Potam ne cessera donc jamais de nous surprendre...

D'ailleurs il faudrait que je lui trouve un autre surnom, car si celui-ci lui allait très bien pendant tous ces longs mois durant lesquels il n'a eu de cesse de refuser de faire le moindre effort pour se déplacer, aujourd'hui Potam est agile, Potam court et grimpe et saute et rampe comme tous les enfants de son âge et n'a plus rien du petit Potam qu'il était il y a encore quelques mois.

Mais peu importe.

Potam, donc, nous surprend jour après jour.

Potam a boudé Noël.

Potam a préféré se tenir à l'écart de cette profusion d'ouverture de cadeaux, de cette hystérie que ma nièce de 8 ans a pourtant bien essayé de lui communiquer.

Potam a vu les cadeaux sous le sapin le 25 au réveil, et s'est senti obligé de s'exclamer (pourtant réellement surpris) "oh ! a cadeaux patout ! patout patout !". Mais s'en est tenu à ça. Il n'a pas voulu approcher, n'a pas voulu ouvrir ses cadeaux, a regardé de loin sa cousine s'extasier sur son vrai tableau de maîtresse, sa barbie et ses kapla, et a pleurniché pour qu'on lui fasse son bib, parce que cette histoire de Noël, c'est bien beau, mais le bib, c'est mieux. Et ensuite, il tirait sa mamie par la main pour sortir de la pièce, disait "non" quand on lui disait que ce cadeau était pour lui et qu'il pouvait l'ouvrir, répétait "je veux aller jouer à la cave" ou plutôt "veux zouer à cabe" (mes parents ont un sous-sol total avec des pièces semi-aménagées qui regorgent de trésors : vieux vêtements, équipements bébé, vélos, livres, outils, remorque, et même un mini-trampoline sur lequel il peut s'éclater même quand il pleut).

Mais Noël, les cadeaux, rien à faire.

J'avoue, j'ai été déçue.

Mais j'avoue aussi, que ça ne m'a pas surprise plus que ça. Je commence à le connaître ce petit lascar, et ses bizarreries ne m'étonnent presque plus.

Il a pourtant eu de chouettes cadeaux : un sceau de pâte à modeler avec emporte-pièces et couteaux en plastique, un jeu de pêche à la ligne aimanté, un livre d'histoires du soir (encore un peu trop difficiles pour lui), et un jeu de mosaïques géantes : ces pièces colorées de différentes formes qu'on clipse dans des trous pour faire des dessins.

On ne peut pas dire qu'il n'a pas aimé ses cadeaux, car au fur et à mesure que la matinée avançait, on en ouvrait un avec lui et il paraissait content, mais sans plus. Comme si les jouets, ça n'avait pas vraiment d'intérêt. Comment s'en étonner ? Il est comme ça depuis toujours...

Il n'a jamais joué avec un cube d'activité ou avec n'importe quel jouet premier âge, à part l'arche au-dessus de son transat. Puis il n'a jamais montré aucun intérêt pour les jouets, ni les légos qu'il se contentait de renverser, très heureux de faire beaucoup de bruit, ni les cubes qu'il empilait à la hâte pour nous faire plaisir puis faisait tomber à coups de pieds sans plus s'y intéresser, ni les puzzles, ni les bonhommes et autres personnages de la ferme qui n'ont d'intérêt que quand maman fait l'imbécile avec des bruits d'animaux très rigolos et des histoires grotesques...

En ce moment, seul le garage a l'immense privilège de se voir accorder un peu d'intérêt, parce qu'il y a des choses à lever, à tourner, un tobbogan pour les voitures. Mais ça ne dure pas, il y joue 5 minutes et s'arrête. La pêche à la ligne toute neuve aussi, ça lui plaît bien, il est très adroit et y arrive sans problème, mais ça ne l'occupe pas plus d'une minute.

Bref, tout ça pour dire que les meilleurs moments de sa journée de Noël ça a été descendre à la cave avec sa mamie et ouvrir le garage avec le bip..........

 

Le 27, on a vu toute la famille élargie (enfin une partie) : mon oncle et ma tante, mes grands-parents, mes cousins et la toute petite cousine L. de 11 mois. J'étais contente qu'ils puissent voir Potam qu'ils n'avaient pas vu depuis l'année dernière, mais trop frustrée car il était bien trop occupé à se cacher dans les pièces sombres et vides pour faire semblant de jouer, qu'à venir voir la famille. La petite L. était toute sage, calme, passait de genoux en genoux, toute heureuse, à faire des sourires à tout le monde, puis faisait un peu sa vie par terre, puis revenait sur les genoux, sans jamais râler, au plus grand bonheur de tous qui ont pu l'admirer, la faire rire, la porter, etc...

Potam, non. Potam s'est caché pendant toute la première partie de la soirée, en tirant parfois sa mamie pour l'avoir rien qu'à lui.

Je ne peux évidemment que le comprendre. Moi, j'étais heureuse de revoir mes cousins, mon oncle et ma tante car je ne les vois jamais. Mais en général, ce genre de rassemblement, je m'y sens très mal à l'aise. Là ça allait, il y avait une ambiance simple et agréable, je m'y suis sentie bien. Mais comment ne pas comprendre ce refus de Potam de venir jouer les enfants modèles qui se laissent faire "gouzi gouza" par ses arrières grands-parents ? Comment ne pas comprendre qu'il ressent au centuple toute cette attention frustrée et retenue pendant un an qui voudrait s'échapper, là, pour lui, d'un seul coup ? C'est flippant non ?

Mon petit chat, je le comprends tellement.

Et pourtant, j'aurais tant aimé que les autres le voient un peu plus. Essaient de le comprendre, de le dompter, de lui parler. Heureusement, au milieu de la soirée, on s'est mis à chanter. Et une famille de musiciens qui chante des chants de noël à plusieurs voix, ça scotche, c'est trop beau. Le Potam n'a pas résisté. Attiré par les chants (et par la faim aussi, oui), il s'est approché, s'est installé sur mes genoux et n'en a plus raté une miette. Ensuite, il s'est un peu détendu et a accepté de danser dans la pièce au son du piano (hurlant de joie lorsque tout le monde a repris "ton moulin, ton moulin va trop viiiiteeeuuh, ton moulin, ton moulin va trop fooooooooort" le plus vite possible). Ma grand-mère a donc pu l'approcher et chantonner avec lui, enfin tout heureux d'être là.