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Bébé Tigrou pleure moins.

Il va mieux, mais surtout, on le comprend mieux. Je suis très fière de pouvoir dire maintenant que je suis la personne qui le comprend le mieux et qui sait ce qu'il veut nous dire. Le papa aussi, bien sûr, mais honnêtement un peu moins, car il est là moins souvent.
Je suis en osmose avec mon tout-petit, je suis là pour lui 24h/24 et on s'est habitués l'un à l'autre. Il reconnaît mon visage, mon sourire, ma voix, et même ma façon de le porter. On a nos petites habitudes, tous les deux. Le matin, lorsqu'il se réveille, je lui parle en entrant dans la pièce, et il s'arrête immédiatement de pleurer. Puis je viens lui dire bonjour à la lumière de la veilleuse, je penche mon visage sur son berceau et il me sourit, il agite ses bras et ses jambes et parfois me fait quelques gazouillis. Après on remonte le store doucement pour habituer nos yeux à la lumière.
Puis je l'emmène, dans sa gigoteuse, en bas où nous ouvrons les volets des porte-fenêtres (s'il fait très froid, je le pose dans son transat et il me regarde faire, sinon je les ouvre avec lui dans mes bras). Nous faisons un petit tour de la maison, il regarde partout, la tête reposant calmement sur mon épaule, et on regarde dehors, on dit bonjour aux oiseaux, on commente le temps qu'il fait...

Et moi aussi, je m'habitue à son rythme, à ses envies et à sa façon de nous dire les choses. Je sais par exemple que quand il commence à s'énerver un peu sur son tapis d'éveil, il est temps de le coucher. Je sais aussi les mouvements ou les positions qui le calment, qui l'apaisent. Je sais que lorsqu'il pleure de fatigue, il n'y a rien à faire, même les berceuses les plus douces n'y peuvent rien : il suffit d'attendre qu'il arrive à trouver le sommeil...

Alors oui, je laisse pleurer mon bébé.

Je m'étais jurée de ne pas le faire. J'avais tellement entendu dire qu'un petit bébé qui pleure, c'est qu'il est mal et qu'il faut répondre à sa demande pour qu'il puisse se construire sereinement.
Un jour, on l'a laissé pleurer pour voir, parce que ça faisait des heures qu'on essayait de le calmer et qu'on n'en pouvait plus. Et ça a marché. En 15 minutes, il s'est endormi seul.
Depuis, on le fait à chaque fois qu'il est fatigué.

Ca m'énerve qu'il ait tant besoin de pleurer pour s'endormir en journée. Ca m'énerve de ne pas arriver à l'endormir en chantant doucement ou en lui chuchotant des mots doux. Mais c'est comme ça. C'est notre Tigrou, c'est son caractère.
Alors maintenant, à chaque fois que je le couche dans la journée (le soir il n'y a aucun problème il gazouille deux minutes dans son lit et s'endort), j'y vais sans appréhender, je ne culpabilise pas, je sais qu'il va pleurer et qu'il en a besoin. Et c'est MA façon de répondre à sa demande. De toutes façons, il pleure exactement le même temps dans mes bras que si je le laisse seul. La différence, c'est qu'ensuite il se réveille si je le pose délicatement dans son berceau.
J'essaie quand même de le calmer, on ne sait jamais, je le ferai à chaque fois, pour lui montrer que je suis là et que je ne le laisse pas seul dans ses cris. Mais s'il ne se calme pas du tout, je ne m'entête pas. Je lui dis calmement qu'il est fatigué et qu'il lui suffit de s'endormir pour être mieux, qu'ensuite je viendrai le chercher et qu'on jouera ensemble. Puis j'éteins la lumière et je quitte la chambre.
Parfois, il hurle encore de longues minutes et je me sens un peu mal. Mais je relativise. Il le ferait aussi dans mes bras. Alors je le laisse se calmer seul, en me disant que peut-être un jour, il n'aura plus besoin de crier comme ça et que j'aurai réussi à lui apprendre à trouver le sommeil tout seul.

Tout ça pour dire, que tout ce qu'on nous dit, tout ce qu'on nous donne comme conseils, tout ce qui marche avec les autres bébés, il faut l'écouter et essayer, mais ne pas se prendre la tête si ça ne fonctionne pas. Un bébé n'est pas un autre, il s'adapte à ses parents comme ses parents s'adaptent à lui. Il comprend notre façon de fonctionner et nous comprenons la sienne.
Ca prend du temps (2 mois et demi pour nous environ) mais tout le monde finit par bien se connaître.

Au final, on fait comme on le sent et c'est ça qui marche.

Maintenant, bébé Tigrou se rendort seul la nuit s'il se réveille. Je ne me lève pas (si je sais qu'il n'a pas faim, bien sûr). Et je suis super fière de ce résultat. Mon bébé est serein, il n'a pas peur d'être seul, il sait que s'il se passe quelque chose ou s'il a besoin de quelque chose, je serai là, et ça lui suffit.

Alors lorsqu'on vous dit "on ne doit pas laisser pleurer un bébé", moi je dis : ça dépend. Ca dépend du bébé... Un bébé qui ne pleure quasiment jamais, bien sûr qu'on ne va pas le laisser pleurer, parce que s'il pleure c'est qu'il y a quelque chose qui cloche. Mais il y a des bébés (c'est le cas du Tigrou) qui pleurent au quotidien pour s'exprimer, même lorsqu'il n'y a rien d'autre qu'un peu de fatigue.

 

J'ai pris de l'assurance dans mon rôle de maman. J'arrive enfin à assumer ce que je fais pour mon fils. A ne plus écouter les autres, sauf lorsque j'ai besoin de conseils sur des choses plus concrètes.
Ce n'est pas facile, d'être une maman. C'est magnifique, c'est enrichissant, c'est un bonheur de tous les instants, mais ce n'est pas facile car il n'y a pas de manuel, pas de règles, juste des êtres humains qui doivent apprendre à vivre ensemble, qui doivent établir leurs propres règles. Créer des habitudes, des rituels réconfortants, des gestes aimants pour que tout le monde se sente bien.
Et surtout, ce que je remarque, c'est que ce qui est vraiment important, c'est la logique. Etre dans une logique et s'y tenir. Ne pas changer d'avis tout le temps, ne pas céder, être sur une ligne de conduite et essayer d'y emmener le bébé.

C'est ce que j'ai, je crois, enfin réussi à faire. C'est lui qui m'a donné son rythme, c'est lui qui m'a appris tout ça.

55 cm, et c'est lui qui m'apprend à être une maman. Mes principes, mon caractère face à ses besoins, ça donne quelque chose d'unique, une façon de vivre qui fonctionne, un rouage qui se met en place.
Et je sens que ce serait tout à fait différent avec un autre enfant.