Ce WE, nous sommes descendus à Marseille chez nos amis Mehmet et Poune. De supers amis, avec qui on s'entend vraiment bien.
Soleil, chaleur, mer, pique-nique à l'ombre dans l'herbe avec en fond le ciel bleu et le chant des cigales, apéros, bonnes bouffes, bref, un WE comme on les aime avec des gens super.
Mehmet et Poune, ils ont deux petits enfants. L'aîné de deux ans et demi, et la petite deuxième, seulement un mois et demi. Alors, malgré les très bon moments passés en leur compagnie, ce WE a eu un goût salé. Salé de mer, mais aussi salé de larmes.

Nous sommes rentrés hier. Dans le train, j'avais une grosse boule dans le ventre. Pourtant j'avais été heureuse tout le WE. Et puis, après-coup, les nerfs qui lâchent.
En plus j'en parlais avec Poune samedi, elle me demandait si ce n'était pas trop dur pour moi de voir des petits. Et je lui ai dit que j'étais envieuse, c'est sûr, mais que ça me faisait plaisir aussi de les voir, de faire la connaissance de la toute petite Mila, et que ça allait.
Mais en fait, ça ne va pas si bien que ça.

S'il n'y avait qu'eux, encore, ça irait. Mais tout le WE, je n'ai entendu parler que de filles enceintes ou avec de jeunes enfants. Toutes les filles de mon âge que j'ai vues ou dont j'ai entendu parler, elles sont enceintes ou ont des enfants. Et puis, lundi, j'ai vu une autre copine, enceinte de 8 mois. Ok, elle a galéré 2 ans, mais maintenant elle est radieuse avec son gros ventre et elle ne parle que d'accouchement, de clinique, de bébé. C'est normal mais moi, je me suis sentie le vilain petit canard.
Et puis à midi, mon ex collègue avec qui je m'entendais si bien, qui m'annonce qu'elle est enceinte de 2 mois et demi. Elle, il y a un an et demi, elle était encore célibataire.

C'est trop dur. Trop injuste. Sur le moment, pendant ce WE, tout allait bien, je gérais. Mais, rentrée à la maison, cette boule au ventre qui ne me quitte plus.
Les larmes, intarissables, qui coulent une bonne partie de la nuit. Le Tigre, triste lui aussi, qui ne sait plus quoi faire pour calmer mes sanglots, qui me caresse doucement les cheveux.

"T'inquiète ma puce, ça va nous arriver à nous aussi, bientôt"
- mais arrête de dire ça, tu m'énerve, ni toi ni moi ni personne ne sait si ça va arriver un jour, ça fait 24 fois que tu me dis ça ! et ça n'arrive pas. Et je suis fatiguée.

Et puis les phrases débiles qui me viennent dans ces moments-là :

"quand je pense qu'en Afrique, les femmes elles ont le sida, les gosses elles les font par dizaine, ils sont sous-nourris et ils meurent à deux ans. Elles, elles ont pas de problème de fertilité"

ou encore "les cas soc' qui font des gosses pour les alloc', ça me dégoûte, alors qu'à moi on me dit que c'est psychologique et que j'y pense trop, comme si c'était sain et équilibré dans leur esprit à eux ! c'est que des conneries !".

Bien sûr, ça va peut-être arriver. Peut-être............... Un jour........... Bientôt........... j'en peux plus de ces mots hideux qui ne veulent rien dire.
Je veux être comme tout le monde. Je veux pouvoir y croire. Ne plus faire pitié à mes copines. Ne plus entendre "alors, pas trop dur ?" ou "tu verras, ça va arriver, j'en suis sure".
Je veux que ces deux ans n'aient jamais existé.

Je ne veux plus jamais voir de copines enceintes, et surtout plus faire celle qui est heureuse pour les autres. J'en peux plus d'être heureuse pour les autres, je veux MA PART moi aussi j'en ai marre !
Je veux m'enfermer chez moi et ne plus voir personne jusqu'à pouvoir annoncer une bonne nouvelle. Je ne veux plus qu'on me demande de mes nouvelles comme à un infirme qui teste un nouveau traitement. Je ne veux plus raconter ce que je ressens au téléphone à des copines qui ne comprendront jamais et qui me répètent, inlassablement et par gentillesse (je le sais et je ne leur en veux pas) que ça va marcher. Je ne veux plus avoir ce rôle de victime, et dire à mes proches ce qu'ils ont envie d'entendre : "mais tu sais, ça va quand même, on a encore plein de choses à tenter, ça finira par arriver, on garde espoir". Ne plus répondre au téléphone, ne plus mentir, ne plus rien dire, ne plus rien entendre sur la vie des autres. Etre dans ma bulle, dans ma bulle d'amour avec mon homme qui me comprend, qui partage, qui n'a pas besoin que je parle pour voir la douleur sur mon visage.