Vaste programme.

Aujourd'hui il s'est passé un truc étrange. Disons rien de très bizarre en soi, mais c'est ma réaction qui a été surprenante.

Hier, j'avais écrit un mail à ma soeur. Ma soeur, qui a deux ans de moins que moi, a une fille de cinq ans. Depuis un an et quatre mois, elle essaie de faire le deuxième, mais avec un papa différent. Depuis quelques mois, je me disais "cool, on vit la même chose, on va pouvoir partager nos impressions". Mais c'était sans compter nos énormes différences de caractère. J'adore ma soeur, on est très proches, on s'appelle tout le temps, on s'engueule et on se réconcilie comme on respire, on se dit je t'aime et je te déteste toutes les semaines. Bref. Ma soeur et moi, on est opposées. Moi, dès que j'ai arrêté toute contraception, je me suis renseignée sur le fonctionnement de mon corps, et j'ai cherché à mettre toutes les chances de mon côté. Au bout de 10 mois d'essai environ, j'ai fait quelques examens. Elle, au bout de plus d'un an, elle a fini par accepter de voir un gynéco de mauvaise grâce, pour finir par me dire qu'elle devait faire des examens et que c'est exactement là où elle ne voulait pas en arriver. Alors j'ai réagi un peu fortement, en lui disant qu'il faudrait bien qu'elle les fasse et qu'elle ne devait pas s'attendre à autre chose en allant voir un gynéco, et que je ne comprenais pas du tout sa façon de réagir. Elle m'a répondu très froidement que je n'avais pas à juger son comportement et ses réactions, qu'elle ne jugeait pas les miens et qu'elle n'avait pas besoin de leçon de morale...
Je me suis pris ce mail en pleine tête ce matin au bureau, et ça m'a fait pleurer. Enfin, j'ai eu les yeux très rouges et des débuts de larmes qui commençaient à venir. J'ai lutté et c'est passé, jusqu'à ce que j'essaie de taper une réponse.

Parce que le problème, c'est que je sais qu'elle a raison, et que j'ai essayé de me demander pourquoi j'avais tellement envie qu'elle réagisse comme moi. Et j'ai trouvé. Et je le lui ai écrit. Et j'ai pleuré.

La vraie réponse, le vrai problème, c'est que je me sens seule avec ma douleur. Et que j'aurais aimé trouver en elle une aide, une âme soeur qui vivrait la même chose que moi. Et que ce n'est pas le cas, parce qu'elle vit tout ça différemment et qu'elle n'a envie ni d'en parler ni d'y penser.
Alors voilà, la réaction bizarre dans tout ça c'est que ça m'a fait pleurer sans pouvoir m'arrêter pendant une bonne heure. Au bureau. La classe. Je suis sortie pour aller pleurer aux toilettes, mais deux de mes collègues m'ont vue sortir avec un mouchoir les yeux rougis. Ils ont fait semblant de rien, c'était cool, mais ensuite même en m'étant calmée, finir d'écrire ce mail m'a redonné les larmes aux yeux, je n'ai pas pu lutter.

J'ai réalisé que je me sens très seule, en tout cas par rapport à mes proches. Parce qu'ici, je sais que vous êtes là à me lire, à me comprendre, à vivre pour certaines d'entre vous la même chose que moi et à ressentir la même chose que moi. Mais mes proches ne m'aident pas.
Ma soeur refuse de voir ma douleur pour ne pas avoir à faire face à la sienne.
Mes parents ne s'occupent pas de tout ça, ne me demandent rien, ne se manifestent pas. Non pas qu'ils s'en foutent, mais ils sont maladroits. Mal à l'aise. Alors je suis seule. Seule avec ma stérilité face à une famille maladroite. Je me sens comme une malade face à des gens qui n'osent pas lui en parler.


Et puis de façon générale, je réalise qu'on est toujours seuls face à la douleur. On peut nous écouter, nous aider, nous entourer, on est seul, tout seul dans son cerveau et dans son corps face à cette douleur. Et ça fait mal.

Toute seule. Entourée de plein de gens adorables que j'aime et qui m'aiment, mais désespérément seule. Il faut trouver la force en soi, tout seul, la force de garder l'espoir, la force de penser à autre chose, la force de positiver et de voir toutes les belles choses que la vie nous offre au lieu de focaliser sur le point qui fait mal. Mais c'est dur et j'aimerais qu'on m'aide, qu'on me donne des armes, des outils, (un nouveau cerveau) pour gérer, pour avancer et pour positiver.

Je vous dis tout ça et pourtant ce soir je me sens pleine d'espoir, je me sens bien. J'ai juste réalisé tout ça aujourd'hui, et je mets des mots sur des ressentis, petit à petit je comprends un peu mieux tout ce qui se passe dans mon cerveau.
Je vous rassure, je me suis réconciliée avec ma soeur, je me suis excusée, je lui ai dit que je me sentais seule et elle m'a fait une déclaration d'amour après ça...