Epuisée.
Envie d'écrire mais pas assez d'énergie pour trouver les mots.
Deux jours de boulot et une insomnie. Du boulot par-dessus la tête : toute seule pour tout gérer. Mais j'aime ça. Je dois être un peu maso. Les journées passent vite, je fais des choses intéressantes et j'aime être seule à gérer, même si c'est dur, parce que je peux tout maîtriser. Et puis, je me sens utile. Et j'en ai besoin, ça me donne de bonnes raisons de me lever le matin.

Aujourd'hui j'ai échangé des mails avec une amie d'enfance. Elle se marie et on a évoqué quelques vieux souvenirs. Elle m'a écrit "j'espère que nos enfants vivront les mêmes choses". Et j'ai eu un pincement au coeur. Je ne lui ai pas répondu. Elle, elle n'a jamais essayé. Elle s'imagine encore que tout est possible. Elle se marie et elle va faire des enfants, c'est normal. Comme tout le monde, en somme.

Je ne sais pas pourquoi j'écris ça, ça n'a pas d'intérêt. Répéter encore les mêmes choses. Je passe mon temps entre résignation et révolte, et ça me fatigue. Pas un jour sans l'un ou l'autre.

J'ai retrouvé un ami d'enfance sur FB, que je n'ai pas vu depuis presque 10 ans. Il est marié et toujours avec la même fille qu'il y a dix ans. Il n'y a pas de trace d'enfants sur sa page FB ni sur celle de sa femme. Et je suis soulagée, peut-être un compagnon de galère... Je suis horrible.

Je deviens amère et égoïste. Et le pire, c'est que je m'en fous. Je deviens totalement individualiste. Chacun ses problèmes. En fait c'est peut-être bien plus simple que ça : en ce moment, aider les autres, écouter les autres, ça me fragilise. J'ai l'impression que tout le monde finit par progresser, par surmonter ses difficultés tandis que moi, je m'enfonce dans la boue avec le sourire en aidant les autres à s'en sortir.

C'est un peu exagéré tout ça.
La fatigue, sans doute. Dès que j'aurai mon quota de sommeil, je sais que mon énergie et mon optimisme reviendront. En tout cas je n'aide plus personne en ce moment, je n'ai pas la force mentale, je n'ai pas l'énergie. Je pense aux autres mais je ne les appelle pas. Pas envie. Je ne peux pas trop l'expliquer.
Envie qu'on m'aide, mais je n'en ai pas vraiment besoin. La seule aide qu'il me faut c'est la certitude que j'aurai des enfants. Et ça, personne ne peut me la donner. Alors, je puise la force à l'intérieur de moi-même. J'ai envie de parler à un psy mais je ne sais pas si ça servira à quelque chose. Me soulager peut-être, dire les choses, mais est-ce que ça me donnera un bébé ? Non. Alors, ça ne sert à rien. Pas vraiment envie d'entendre des conneries du genre que je m'interdis de tomber enceinte.
Mes pensées sont assez tordues comme ça sans que j'aie besoin qu'on me donne des idées de culpabilité dont je n'ai, pour l'instant, pas conscience. Pas envie de commencer à me poser des questions dès que j'ai une pensée bizarre.

J'ai peur de l'échec.
Dans tous les domaines.
Il y a quelques années, j'ai passé des concours hyper sélectifs. On était 5000, il y avait 80 places. J'étais avec une amie pendant toute l'année de préparation, on travaillait ensemble, on stressait ensemble, on pleurait ensemble, on regardait Dawson à 17h et on mangeait du nutella ensemble. Elle n'était pas du tout sûre d'elle. Je passais mon temps à la rassurer, lui dire qu'on l'aurait ce concours, et finalement, elle l'a eu et pas moi. Et elle tremblait trop au moment d'appeler pour demander les résultats, c'est moi qui l'ai fait et qui lui ai annoncé la nouvelle "tu es admissible". Elle a hurlé de joie. "Et toi ?" "Moi, non".
L'année d'après, j'ai eu un autre concours et j'ai mis une croix sur celui que je voulais depuis des années.

En première année de droit, je ne bossais pas du tout. J'étais avec des filles sympa mais super sérieuses. Elles ont toutes réussi brillamment les exams de fin d'année, et moi j'ai lamentablement échoué. C'était la première fois que je restais sur le carreau. Premier échec. Je me souviens de leur tête toute désolée pour moi lorsque je suis arrivée pour voir les notes, un peu après elles. Elles savaient déjà. Je leur ai demandé : "alors ???" "ben pour nous ça va, on a de bonnes notes, mais toi..."

Depuis ce jour, dans ma tête, je suis vouée à l'échec permanent. Pourtant c'est faux et je le sais. J'ai réussi deux concours la même année, j'ai fini 10è sur 3000 et cette réussite m'a redonné confiance en moi. Depuis, j'en ai réussi un autre presque aussi sélectif. Alors c'est totalement faux, je sais que je réussis certaines choses.
Je suis fière de plein de choses dans ma vie. Mes concours bien sûr, mais aussi et surtout mon divorce. Pas épanouie avec mon ex, j'ai rencontré le Tigre et un an après le divorce était prononcé. Ca a été la décision la plus difficile de ma vie. L'aveu d'échec le plus cuisant. Dire à toute ma famille un an et demi après mon mariage que je m'étais trompée. Depuis, je me félicite tous les jours de cette décision, le Tigre est l'Homme qu'il me fallait et me rend dingue d'amour.

Alors, pourquoi cette impression bizarre que je suis abonnée à ne jamais réussir ? La même impression aujourd'hui, que pendant ma seconde première année de droit où j'étais persuadée que, malgré le peu de points qu'il me fallait pour l'avoir, ça allait encore foirer. Et lorsque j'ai vu mon nom sur la liste des reçus, j'ai vérifié 3 fois parce que j'étais sure d'avoir mal vu. Ce n'était pas possible. Pas moi. Je ne pouvais pas réussir, moi, celle qui échoue.

Tous les jours, je me dis que c'est normal que je ne sois pas enceinte. Que c'était écrit. Que j'étais bien naïve de croire que j'allais réussir du premier coup. Que je suis condamnée à galérer pendant que les autres claironnent leurs réussites de bons élèves. Et oui, ça se résume à ça et c'est pitoyable : je suis la mauvaise élève qui travaille toujours pas terrible à l'école, à la fac et qui a toujours des résultats "moyens". Là aussi, dans la dure école de la vie, je suis recalée. Zéro. Nul. Peut mieux faire.

Alors oui, peut-être que je ne me donne pas le droit à la réussite. Je laisse passer tout le monde, toutes mes copines, toutes les "bonnes élèves", celles qui ont toujours réussi, et après, quand je serai toute seule, quand il ne restera plus que moi et que les autres me regarderont de là-haut, des bancs de l'amphi de deuxième année avec pitié, quand je serai seule et que les autres vivront toutes leur bonheur, je ferai mon petit bonhomme de chemin, et encore une fois plus lentement que les autres, je finirai, peut-être, par réussir à mon tour mais j'aurai un an, deux ans, dix ans de retard.

(ça doit être les souvenis des arrêts de la cour de cassation, je viens de faire une phrase de 7 lignes. Ca craint.)

Edit : mon ami d'enfance vient de m'écrire un mail pour me donner des nouvelles. Il a un petit garçon de 8 mois. Et voilà, je me remets à pleurer.