Je suis mal.

J'ai mal.

Pour une fois rien de physique, j'ai mal au coeur, mal à l'âme, mal à l'amour, mal à mes rêves.

On s'est engueulés.

Il ne me comprend pas.

On ne peut pas parler avec lui, il est trop obtus.

Trop raisonnable. Trop rationnel.

Et je suis tout l'inverse.

Au quotidien, on se complète bien. On se tempère l'un l'autre, on a trouvé un bon équilibre, on rigole de nos différences et on en fait un atout.

Mais pour les grandes décisions, c'est l'enfer. Je pousse, je tire, je motive, j'explique, j'argumente, et quand je lui dis que si c'est trop galère, je quitterai l'administration pour faire autre chose, il me regarde comme si j'étais folle à lier.

Il s'énerve.

Il ne comprend pas.

Quand je dis "je m'ennuie tellement dans un bureau avec des collègues, des dossiers et des pauses café, j'en peux plus ! Je ferai autre chose, un métier qui me passionne, par exemple .... (et j'ai plein d'idées)", il lève les yeux au ciel d'un air de dire "la voilà repartie dans ses trip de malade mentale".

Quand je dis "je préfère gagner moins mais faire un métier qui me plaît" il me rétorque "et gagner des clopinettes ?" ou "tu devrais apprendre à te contenter de ce que tu as au lieu de vouloir toujours mieux, toujours plus".

Je passe pour une petite fille capricieuse alors que moi j'ai l'impression que c'est moi l'adulte, c'est moi qui oserait prendre des risques, qui porte les décisions et qui les assume pour deux pendant qu'il flippe, lui.

Mais je sais bien d'où ça vient.

De son éducation de famille très modeste, où il fallait non pas "réussir" mais "s'en sortir". Où le but était d'avoir en emploi stable, peu importe lequel, et un revenu qui permette de vivre confortablement si possible.
Après des années de galère et de petits boulots, il a passé le concours, l'a réussi et est entré dans l'administration en faisant la fierté de sa famille. Il a gravi les échelons en passant et en réussissant des concours, et il a maintenant ce qu'on peut appeler "une bonne situation". Et il en est fier. Et je suis fière de lui moi aussi.

Il considère que quand ce qu'on a est "déjà pas mal", ce serait de la folie qu'essayer d'avoir mieux. Et ça vaut pour tout : le boulot, la maison, la région où on vit, la vie en général. Il se contente de ce qu'il a. Et c'est une certaine sagesse.

Mais lui n'est pas moi.

Nos caractères sont différents.

Là où lui voit une chance immense, je vois un boulot qui ne m'épanouit pas. Et je veux mieux. J'ai des rêves, et j'ai envie de me donner les moyens de les réaliser.

Il me coupe les ailes.

Il ne veut même pas m'écouter, ni essayer de comprendre, ni simplement me montrer que ce n'est pas très réaliste après m'avoir un peu prise au sérieux, non, il ne veut rien savoir.

Il nie mes projets en bloc, sans savoir, sans comprendre.

C'est comme s'il niait ce que je suis, ce que je veux, comme s'il ne voulait pas prendre en compte ma personnalité, mon individualité.

Il ne m'a jamais soutenue, n'a jamais cru en moi dans mes projets.

Ca me rend triste.

L'impression de devoir tirer un trait sur ce que je suis vraiment.

L'impression qu'il ne m'aime pas vraiment pour ce que je suis, s'il nie une partie de ma personnalité.

S'il me lisait, il dirait que tout ça c'est des mots, du rêve, du flan. Du rien. Que la vie, ce n'est pas du rêve, c'est une difficile réalité avec laquelle il faut composer sans ciller, que les états d'âme, ça ne sert à rien, qu'il faut rester debout coûte que coûte, ne pas trop se poser de questions et prendre ce qui vient comme ça vient.

Grâce à lui, j'ai appris à vivre au jour le jour et à profiter de ce que j'ai.

Mais est-ce que ça signifie de renoncer à tous les projets ? De se contenter d'une situation donnée sans essayer de l'améliorer ?