Ce matin, grosse, grosse déprime.

A pleurer devant la fenêtre pendant que l'eau bout. A pleurer dans mon bol de Ricoré, à avaler mes tartines sans entrain, sans appétit, avec la gorge nouée des jours difficiles.
Ce matin, je me lève seule, LeTigre bossait cette nuit, il est rentré à 8h, on a passé deux heures à dormir côte à côte et à 10h, je me lève seule. Je ne fais pas de bruit. J'ose à peine ouvrir les rideaux du salon. Je peste sur la bouilloire entartrée qui fait un bruit d'avion au décollage.
Et je pleure.
Je maudis ces WE, heureusement peu nombreux, où il bosse.
Je suis seule, mais en plus d'être seule je ne peux pas faire ce que je veux car il dort et je ne veux pas le réveiller.
C'est insupportable.
Je le savais, pourtant...
Et puis il fait si froid, encore, ça me déprime, je suis en polaire et col roulé, et j'ai froid... J'avais pensé aller à notre nouvelle maison, commencer à apporter quelques petites choses et rester là-bas un moment pour poncer mes deux tables que je veux repeindre... mais ce froid m'en empêche. La maison n'est pas encore chauffée, dehors il fait 3° et je suis déjà à moitié malade, pas question de rester deux heures là-bas, même bien habillée.
Alors que faire ? Des cartons ? Comment faire ça dans le silence ?
Et puis pour l'instant, il n'y a que moi qui ai commencé à en faire, j'ai l'impression de déménager toute seule, de tout faire quand il n'est pas là ou qu'il dort, ça me déprime.

Je déteste qu'il travaille la nuit, surtout quand ça tombe le WE. La semaine je travaille, il est à la maison, le WE je suis là, il bosse. On se voit un peu, deux heures par jour, mais on a des rythmes tellement différents qu'on ne partage rien. A 14h il va se lever, fatigué, et moi j'aurais attendu depuis des heures, j'aurai envie de faire des choses, et lui non. Toujours en décalage. Je n'en peux plus.

Et puis mon uterus est vide, je le sais, je le sens, j'ai déjà vécu 100 fois ces sensations, je n'ai aucun espoir et mes belles pensées sereines d'hier soir sont déjà loin. Je ne ressens absolument rien. C'est rare même en fin de cycle de ne même pas avoir un peu mal aux ovaires ou l'uterus qui tire un peu. Non. Rien du tout. Tous les matins dans la glace, je scrute mes seins pour essayer de distinguer un changement, mais ils sont désespérément exactement pareils d'un jour à l'autre. Même pas une petite douleur sur les côtés, même pas les tétons un peu sensibles, rien, rien, rien.

En fait le principal problème, c'est que j'ai beaucoup de mal à accepter de ne pas maîtriser, contrôler ce qui se passe dans mon corps. Je prends des granules d'homéopathie sans savoir si ça change quelque chose, et ça me rend dingue de ne pas savoir. J'ai été chez l'ostéo mercredi, et je ne sais pas ce qui a changé dans mon corps, je suis obligée d'accepter de faire une confiance aveugle à quelqu'un qui a posé ses mains quelques minutes sur mon ventre.
Il faut lâcher prise, il paraît. Comment ça marche ? Comment peut-on le faire ? Et pourquoi ça marcherait mieux ? Pendant six mois, je n'ai pas pris ma température, pas trop calculé, pas pris de traitement, et ça n'a pas marché. Pourquoi ça marcherait aujourd'hui ?

Je vais tout arrêter, sauf l'homeopathie, parce que le médecin m'a donné le traitement pour 3 mois et qu'il faut peut-être plus d'un cycle pour que ça ait une efficacité. Mais sinon, j'arrête tout. Thermomètre, gélules, vitamines, bicarbonate, tout ça, j'y pense plus, je laisse tomber, je mange comme je veux, je fais le sport que je veux.
Vous allez penser "c'est bien, elle va enfin arrêter de se prendre la tête". Oui mais non, c'est pas bien, parce que pour être honnête, je me dis forcément que si j'arrête tout ça, c'est dans l'espoir qu'enfin ça fonctionne. C'est pas ça, lâcher prise. J'en suis encore loin... Mais pourquoi tout ça prend-il autant de temps ? Pourquoi mon cerveau de psychopathe n'arrive-t-il pas à arrêter de sécréter de l'angoisse ??? Pourquoi ne se fatigue-t-il pas une bonne fois pour toutes et ne se met-il pas en mode pause ???

J'en peux plus, j'en peux vraiment plus... je cherche en vain le bouton off, LA solution pour que tout ça arrête de tourner en boucle et vienne pourrir la moindre de mes pensées...