Je me remets doucement de mes émotions d'hier.

Un truc de fou ce qui s'est passé en moi grâce à la venue d'Alex, Philippe et le petit Raphaël. J'ai trouvé une sorte d'apaisement par rapport à tout ça, comme une évidence à côté de laquelle je suis passée durant ces deux ans. Pour une fois, les autres ne nous ont pas renvoyé l'image d'un couple qui n'arrive pas à faire de bébé, mais celle d'un couple qui allait bientôt en avoir.

C'est bête parce que je me suis déjà souvent dit qu'il fallait que je ne pense qu'à la finalité, qu'à ce bébé qui allait venir, un jour, même lointain. Et hier, j'ai enfin pu l'imaginer. Pas seulement le penser, me matraquer une idée dans la tête, non... vraiment imaginer. J'ai fermé les yeux et je me suis vue maman, j'ai vu un berceau dans la chambre, j'ai vu un regard de nourrisson se poser sur moi avec confiance pendant que je lui donnais le bain.

Je deviens folle, peut-être. J'imagine réel un désir fou, inassouvi.

Mais ces images n'ont pas duré. J'ai pleuré, pleuré hier, de surprise, de joie, la joie de réaliser que ce désir prendrait corps, un jour. Comme si c'était nouveau. C'est fou, ça fait deux ans qu'on y pense jour et nuit, et je réalise seulement maintenant pourquoi on fait tout ça. Ce qu'on attend réellement.

Ce matin au réveil, je suis retournée dans la chambre du bébé d'amis espérant y retrouver ces impressions, ces images. Mais tout avait disparu. Ce n'était qu'un rêve, qu'un flash et dans ma réalité, la chambre était vide. Mais ce vide, c'est la première fois que je le ressens. La première fois que je vois notre maison comme pouvant accueillir une troisième personne.

J'aime me dire que c'était peut-être ce blocage qui m'empêchait d'être enceinte. Que maintenant, tout devient possible.
Et pourtant, je me méfie. J'ai peur d'être encore plus déçue, encore plus malheureuse.
Jusque là, j'étais malheureuse de ne pas être enceinte, malheureuse de ne pas avoir d'enfant, de ne pas pouvoir parler de tout ça avec les collègues, et à partir de maintenant, je sais que je vais ressentir ce vide. Cette chambre. Cette baignoire qui ne sert à rien. Vides.

Peut-être que simplement, comme le disait Laurette, je lui fais une place, petit à petit, dans mon coeur, pour qu'il puisse venir. Peut-être que pour les autres femmes, le désir d'enfant est simple. On arrête la pilule parce qu'on veut un bébé, on s'imagine tenir un bébé dans ses bras. Moi, ça m'a pris du temps. J'ai arrêté la pilule pour tomber enceinte, sans voir plus loin. Sans vouloir imaginer la suite. Trop peur de faire de ce désir l'unique pensée et que ça ne marche pas à cause de ça. Maintenant, je me l'autorise.
Ce ne changera peut-être rien, mais au moins je me libère un peu de ce poids, de cet interdit.

"On essaie de faire un bébé". Combien de fois ai-je dit cette phrase sans mettre réellement de sens dedans. Comme une expression, une phrase toute faite qu'on répète dans le contexte sans trop faire attention à son sens.
Aujourd'hui cette phrase a un vrai sens. Elle évoque quelque chose pour moi.

Tout à l'heure, j'ai essayé d'expliquer au Tigre ce qui s'était passé le soir en son absence. Difficile de trouver les mots. Je lui ai simplement dit que ça m'avait fait du bien d'entendre Alex et Philippe nous parler comme à des futurs parents, que je réalisais vraiment ce que voulait dire "faire un bébé". Il n'a pas été surpris. Il n'a pas trop réagi. Je crois que dans sa tête à lui, c'est clair depuis longtemps. Il sait et il attend. Il est tellement plus fort que moi. Mais aussi les hommes, il n'ont "qu'à" donner leur semence et attendre. Nous, on doit tout fabriquer. On doit avoir un endroit douillet pour que quelques petites cellules aient envie de se poser là. Douillet dans nos ventres, mais douillet aussi dans nos coeurs.

Côté cycle, je ne sais plus à combien de jours j'en suis, ni si j'ai ovulé ou non. Si j'en crois mes douleurs de ventre, j'aurais ovulé vendredi ou samedi, mais ce matin j'avais encore des glaires "filantes" alors je ne sais pas. Pas envie de prendre ma température, ni de faire de test d'ovu. Tant pis, je ne saurai pas.