Hier soir, 22h30.

On ne s'est pas vus depuis samedi soir.

Je suis montée me coucher avant lui pour lire.

Il me rejoint, fatigué. Il a bossé cette nuit, n'a pas dormi de la journée.

Il se colle contre moi sous la couette, je lui dis "je lis encore un peu". Il me répond "ok, moi je mets juste ma main sur toi". Il glisse sa main sous mon tee-shirt et me caresse les seins. Voyant que je ne réagis pas, il s'endort.

Un moment après, j'éteins. Il se tourne de l'autre côté, me tourne le dos, se rendort.

Je me colle contre lui, j'ai besoin de sa chaleur, de son corps, de ses bras. Je veux m'endormir la tête sur son torse musclé, sentir son odeur.

Il râle. Me dit dans un demi-sommeil "quand je me suis collé contre toi, tu lisais. Maintenant, je dors".

Je n'abdique pas. Je passe au-dessus de lui et me blottis contre son corps, sur les 10 cm de lit qu'il me reste avant de tomber sur le sol. Il rit. Il m'attire à lui. Je veux seulement m'endormir contre lui, mais mon contact réveille d'autres envies en lui. Il passe sa main sur mes fesses, mes hanches, ma taille. Me murmure "j'ai envie de m'endormir en toi". Je lui réponds "alors enlève-moi ce tee-shirt et ce caleçon qui sont en trop..." et me déshabille dans un mouvement.

Je savoure sa chaleur, ses bras musclés autour de moi. Nos bouches se trouvent et ne se lâchent plus.

On dirait qu'on ne s'est pas vus depuis des semaines. Je retrouve ce désir intense qui me brûle les tripes, coincée entre ses bras et le bord du lit.

Pas besoin de plus d'artifices, il me fait basculer sous lui et me pénètre lentement pendant que sa main s'attarde sur mon clitoris. Je savoure chaque sensation comme si elle était toute neuve, nos bouches ne se sont pas quittées, je caresse son dos, ses épaules, renifle son cou. J'accueille chacun de ses mouvements avec une intensité croissante, réponds d'un mouvement du bassin à chacune de ses allées et venues, nous sommes à l'unisson, son corps pèse sur le mien, les muscles de son torse sont tendus et appuient sur ma poitrine.

Rapidement, trop rapidement, il laisse jaillir un flot chaud en moi, mais ne s'arrête pas. Libérée de toute exigence de temps, je savoure d'autant plus ce bonus qu'il m'offre, me laisse aller totalement à mes sensations, c'est tendre, c'est doux et fort à la fois, et je succombe peu après lui, dans un orgasme puissant et long dont l'intensité me fait monter les larmes aux yeux. Toutes ces sensations, toute cette tendresse, tout cet amour entre nous alors qu'il y a quelques jours seulement je quémandais en secret de la passion et du frisson. Voilà que sans le savoir, il accède à ma demande silencieuse et en quelques minutes remet mes pendules à l'heure, visse à nouveau mes certitudes, me fait me sentir follement vivante et m'émeut aux larmes.

 

Il n'a pas senti les larmes couler. A posé ses lèvres juste à côté, sur ma pommette, et ne les a pas senties. Je les ai pudiquement essuyées d'un revers de main discret, et alors que je me perdais dans la beauté de l'attirance qui nous unit, il a mis fin à mes rêveries par un très romantique "j'arrive pas à débander...".

J'ai alors pris conscience que, même dans un moment de partage et d'oubli, un moment d'intimité où nos corps ne font plus qu'un, on est seuls. Seuls, prisonniers de nos sentiments, de nos émotions, seuls dans la douleur ou la tristesse, mais seuls aussi dans la joie et le bonheur. On peut mettre des mots, partager une toute petite partie de nos émotions qui seront lues à travers le prisme des émotions de l'autre, mais on est seuls, toujours.

J'ai appris à connaître cette solitude, à la dompter, et finalement à l'aimer.

Je sais que quoi qu'il arrive, mes pensées, émotions et rêves n'appartiennent qu'à moi...