A peine le temps de m'habituer à ta présence, et tu repars.

Je compte les jours, je note tes absences, tes retours sur un calendrier, j'attends avec impatience les semaines où tu ne pars pas, celles où tu ne pars "que" trois jours et j'appréhende les semaines complètes. Celles où tu pars 4 jours.

Je regarde mon calendrier et je vois aussi ces WE où tu n'es pas là. Ces WE entiers où nous sommes seuls, Potam et moi.

Tu me dis qu'ils ne sont pas très nombreux, je trouve pourtant qu'ils reviennent bien trop souvent.

Quand tu pars, à chaque fois, depuis 9 mois, j'ai les larmes aux yeux. Pourtant je sais que tu vas revenir, je sais que ces quelques jours passeront vite, et surtout je sais qu'il le faut. Que si nous habitons ici près de la mer, c'est à ce prix. Tes départs. Tes retours. Tes absences.

Chaque fois que tu pars, j'ai peur qu'il t'arrive quelque chose sur la route. Tu travailles de nuit et tu roules le jour sans avoir dormi. Alors j'ai peur. Peur d'un bête accident, un jour, parce que tu seras pressé de rentrer, que tu te sentiras "un peu fatigué" mais que tu continueras car tu n'auras pas envie de t'arrêter.

Chaque fois que tu rentres, je guette l'heure de ton retour et si par malheur il y a 10 minutes d'écart et que tu n'es pas là, j'ai peur. J'imagine les gendarmes qui m'appellent pour m'annoncer le pire. Je tremble, je ne vis plus, je t'attends. Et quand enfin je vois l'arrière de la voiture s'engager dans l'allée, je soupire de soulagement, mon coeur se remet à battre normalement, ma respiration reprend.

Je ne pourrais pas vivre sans toi. Je ne suis rien sans toi. Je serais bancale sans toi. Je continuerais à vivre parce qu'il le faut, pour Potam et pour cet enfant qui grandit en moi. Mais le vide serait immense. Abyssal. Un vide que je ne peux m'empêcher, par masochisme peut-être, d'imaginer à chaque fois que tu pars.

La vie est douce avec toi, facile, agréable. Nous deux, ça coule. Ca roule. Ca fonctionne. On est bien, tous les jours bien, dans les moments difficiles comme dans les moments de joie, être ensemble c'est être enveloppés de cette douce certitude que rien ne peut nous atteindre. C'est regarder Potam et sourire. C'est te regarder et te trouver beau. Si beau, si séduisant, si viril, si sexy.

Aujourd'hui tu vas partir. Bientôt. Il ne reste plus que quelques heures. Nous vivons ces quelques heures comme les autres, comme pour entretenir un peu l'illusion que tu ne partiras pas. Pourtant tu prépares ton sac, tu fais tes courses, tu t'actives. Et moi je te tourne autour comme un papillon fou, comme une adolescente qui croit que sa volonté suffit à changer le monde. Je te répète "ne pars pas...", "ne me laisse pas...", "dis leur que tu es malade...", "reste avec nous...".

Mais je sais bien qu'irrémédiablement les heures puis les minutes vont s'égréner et que viendra le moment où tu chargeras la voiture, où on te fera coucou en faisant semblant de rire Potam et moi, où j'aurai une boule dans la gorge en devant répondre aux éternelles questions de Potam "il va où papa ?", "pourquoi il part au travail, papa ?".

Je sais bien aussi, qu'une fois que tu es parti, la vie continue. Que grâce à Potam, au boulot, à toutes ces choses à faire, le temps passe vite et que très bientôt je me dirai "allez, plus que deux jours !", puis "il rentre demain !"...

En ce moment je suis fragile et j'ai encore plus besoin de toi que d'habitude.

Avant je savourais tes retours comme une fête immense, une joie dans mon coeur et dans mon corps.

Maintenant je savoure tes retours avec l'amertume de savoir que dans quelques jours seulement, tu seras reparti.

Ne pars plus...

Ne me laisse plus...

Je ne suis rien sans toi...

Je n'y arrive pas sans toi...