Nous y voilà. J'aime TOUT contrôler.
Je suis une grosse psychopathe du contrôle.
Contrôle de quoi ? mais de TOUT ! Toute ma vie doit être "under control".

Je veux contrôler (dans le désordre) mon poids, mon alimentation, mes projets, mon style, ma vie de couple, la moindre de mes paroles, le moindre de mes gestes, mon emploi du temps, bref tout, tout, tout.
Et c'est fatiguant. Je sais qu'il faut que je lâche prise avec tout ça, c'est comme pour le bébé, c'est la même démarche : accepter de subir, de ne pas être, toujours, à chaque seconde, en train de comprendre, de gérer, de savoir, et de tout organiser.
Je n'aime pas les imprévus. Pourtant, j'adore les surprises et je sais m'adapter très facilement. Paradoxal non ? J'aime planifier ma vie, mais pour ne pas souffrir, j'ai un plan A bien sûr, mais aussi un plan B, un plan C, et même un plan D ou E. En résumé, je planifie, je calcule, mais si un imprévu arrive je passe à un autre plan, pas de problème.
Je vous donne un exemple tout bête. Imaginons un matin normal de semaine. Je me lève en programmant d'aller au sport le soir. Finalement, crevée, je n'ai pas l'énergie d'y aller, j'annule, je rentre chez moi : c'est le plan B : repos, goûter, et glande sur canap'. Si pas hasard LeTigre me dit "on va faire les courses", je passe au plan E (pas le C ou D parce que les courses, ça fait jamais vraiment partie de mes priorités !!!).
Bon, pour ça, ce n'est pas vraiment gênant, mais au quotidien, il faut imaginer que la moindre minute de ma journée doit être sous contrôle.
Le matin, le temps que je mets pour me préparer est en total contrôle, quand je dépasse de 5 minutes j'en suis malade, ça me soule, je vais avoir moins de temps pour le ptit dej et je vais être en retard. Déjà plus zen. Au ptit dej, tout est sous contrôle, je mange le parfait petit dej équilibré. Toute la journée au bureau, il faut que je maîtrise mon emploi du temps, mon apparence, mes gestes, sembler le plus assurée possible, maîtriser un léger malaise dans certaines situations, vérifier que ma chemise ne sort pas de mon jean, que mes cheveux tombent correctement, que je ne me tiens pas trop mal... enfin bref, tout, absolument tout. Bon j'avoue que depuis un certain temps, ça va mieux quand même, j'arrive à être assez spontanée dans la journée, c'est ma plus grande victoire de ces dernières années, savoir être moi-même au boulot. Je contrôle quand même l'essentiel (on ne change pas le cerveau d'une psychopathe aussi facilement...) mais laisse une bonne place à la spontanéïté quand même.

Mais le pire, c'est tout ce qui touche à mon corps. J'ai besoin de tout contrôler. J'ai longtemps été très complexée par mon poids (alors que je fais 60 kg pour 1m67 donc rien de bien dramatique), maintenant je suis bien dans ma peau mais pas question de me laisser aller une journée. La seule entorse que je fais à tout ça, parce que c'est nécessaire pour ne pas devenir dingue, c'est accepter de rater une séance de sport si je suis vraiment trop fatiguée. Parce que mon corps n'est pas une machine et que j'ai mis longtemps à le comprendre.
Dans l'idéal, j'aimerais avoir une hygiène de vie parfaite. Me lever tôt tous les jours, manger ultra équilibré, faire du sport 3 à 4 fois par semaine. Mais bien sûr, ce n'est pas si facile. J'ai des fringales, des envies de sucres, des grosses flemmes, des envies de me poser...
J'ai beau savoir qu'il faut que je lâche prise, je n'y peux rien, chaque matin, j'ai en tête ma journée idéale, que je suis obligée d'adapter au fur et à mesure des heures, mais j'essaie de tendre vers cet idéal.

C'est fatiguant tout ça. Je n'arrive pas à me laisser aller, ne pas culpabiliser quand je ne vais pas au sport, quand je me couche tard, quand je mange un gros bol de céréales au chocolat à 18h... Je le fais, mais je ne l'assume pas. Je me trouve nulle. Après je me regarde dans la glace, je vois mon bide gonflé, et j'enrage. J'ai envie de me ruer à la salle de sport et de suer jusqu'à avoir éliminé toutes les calories, avoir passé mon énervement, m'être épuisée. Comme pour me punir.

Je n'arrive pas à me laisser de la marge. J'y travaille, je suis lucide sur ma folie (c'est déjà ça non ?), mais j'ai vraiment du mal, c'est un effort terrible de relâcher la pression. Comme si j'étais mon juge, un juge terrible, impitoyable qui me glace et me terrorise. Oui mais le jour où le juge est content de moi, c'est un bonheur indescriptible. Les jours où le "tout contrôle" a donné des milliers de sentiments de puissance, de maîtrise, de bien-être et où je m'endors heureuse le soir... ces jours-là valent toute la difficulté des autres jours où le juge, le maître s'énerve et m'engueule. Comme un entraîneur impitoyable qui vous emmène vers le meilleur dans la douleur. Quelqu'un qu'on haît mais qu'on remercie dans les moments forts.

Alors je souffre, j'angoisse, je me ronge les ongles, je me mords les lèvres, je pleure de découragement, je me relève plus forte, je vais au devant de mes peurs, j'affronte mes démons, au final je ne m'en sors pas si mal mais je m'épuise. J'aimerais tellement pouvoir me reposer un peu. Prendre des vacances, mais ma folie me suit jusque dans mes rêves... Comment faire ???