Une journée grise. Dans mon moral comme dans le ciel.

Un vent très fort et glacial, de gros nuages gris, des averses, de la bruine, un vrai temps de bord de mer !

Une de ces journées qui commencent mal et où tout est compliqué, difficile.

Qui commence par "non, maman !" alors que je veux dire bonjour à mon petit Potam. Un petit Potam qui manifestement me fait payer mes absences lors de ces longues journées. LeTigre est là toute la semaine, du coup j'en profite pour faire des heures afin de me constituer une petite avance qui me permettra de faire des journées plus courtes lorsqu'il ne sera pas là. Je pars avant 8h et rentre peu avant 19h. Sachant que Potam se couche à 20h, je ne le vois pas beaucoup.

Ca n'a pas l'air de le perturber dans le sens où il va bien, il s'éclate à la crèche (et fait bien rire les puéricultrices !), passe de bons moments avec son papa, mais il refuse que je m'occupe de lui. Il faut que je ruse en le faisant rire pour qu'il accepte que je change sa couche ou lui lave les dents. Sinon, il dit "non !" et appelle son papa... comme si j'étais une étrangère...

Je conçois ce qui se passe dans sa tête, je ne lui en veux pas, mais ça me fait de la peine. Je suis frustrée. J'aimerais profiter des petits moments que j'ai avec lui pour partager, lui lire des histoires et lui faire des câlins. Mais il ne veut que son père. Ce soir, alors qu'il refusait mes câlins, je lui ai dit que la journée je devais aller au travail et que je n'avais pas envie mais que j'étais obligée. Juste après, il s'est blotti dans mes bras. Ca n'a pas duré, mais j'ai eu un petit câlin.

La journée a donc commencé par ce refus, puis par des embouteillages, puis par cette pluie battante et ce vent.

Et puis surtout, c'est mon troisième jour de boulot, avec de mauvaises nuits. Et ce troisième jour a été difficile, car passée l'excitation de la nouveauté de l'arrivée, il me faut me plonger dans le coeur du sujet et me rendre compte que je ne maîtrise rien, que je découvre tout, que je n'ai aucun recul et n'arrive pas à envisager mon boulot dans une vision d'ensemble.

Mais tout ça est normal.

Mon adjoint et celle que j'ai remplacée m'ont dit qu'il leur a fallu deux ans avant de se sentir à l'aise dans leur poste. Donc, au bout de trois jours, rien de plus normal que j'aie cette impression de m'enliser dans une forêt sombre où on parle une langue dont je ne comprends que quelques mots, sans carte. Je suis totalement perdue.

 

Malgré tout il y a beaucoup de positif. Le poste a l'air varié, intéressant, les gens sont gentils, j'ai été très bien accueillie, on ne me met pas trop la pression même si je sens que mon arrivée était attendue et que plus vite je serai opérationnelle, mieux ce sera pour tout le monde, surtout pour mon adjoint qui craque un peu... Au fur et à mesure que les jours passent, je rencontre du monde, je fais connaissance, doucement. Je vois autour de moi des regards curieux et bienveillants, on m'explique les us et coutumes locaux, on m'invite à boire un café.

Je me rends compte que je ne suis plus ni timide ni réservée. Qu'aller vers les gens m'est maintenant facile et agréable. J'ai cette douce et simple impression de ne pas tricher, de ne pas lutter, de ne pas me déguiser, je suis simplement moi en toutes circonstances, avec tout le monde. Aller voir une personne ou passer un coup de téléphone ne m'est pas difficile. Croiser dans les couloirs des gens dont je ne suis pas sûre de me souvenir le nom ne m'effraie pas, ne m'intimide pas. J'ai un léger stress général car je dors mal, ne maîtrise pas encore mes temps de trajets, n'ai pas encore pris le rythme, mais pas de stress ponctuel lié à une situation précise. Et c'est assez nouveau pour moi. Il n'y a pas si longtemps, je pouvais stresser pour un coup de fil à passer, un dossier compliqué, une personne à voir, une réunion. Maintenant, non. Qu'est-ce que ça fait du bien ! Comme quoi on peut changer, progresser. L'expérience aide à relativiser et surtout à avoir confiance en soi, donne de l'assurance. Je commence enfin à comprendre comment on en arrive un jour à être hyper à l'aise en toutes circonstances, avoir l'air sûr de soi, prendre la parole en public en étant écouté et respecté. J'ai souvent admiré certaines personnes pour ça, et même si je n'en suis pas là, je commence à entrevoir que ce sera peut-être le cas, un jour.