C'est pas toujours évident de se démarquer des autres.

De dire tout haut ce qu'on pense, de ne pas forcément adhérer à la pensée commune, de ne pas suivre les modes, de ne pas faire comme le groupe.

Il y a des groupes, et il y a les électrons libres.

Pendant des années j'ai été un électron libre malgré moi, au collège, au lycée, j'avais une ou deux copines et on rêvait de se faire intégrer au groupe des "cool", ceux qui sont au centre des intérêts, ceux qu'on admire, ceux à qui on veut ressembler.

Et puis, pendant encore plus d'année, j'ai été dans les groupes. Intégrée, à l'aise, conformiste, c'était pratique, j'étais avenante, souriante, causante, j'allais vers les gens, sans pour autant prendre la parole en public ou parler au nom du groupe, mais je suivais le cap dans la bonne humeur, heureuse de faire enfin partie des "cool".

Mais depuis quelques années, je me rends compte que ce conformisme, finalement, m'ennuie. Ne m'apporte plus rien. Ne me satisfait pas. Souvent, je ne pense pas pareil mais je me tais. Pas par peur du regard des autres (enfin pas que), mais surtout à cause de ce sentiment que c'est "inutile". Que c'est de l'énergie dépensée pour rien. Que je ne serai pas entendue, ou pas comprise. Ou alors au contraire, que ça pourrait fédérer une partie du groupe et que je n'ai pas envie de créer une polémique, une dissidence.

Bref, je m'éloigne des groupes.

Je n'aime plus ça.

Les seuls groupes que j'aime, ce sont les petits groupes, dîner avec des amis au resto, inviter des gens que j'aime, boire un verre avec des copines (mais ça fait une éternité que ça ne m'est pas arrivé). Les petits groupes, de gens choisis.

Mais typiquement, ce que je déteste, ce sont les groupes factices et artificiels du milieu professionnel. Ces groupes où on boit le café le matin, où on fait des pots. Il faut y être de bonne humeur, il faut y rire, si possible faire rire, surtout ne pas être timide, payer sa cotisation pour le café et ne jamais être dans ses pensées. Il faut suivre le mouvement, ne pas parler boulot, mais ne pas parler de choses trop perso non plus, bref des discussions de comtpoir sans intérêt, avec si possible des blagues de cul, parce que c'est bien connu, ceux qui font des blagues de cul, ils sont "cool" et si tu ris pas à ces blagues, t'es coincé.

Parfois c'est juste débile et pas drôle, mais il faut rire quand même.

Bref.

Aujourd'hui, à midi, il y avait un pot.

Un pot de départ d'un service sur un autre site. Etaient invités ceux du groupe du café du matin, dont je fais partie parce que j'y vais de temps en temps. J'avais pas envie d'y aller. Je déteste les pots. Je déteste ces ambiances fausses où on ricane, où on s'observe, où on rit bêtement après avoir bu deux bières (oui, je travaille dans le Nord. Ici, on boit de la bière).

Dès qu'ils en ont parlé, j'ai eu une réticence. Et puis je me suis pas mal demandé si je devais y aller ou non. Y aller et m'ennuyer, ou ne pas y aller et devoir me justifier.

J'ai fini par décliner. On m'a demandé si je serai là, j'ai dit seulement "non". Pas de fausse excuse, pas de justification, pas de phrase, rien, juste "non, je n'y serai pas". Et au comble de ma surprise, on ne m'a posé aucune question. Ces gens que j'apprécie, chacun individuellement, m'ont surprise car ils ont juste réagi avec simplicité et discrétion "ah ok, alors on te compte pas". Et c'est tout. Aucune question, aucun reproche.

Alors je me dis que j'ai bien fait. Que même si je n'aime pas les trucs de groupes, je les aime bien, chacun. Que ce sont des gens plein de finesse (pour certains en tout cas !) (et même s'ils boivent de la bière) avec qui je peux me permettre de dire et faire ce qui me ressemble sans être jugée.

Ce midi, je suis allée me balader en ville, j'ai mangé un sandwich en flânant devant les boutiques, et c'était bien. Et je n'ai eu aucun regret. Et je leur demanderai même si c'était bien, leur pot.

En accord avec moi-même, en paix avec les autres. C'est bien...