moral mais je me sens fragile.

Pas fragile dans le sens limite dépressive, fragile dans le sens "dans ma bulle". J'aimerais rester en famille, j'aimerais ne rien avoir à gérer dans ma tête, d'autre que l'arrivée du bébé, j'aimerais avoir le temps de penser à la chambre, j'aimerais faire des câlins à mon Potam qui est mon fils unique pour encore seulement deux petits mois, envie de le choyer, d'avoir de l'énergie pour lui, de le rassurer.

Fragile aussi au bureau où je me sens facilement agressée par des situations que j'aurais supporté sans encombre dans d'autres circonstances. Agressée même par ceux qui me veulent du bien et me demandent comment je me sens. Agressée par ceux qui disent des banalités du genre "pas trop gênée par la chaleur" ???? il fait 20° ici, 22 max au meilleur de la journée, c'est pas vraiment ce que j'appelle "la chaleur". J'essaie de rester courtoise mais la vérité, c'est que j'ai seulement envie qu'on me foute la paix. Qu'on me laisse dans ma bulle, dans mon corps transformé, dans mon corps fatigué, dans mon corps défiguré, mais mon corps qui abrite la vie, qui voit grandir un petit garçon qui est là, toute la journée, avec moi.

Pour Potam je n'avais jamais réussi à réaliser que le bébé que j'attendais était déjà là, avec moi, chaque seconde. Là, un peu plus. C'est comme si je tenais un nouveau-né dans mes bras, à certains instants je réalise qu'il est là, au bureau, avec moi. Et il n'y a que ça qui compte. Mais je suis obligée d'assurer pour les derniers jours, finir les dossiers, avancer sur ceux que je ne pourrai pas finir, laisser des consignes, ranger.

Etre si absente, et toujours présente. Personne ne se doute à quel point je ne suis déjà plus là.

Aujourd'hui il y a un pot au boulot. Un gros pot, un double départ à la retraite, une tente sur le parking, un distributeur de bière, des grillades, et beaucoup de monde. Et moi et ma bulle, on n'a pas pu y aller. La principale raison étant l'impossibilité de rester debout si longtemps, mais en plus, il y a cette fragilité émotionnelle qui m'empêche d'arriver à communiquer normalement avec les gens. Alors je suis seule à mon bureau avec mes pensées, c'est mieux.

Fragile.

Encore deux mois, plus que deux mois. Deux mois à trois, puis un nouvel équilibre à trouver, une place à faire, chacun sa place à retrouver...