Le soir, le 15 mois est usant.

Il est fatigué, irritable, énervé, a mille de tension. On l'appelle d'ailleurs "Monsieur deux mille volts".

Il court, veut tout toucher, hurle, court à un endroit, râle, retourne d'où il vient, rerâle, veut monter sur les genoux, puis veut descendre, puis hurle quand on le pose par terre.

Le soir, quand tu rentres du boulot, tu es fatiguée, énervée, irritable. A la différence près que toi, en général, tu sais te tenir et prendre sur toi, et même si tu rêves d'un bon glandage sur canap', tu t'acquittes de tes tâches de jeune maman sans ciller. Ou presque. Ok des fois tu gueules un peu, mais juste un peu. Et puis c'est mérité, merde hein, il fait n'importe quoi aussi.

Souvent, tu t'interroges sur cette différence fondamentale : pourquoi, quand TOI tu es crevée, irritable et énervée, tu ne rêve que de silence et de calme, et que LUI quand il est crevé, irritable et énervé, il ne peut que courir et gueuler ???

 

Il y a plusieurs stratégies pour supporter les deux heures fatidiques qui séparent ton retour à la maison de son coucher.

 

Première stratégie : tu fais comme tu peux.

Ok c'est pas vraiment une stratégie mais à cette heure-là, c'est trop t'en demander. Tu essaies de calmer, tu essaies tant bien que mal de répondre à ses attentes, tu le prends quand il veut que tu le prennes, tu avances un peu l'heure du bain (tiens une douche froide ça te calmera), tu l'aides à se défouler en lui tenant les mains pour qu'il puisse courir dans toute la maison sans se prendre des grosses pelles (et accessoirement hurler à la mort), et quand t'en peux plus, tu grondes. Tu t'énerves. Tu lui dis "ça suffit, tu te calmes !" mais faut bien te rendre à l'évidence, c'est comme pisser dans un violon.

Cette stratégie, honnêtement, ne donne pas beaucoup de résultats. Les heures finissent par passer, certes, mais dans l'intervalle tout le monde s'est énervé, y a de la bouffe partout, tu as parfois même écrasé discretos une petite larme d'épuisement, il a pleuré, hurlé, toi aussi, et tu vas mettre trois plombes à ranger tout ce qu'il a balancé dans la salle de bain et la cuisine. Un carnage.

 

Deuxième stratégie : tu l'aides à se défouler et à décharger ses tensions :

Cette deuxième stratégie est assez sympa car elle t'aide aussi à te défouler ;-) Gros inconvénient : elle requiert quand même une certaine énergie dont certains soirs tu te trouves totalement dépourvue (quand la bise fut venue).
Dans cette stratégie, tu te mets à sa portée, tu as 15 mois toi aussi, tu vois les choses comme lui. Concrètement, tu peux faire des concours de hurlements (qui se finissent dans un concert d'éclats de rire ce qui est plutôt rigolo), du déchirage et jetage de magazines en équipe (une seule équipe de deux, c'est restreint, mais tu fais avec ce que tu as), une course de quatre pattes dans le couloir ou une séance de gym sur un matelas, accompagnée de cris de défoule (l'avantage de la séance de gym c'est que LUI se défoule et toi, tu peux te vautrer sur ledit matelas en le regardant. Bon ok faut le relancer de temps en temps) (souvent) (un peu tout le temps, en fait, mais bon t'es vautrée quand même).

Cette possibilité est pratique car elle a l'énorme avantage de fatiguer le 15 mois qui, normalement, tombe comme une mouche au moment du coucher. Mais ATTENTION : il faut savoir calmer le 15 mois suffisamment longtemps avant le coucher pour qu'il ne soit pas ultra-énervé et hurle des heures au lieu de s'endormir... (un câlin, une histoire après le dîner peuvent aider).

 

Troisième stratégie : calme, douceur et volupté zénitude :

Stratégie testée hier soir.
Un rien moins efficace que la précédente mais qui a l'énooooorme avantage de te demander mille fois moins d'énergie. Voire même de te reposer.
En gros, un seul principe : le calme appelle le calme.
Face au 15 mois hurlant et se débattant, tu ne dois opposer que calme et douceur.
Concrètement : tu prends dans les bras tendrement (oui il se débat, c'est normal !), tu le forces à se tenir tranquille et tu lui parles tout doucement en lui expliquant qu'il est fatigué, que c'est normal, que toi aussi tu es fatiguée, que c'est la fin de la journée et qu'il va bientôt pouvoir se reposer, etc...
Tu ne hausses pas la voix, tu expliques calmement et presque en chuchottant (ce qui l'intrigue, d'ailleurs... et tu répètes le mot "chuchotter" et il rit car c'est drôle comme mot quand même), tu ne grondes pas mais tu peux faire les gros yeux, interdire, confisquer (douceur ne veut pas dire laxisme, sinon on repart dans la PREMIERE stratégie, bon courage).
Dans le bain tu racontes une histoire, tu fais les voix différentes des personnages, et il t'écoute, subjugué avec son immense sourire et en se triturant la nouille.
Après le bain tu caresses, tu masses et tu continues à lui parler tout doucement et tout tranquillement. Et non, tu ne crie pas quand il jette la couche propre dans l'eau du bain que tu as oublié de vider. (Petite astuce : si tu as un 15 mois trèèèès nerveux comme le mien tu lui mets un flacon vide de gel douche dans les mains pour qu'il s'entraîne à l'ouvrir et le fermer 2000 fois pendant que tu lui masses doucement les pieds).
Tu chantes une chanson qu'il aime, tu le regardes dans les yeux en lui racontant tranquillement tout ce que tu fais pour garder son attention, sinon ça part immédiatement en live.
Pendant le dîner tu ne t'énerve pas même s'il en met partout, tu te répètes en boucle dans ta tête "c'est normal il apprend", "laisse-le faire un jour il se lassera", tu n'es que douceur et tu souris tendrement en le félicitant dès qu'il arrive à manger une micro-bouchée tout seul.

Honnêtement, cette stratégie fonctionne bien mais il faut beaucoup prendre sur soi. En même temps, ton calme te calme toi-même et tu finis par te rendre compte que tu es réellement zen.
Le 15 mois te sent zen, et ça le calme aussi.

L'idéal, ce serait peut-être un petit mix des stratégies deux et trois : stratégie 2 avant le bain, et stratégie 3 après... Mais là, t'as intérêt à être en forme pour y parvenir...........