Je savais que ce thème reviendrait pendant les neuf mois de la grossesse.

Je savais que cette deuxième grossesse serait plus compliquée, et je l'accepte, n'empêche que je serai bien contente d'en avoir fini avec cette période, dans cinq mois.

Une deuxième grossesse, c'est forcément plus fatigant que la première, car il faut gérer l'aîné. Mais c'est aussi forcément à la fois plus dense, plus rapide, plus riche, car il y a une donnée en plus. Clairement, lors d'une première grossesse, il y a une grosse inconnue : comment sera le bébé ? Là, il y a deux inconnues : comment sera le bébé, et comment l'aîné sera en grand frère ? Je passe sur les inconnues plus "psy" du genre "comment je vais m'en sortir avec deux alors que déjà avec un je fatigue nerveusement", ou "vais-je aimer le deuz comme j'aime le premier" ou encore "est-ce que j'aurai assez de temps et d'énergie à consacrer aux deux ?", etc...

Une inconnue en plus, et beaucoup de fatigue en plus, aussi.

J'aimerais pouvoir me consacrer entièrement au Potam tant qu'il est encore le seul, mais j'aimerais consacrer du temps à ma grossesse, en profiter, me caresser le ventre, choyer ce petit être qui gigote en moi, tout en m'investissant au travail, et choyer mon couple avant la grande aventure de la vie à quatre.

Mais ce n'est pas possible. Je jongle entre tout ça, tant bien que mal, certains jours plutôt bien, d'autres jours vraiment mal.

Aujourd'hui je ne bosse pas et je suis vautrée dans mon canapé, avec mes 9-5 de tension et mon ordinateur, des larmes tout juste séchées au coin des yeux.

Et pourtant tout va bien. Oui oui, il fait très beau, c'est le printemps, on déménage dans moins de deux mois dans notre grande maison, je sens super bien bébé bouger et je kiffe, médicalement la grossesse se passe bien, donc, tout baigne.

C'est juste que par moment, j'ai une bonne baisse d'énergie et mes nerfs lâchent un peu. Et je m'en donne le droit. Je tiens bon tant que Potam est là, je prends sur moi, je reste calme, je gère tout, je le porte, lui cours après, l'attrape pour lui mettre son blouson, le câline, le gronde, discute avec lui, lui montre de jolies choses, mais quand il est enfin à la crèche, je craque un peu. Et c'est bon de me laisser un peu aller, parce que les matins dans le stress, le retard, les cris du Potam (depuis qu'on est rentrés de vacances il s'est mis à pousser des cris, à taper, pincer et mordre je sais pas ce qui lui prend), ça m'épuise. J'ai vraiment du mal à gérer, je suis à deux doigts de m'écrouler en larmes par terre. Et puis non, ça finit par passer, on fait un gros câlin au moment du dépôt à la crèche, et la journée se passe un peu plus calmement, je retrouve mes esprits.

Avec ma tornade, c'est je t'aime-moi non plus. Un coup il est adorable, me fait fondre d'amour, progresse à toute allure, devient un vrai petit garçon, est câlin et tendre, et certains jours c'est la tornade insupportable qui crie, tape, hurle de rage et jette les objets par terre en me toisant d'un regard de défi. Ces jours-là, c'est crise sur crise car je n'accepte pas qu'il jette les objets ou me tape, je l'isole 5 minutes et il hurle car il est vexé. Puis il vient me voir, me fait un câlin et recommence 5 minutes plus tard.

Parfois je me dis que ce sera pire quand le deuz sera là et j'ai peur. Peur de ne pas arriver à gérer.

D'autres fois je me dis que je n'aurai plus cette "diminution physique" qui fait que je suis irritable et fatiguée avec une tension d'huitre, et que même si je suis fatiguée en raison du manque de sommeil, j'aurai retrouvé mon corps et pourrai gérer plus efficacement qu'en ce moment.

La vérité c'est que j'en sais rien, et que je n'ai pas trop envie d'anticiper parce que ça fait un peu flipper.

J'anticipe seulement les beaux moments, la découverte de ce petit être, la rencontre des frères ou frères et soeurs, les allers-retours à l'école avec le bébé en écharpe. J'ai hâte de ces moments-là mais je sais que j'occulte les diffitultés qui vont survenir. Et c'est mieux comme ça. Ca ne sert à rien d'anticiper les difficultés, il vaut mieux passer mon énergie à gérer les difficultés présentes : gérer une tornade, enceinte, avec un papa en déplacement la semaine et certains WE, et un boulot un peu stressant.

Je savais que cette période serait difficile et il faut l'accepter pour qu'elle se passe le mieux possible.

Le déménagement va encore être une étape fatigante et délicate mais avec la délicieuse perspective d'emménager enfin chez nous, avec de la place pour chacun et pouvoir enfin faire une belle chambre au Potam et l'associer à la future chambre du bébé.

 

Ma tornade fait des progrès démentiels en ce moment, et malgré les crises je kiffe. Il me fait halluciner et je n'ai pas fini de m'étonner de ses progrès, c'est fou ce que ces petits cerveaux peuvent engranger comme informations.

On est entrés dans la période des "pourquoi" et c'est toute la journée, pour des bêtises du quotidien ("pourquoi maman prend sa douche ?" "pourquoi papa est parti au travail ?") comme pour des questions plus compliquées ("pourquoi la lune est toujours là ?" ou "pourquoi il n'y a qu'un seul soleil ?").

Et puis il me sort des petites phrases tout naturellement comme s'il avait toujours parlé alors que moi je découvre l'étendue de son vocabulaire chaque jour... ("il fait beau ce matin !" ou "qu'est qu'on mange ce midi ?" "qu'est que maman va mettre aujourd'hui ?" ou encore "peux avoir lait d'avoine pour tremper mes trésors ?"). Cet enfant me scotche.

A côté de ça, la propreté c'est retour total en arrière, il n'arrive pas à faire un puzzle avec de grosses pièces colorées en bois pour les 18 mois (si on considère qu'il essaie quand il y passe une demi-seconde), et il ne connait toujours pas les couleurs (mais compte jusqu'à dix sans se tromper et sait dire "il y a deux voitures" ou "j'ai pris deux gâteaux" en comprenant que c'est bien un plus un car il en a un dans chaque main).

Il a ses préférences, il a toujours fait les choses dans un ordre bien à lui et tant mieux finalement, on s'en fout de la norme... (à 11 mois il savait dévisser un tout petit bouchon sur une petite bouteille en plastique et le revisser, très concentré, par contre il ne savait toujours pas s'asseoir seul ni marcher à quatre pattes.) A l'époque je m'inquiétais de son développement moteur, maintenant j'ai compris qu'il fallait seulement le laisser faire les choses dans l'ordre qu'il a choisi !