Mon Potam, ce n'est plus un secret ici, est une tornade. Un gamin survolté, un hyperactif, un petit garçon éveillé ou vif, bref peu importe le qualificatif que lui trouve notre entourage, de l'avis de tout le monde (et surtout du nôtre !), il est "speed".

Certains jours je me demande comment supporter un tel déchaînement de vie et de mouvement toute la journée.

D'autres jours je trouve ça craquant et le signe que mon fils est éveillé, c'est pas si mal, c'est mieux que l'inverse.

Et puis la plupart du temps, je me demande surtout comment l'accompagner au mieux. Essayer de le canaliser tout en ne refoulant pas cette belle énergie, qui, bien que fatigante pour son entourage, est le signe d'un intérêt permanent pour tout.

Essayer de nourrir sa curiosité et sa soif d'autonomie et de compréhension des choses, tout en évitant la dispersion, les cris, la frustration, la colère, l'énervement à son maximum.

Dès qu'il ouvre un oeil, Potam est à fond. Inutile d'essayer d'obtenir un câlin pendant plus d'une demi-seconde, inutile de penser qu'il pourrait rester, calme, allongé entre nous dans le lit. Non. Potam est réveillé, ça s'entend, ça se voit. Il court, il joue, il cherche, il parle, il ramasse, il jette, il lit, il grimpe, il saute, il rit, il rit, il rit.

Quand Potam se lève, il vient me chercher, crie "maman !" tout heureux de me voir, colle sa petite joue chaude une minute, et puis me tire du lit en insistant "maman ! Tu te lèves ! Allez, vas-y ! On va en bas maintenant !".

Ma petite tornade est heureuse de vivre. Tout le temps. Potam dévore la vie comme une tartine de chocolat, à la fois doux, sucré et légèrement écoeurant tellement il y en a.

C'est un enfant qui ne se pose pas. Qui n'a pas un instant de répit dans sa journée à mille à l'heure. Où l'heure de la sieste est un vrai soulagement pour nous, mais il faut batailler, obliger, forcer, ne pas céder, pour qu'enfin il accepte de se laisser aller et d'enfin se reposer une heure ou deux avant de repartir de plus belle.

Fatigué, Potam ne se repose pas dans un coin. Il ne se frotte pas les yeux en se blotissant contre nous (ce serait trop beau), non, un Potam fatigué est encore plus survolté qu'un Potam en forme. Le Potam fatigué s'énerve, court partout, saute dans son lit, si on le force à s'allonger (ou plutôt quand on le force à s'allonger) il fait du vélo avec ses jambes, tape dans son lit, se coince les pieds dans les barreaux, repousse sa couette ou nous file des coups de pieds.

Le Potam fatigué court partout se cacher car il sent bien que l'heure du coucher approche et il n'est pas question que cette journée finisse. La fin du jeu et des découvertes, c'est une grosse épreuve pour Petit Potam, un renoncement terrible qu'il faut savoir apprivoiser. Lui expliquer qu'il jouera demain, qu'il est trop fatigué, mais c'est peine perdue, il n'entend rien, car "suis pas fatigué", "veux pas dormir".

Inutile d'essayer de lui faire faire une activité pour laquelle il faut se concentrer quelques minutes. Les puzzles, les jeux de table, les jeux d'imagination avec animaux ou bonshommes, c'est niet. Il met des coups de pieds dedans, jette tout par terre, fait un joyeux bordel tout content et passe à autre chose. Depuis peu il dessine, c'est très nouveau et j'en suis très contente. La raison : l'achat de nouveaux crayons de couleur et feutres "de grand", rangés dans une jolie boîte en fer, et un cahier de coloriage. Mais ça ne dure jamais longtemps.

Du coup, il ne maîtrise pas les acquisitions simples de son âge : puzzles simples, dessin et maintien du stylo, couleurs, lego, forme à insérer dans des trous (le truc qu'on apprend à 9 mois, oui, il ne sait pas faire. Il tente une forme dans un trou, au pif, sans regarder parce que ça le saoule, et envoie tout valser).

A côté de ça, je ne suis pas inquiète du tout sur ses capacités car il nous montre à longueur de journée qu'il observe et comprend tout, pose plein de questions, réagit de façon parfois surprenante, parle très bien et étonne par son charme et sa présence avec les adultes ou les enfants plus grands que lui.

Pas d'inquiétude, juste essayer de lui apprendre quand même les rudiments pour qu'il ne soit pas trop dépaysé à l'école.

Car à la crèche, des règles à respecter il y en a, mais les enfants jouent à ce qu'ils veulent, comme ils veulent, et Potam, souvent, aide les puericultrices à étendre le linge, à s'occuper des enfants, sauf lors des activités de motricité qu'il aime beaucoup, ou les séances lecture.

A l'école il devra apprendre à respecter des consignes, à se concentrer quelques minutes, à faire ce qu'on lui dit et non ce qu'il veut.

Pour l'instant je me prends pas la tête avec ça, j'attends de voir comment ça va se passer. Si ça se trouve il va nous étonner par ses capacités d'adaptation et il n'y aura aucun problème.

En attendant, il s'agit de l'aider à canaliser un peu ses mille volts permanents, pour le bien-être de tout le monde.

Par exemple, lorsque je l'emmène se laver les mains ou les dents, pour lui il ne s'agit pas d'une seule activité. Penché au-dessus du lavabo, il attrape tout, ouvre et ferme les robinets, ouvre le dentifrice et appuie de toutes ses forces sur le tube, mord sa brosse à dents puis nettoie le lavabo avec, attrape le savon et hurle de rire parce qu'il glisse, fait de la mousse, barbouille tout ce qui est à sa portée. Et si par malheur quelque chose traîne autour du lavabo ou de l'évier, il attrape, il met sous l'eau, il remplit, il vide, il éclabousse...etc...

Bref, le lavage de mains, ou le lavage de dents se transforme inévitablement en lutte entre moi qui essaie de parvenir à mes fins, et lui qui sait qu'il a un temps limité pour tout essayer, tout vider, tout ouvrir ou fermer, et il est à fond, la bouche ouverte tellement il est concentré sur le moyen d'aller le plus vite possible pour faire le plus de choses possibles. C'est épuisant. Il me faut une patience à toute épreuve pour ne pas tout envoyer voler. J'ai développé des techniques pour choper ses mains et ne plus les lâcher, anticiper chaque mouvement au moindre regard pour éloigner les sources de tentation, et surtout, surtout, faire vite. Hop sous l'eau, un peu de savon, on rince, on rappellle à l'ordre mille fois et on descend s'essuyer.

Ne pas s'énerver. Accepter. Accompagner dans ses découvertes, ne pas frustrer mais quand même, canaliser un peu, calmer autant que possible.

Mais surtout, ce que je veux arriver à faire, c'est qu'il garde cette passion absolue pour tout. Alors j'essaie de canaliser son attention sur des bruits, des activités qu'il peut faire avec ses mains, pour qu'il apprenne à écouter, comprendre, mais sans l'empêcher de se dépenser.

Un Potam content est un Potam surexcité, tout son corps est tout le temps en mouvement, il regarde partout en même temps, voit tout, voudrait tout faire, tout goûter, tout essayer.

Un jour, ma mère qui m'a toujours reproché mon impulsivité et mon manque de patience (tiens ! qui ça me rappelle ???), m'a dit estomaquée en me voyant laver les dents de Potam "pfiou.... Quelle patience tu as !" et là, j'ai réalisé que oui, j'avais développé une patience presque à toute épreuve pour supporter ma petite tornade.

Belle récompense que ces quelques mots de ma maman...