Ce soir, j'ai eu un aperçu du petit garçon que sera bientôt Potam, quand le "terrible two" sera passé.

Quand les soirées ressembleront toutes à celle que l'on vient de vivre, lui et moi. Une soirée calme, sans cri, sans caprice, une soirée douce pleine d'amour, de rires et de complicité.

Lors du terrible two et en plein oeil de la tempête, notre rôle de maman se cantonne, malheureusement, à un rôle "passif".

On essaie, on teste, on gronde, on câline, on rassure en pensant que ça peut apaiser, mais au final, soyons franche, on ne fait que subir. On subit les cris, on subit les caprices et les NON, les jambes-molles et les crises d'hystérie.

Un enfant de cet âge en pleine crise, on ne peut pas lui parler. Il n'entend rien. N'écoute rien. Il est dans la tempête émotionnelle, et rien ne fonctionne. Il faut juste prendre son mal en patience, lui imposer les choses essentielles pour sa santé ou sa sécurité, et négocier pour le reste en espérant trouver une faille dans l'opposition farouche.

Aujourd'hui, j'ai entrevu qu'un jour, prochain j'espère, je retrouverai mon vrai rôle de maman, mon rôle de maman éducatrice qui peut agir.

Je subissais, aujourd'hui j'ai agi.

Et pourtant, paradoxalement, j'ai bien moins eu de choses à "faire" que lors des soirées relou du terrible two, durant lesquelles on se bat, on négocie, on impose, on porte de force, on met au coin, on interdit, et on éloigne des sources dangereuses de grosses bêtises.

Là non. Là je n'ai eu "qu'à" impulser, proposer, aider, soutenir, écouter.

Et pourtant, j'ai eu l'impression d'être "active" dans mon rôle de maman.

L'impression qu'enfin, ce petit cerveau, ces petits yeux espiègles et frondeurs, m'ont entendue, écoutée, suivie.

J'ai donné l'impulsion, il a suivi. J'ai convaincu, il a acquiescé et fait avec plaisir.

Il m'a fait part de son angoisse (sans les mots car malgré le vocabulaire étendu qu'il a maintenant, il n'arrive pas encore à dire ses émotions), je l'ai entendue et je l'ai calmée.

Je lui ai parlé longuement, penchée sur son petit visage, en caressant doucement ses cheveux, et je lui ai dit tous ces mots qu'une maman doit dire. Tous ces mots qui rassurent, ces mots d'amour, ces "je suis là pour toi et je serai toujours là pour toi, tant que tu en auras besoin". Ces "une maman ça sent tout, ça comprend tout, ne t'inquiète pas" mais aussi"tu verras, c'est super, la vie. On va bien s'amuser tous ensemble", "maintenant que tu as des mots, il faut dire. C'est important de dire." ou "c'est normal de faire des cauchemars et ce n'est pas grave. Ce ne sont que des images qui s'en vont dès que tu ouvres les yeux. Tout ce que tu vois dans ta tête la nuit, ça n'existe pas". Il a écouté, très attentivement. Il a compris. Il a répondu. Il a été calmé, apaisé.

Ce petit garçon à la fois rieur et grave, au regard intelligent et coquin, je l'ai redécouvert. Comme s'il s'était caché durant ces longs mois de crise. Je découvre un petit garçon tout en finesse, heureux de vivre et un peu angoissé en même temps, qui acquiesce et obéit ce soir, mais qui fait des cauchemars la nuit et pleure lorsqu'on le dépose à la crèche.

Je suis heureuse de l'avoir retrouvé, et d'avoir retrouvé aussi cette sérénité dans mon rôle de maman, que j'avais cru avoir perdu dans le chaos du terrible two.

Je sais qu'on n'est pas sortis de la crise. Je sais qu'il y aura encore des jours difficiles. Mais ces moments de bonheur tels qu'on en a vécus aujourd'hui, m'aident à attendre patiemment de retrouver totalement mon petit garçon qui quittera un jour prochain son costume de diablotin...