Je me sens si impuissante quand tu vas mal, mon petit chat.

Je pensais que tu avais bien vécu le déménagement et tous ces changements dans ta vie. Changement de maison, changement de région, changement de climat et découverte de cet air de la mer que j'aime tant mais qui t'excite et t'énerve... Ton entrée à la crèche aussi, et ces absences irrégulières de ton papa, que tu vois parfois toute la semaine, qui part d'autres fois plusieurs jours.

Ce soir, nous sommes entrés dans la pharmacie pour acheter de l'homéopathie pour t'aider à retrouver ta sérénité. La première chose que tu as dite à la pharmacienne, c'est "papa, pati !" avec un grand sourire mais mon coeur a saigné, un peu. Cette petite phrase signifie bien l'importance de ce qui se passe dans ta tête en ce moment.

Tu es si sage à la crèche. Tu supportes les longues journées sans broncher, tu fais le bonheur des puéricultrices qui sont toutes amoureuses de ton sourire charmeur et de tes yeux rieurs. Tu y manges mieux qu'à la maison, tu y fais de longues siestes, tu ne pleures pas, ne râles pas, ne crie pas, tu restes assis quand on te le dit, tu ne hurles pas quand on doit te changer, tu obéis.

A la maison, tu te lâches. Tu ouvres les vannes. Tu me montres tout ce que tu ne veux montrer à personne d'autre, tu ne retiens plus rien. Tu cries, tu tapes, tu pleures, tu refuses de dormir, tu veux me montrer que TU veux décider tout, tout le temps.

Depuis quelque temps, tu te réveilles très souvent la nuit. Tu appelles dans ton sommeil, tu parles de façon incompréhensible sans te réveiller, tu engueules ton doudou, et puis tu te rendors. Et te réveille à nouveau dix minutes ou deux heures plus tard. Toi qui as toujours si bien dormi, je décèle dans ces réveils nocturnes l'étendue de ton angoisse.

C'est beaucoup, tout ça, pour toi, mon ange.

Deux ans. Un si petit garçon pour de si grandes choses à gérer. En ce moment, tu dis de nouveaux mots toutes les heures, tu en associes de plus en plus, tu commences à construire des phrases avec sujet-verbe-complément et même si c'est encore basique, ce sont des progrès énormes et si rapides ! Tu fais face à une nouvelle organisation de toute la famille sans tout comprendre, tu prépares tes molaires, tu t'adaptes en collectivité, tu découvres la mer, tu découvres aussi le pouvoir des mots et ton indépendance qui grandit chaque jour. Tu prends conscience chaque jour un peu plus de ton individualité que tu as récemment verbalisée par "be pas çà !" (je veux pas ça) et le désormais célèbre "be pas kika" (je veux pas me coucher) que tu hurles dix fois par nuit.

Mon tout petit, je comprends tes angoisses et aimerais tellement trouver les mots et les gestes pour t'apaiser. Je rêve de te câliner, de te masser les pieds et de te caresser le dos longuement pour te détendre, je rêve de te sentir t'apaiser et t'abandonner contre moi. Alors, je prends ce que je peux et donne comme je peux. Chaque contact que tu m'offres, j'en profite et essaie de faire passer tout mon amour dans mes caresses, dans mes baisers et mes mots doux. Je suis frustrée car j'aimerais t'en donner tellement plus mais tu acceptes les câlins au compte-goutte et n'en réclames que lorsque je commence à m'énerver quand tu refuses de dormir...

J'espère que mes mots maladroits et mes baisers silencieux mais débordant d'amour, t'aideront à t'apaiser rapidement. Je n'en peux plus d'assister, impuissante, à tes crises violentes où tu refuses mon aide. Je déteste voir ton regard absent et fiévreux, je ne supporte pas de me demander si tu vas réussir à reprendre ton souffle, j'aimerais tant pouvoir te serrer dans mes bras et calmer toutes tes angoisses.

Fais-moi confiance, mon tout petit, mon amour.

Je suis là, je ne t'abandonnerai pas. On avance ensemble, tous les trois. Ce n'est qu'une période, il faut qu'on s'adapte, tous, à notre nouvelle vie, et je serai là, tous les jours, toutes les nuits, pour t'aider.

Je t'aime tant, mon fils, mon bébé.