2012-08-16 22

 

Ces jours-ci, ma maman était chez nous. Elle est restée une petite semaine, s'est occupée du Potam, nous a aidés, c'était super sympa et LeTigre a pu se reposer plus que d'habitude.

En venant, elle m'a apporté quelques petites choses qui traînaient dans sa cave, qui m'appartenaient...

Dans ces petites choses, il y avait un petit carton.

Dans ce carton, il y avait des cahiers.
Pas tous malheureusement, il y en a que j'ai perdu ou égaré.

Ces cahiers que j'ai rempli depuis le début de mon adolescence.

Et puis, une petite pointe d'angoisse, quand j'ai réalisé que pendant tant d'années, ils étaient à disposition pour qu'elle les lise... que la probabilité pour qu'elle ne les ait pas lus est minime (vous tomberiez sur les journeaux intimes de vos enfants, sans aucun risque de vous faire surprendre, avec tout le temps devant vous, vous ne les liriez pas vous ???).

Et puis j'ai relativisé. Si elle a lu "je déteste mes parents, ils sont vraiment trop con" écrit quand j'avais 14 ans, je pense que ça l'a plutôt fait rire qu'autre chose !

Ces jours-ci, je les ai relu.

Et ça me fait tout bizarre.

Les premiers, ceux où j'avais 13 et 14 ans, c'est à mourir de rire. A la fois naïf, puéril, et plein d'anecdotes qui me sont revenues en mémoire, c'est génial. Le nom de mes amoureux (un nouveau par semaine, et puis des fois ça tourne), les querelles de copines (elle est trop conne, elle est immature, je la déteste, finalement elle est trop cool c'est ma meilleure amie), les disputes avec ma soeur à la fois chérie et haïe à cette période...
Un régal qui m'a parfois arraché quelques larmes d'émotion en retrouvant celle que j'étais il y a 18 ans...

Et puis, il y a eu mon cahier de mon année de seconde. Certainement une des pires de ma vie.
Aucun malheur en particulier, mais l'arrivée dans un grand lycée privé après un collège avec horaires aménagé (CHAM pour les connaisseurs) et ses classes de 18 élèves inchangées pendant 7 ans, m'a chamboulée. Perturbée. Traumatisée.
J'ai découvert l'anonymat, les petits groupes qui se détestent, s'observent, dont on ne fait jamais partie. La solitude, le jugement des autres, l'envie de faire partie de ces groupes tout en détestant ceux qui y sont les stars. Les fils et filles de bourgeois catho lyonnais et leur intolérance, leur méchanceté.
Les classes de 40, les relations impersonnelles avec les profs, les mauvaises notes, les journées interminables, les devoirs surveillés, les compositions, les carnets de note toutes les trois semaines... et mon incapacité à m'intégrer.

J'en ai quelques bons souvenirs, bien sûr, que j'ai relus avec plaisir (les fantasmes sur Max avec Delphine, par exemple !!!) mais ce qui prédomine, c'est le malaise. Et pourtant, c'est bourré de phrases pleines d'optimisme et d'envie de m'en sortir, dans ce cahier. La nécessité de se mettre au travail, l'envie d'être aimée pour ce que j'étais, l'envie de plaire aux beaux garçons qui sortaient avec les minettes sublimes aux corps sveltes et bien dans leur peau, et qui ne me regardaient même pas...

Et ces réflexions tellement immatures.

J'étais hyper naïve, totalement immature. Petite fille. Petite gamine naïve qui essaie de survivre dans un difficile monde d'ado. Mes parents, totalement inexistants de mon cahier et qui n'ont jamais rien su de tout ce mal être. Et ça me rend mal à l'aise que ma mère ait pu lire mes cahiers récemment et comprendre tout ça après coup. Ca doit être tellement violent pour une mère de lire des phrases écrites par sa fille du type "j'ai envie de mourir. Pas de me suicider car je n'en aurais pas le courage et c'est trop égoïste, mais qu'il m'arrive un accident. Ce serait trop cool" ou encore "je déteste ma vie, je déteste la vie. Si c'est ça la vie, ça vaut vraiment pas le coup...".

Je crois que je n'ai pas fini d'en publier quelques petits extraits.